‹ Correspondances du siècle dernier, un projet de mariage du Duc d'Orleans (1836), Lettres de Léopold Ier de Belgique a Adolphe Thiers (1836-1864), Documents inédits publiés avec des avertissements et des notesChapitre 5 sur 43 · COBRESPONDANCBS DU SIÈCLE DERNIER · texte numérisé non relu

COBRESPONDANCBS DU SIÈCLE DERNIER

qu'on lui a tant reprochée paraît un moindre mal que la préférence rivale.

Strangwair a écrit naïvement par la poste à un de ses amis de Vienne : « M. Thiers s'occupe d'arranger quelque chose avec les Russes. Mais il rompra avec eux, car nous romprons avec lui. Lord Palmerston willnot be running therisk * ». Ces paroles ne sont pas tombées par terre, et peut-être au fait les avait-il mises à la poste à cette intention.

Au reste pour ma part je serais moins sévère sur l'article de la coquetterie que M. de Metternich. Je ne suis rien moins que Russe et dans ma position j'ai trouvé expédient d'en convaincre ce cabinet-ci. Mais dans la vôtre je ne vois nul inconvénient à lui laisser des inquiétudes qui troubleraient son sommeil. Très positivement on ne fera rien ici avec nous ou pour nous que ce qu'on craindra de nous voir faire avec d'autres. On veut nous protéger à Saint-Pétersbourg, et à la longue ce serait pire que de vouloir nous y nuire. Si l'on vous croit capable de tourner à l'alliance russe et en mesure d'y pousser, on vous détestera ici, on cherchera à vous ruiner à Paris, mais on comptera beaucoup plus avec nous, et peut-être ce jeu-là obtiendra-t-il des résultats qu'une tendresse abandonnée poursuivrait longtemps en vain. L'alliance anglaise tempérée par une mixtion d'Autriche, voilà le régime politique que je nous souhaite. Mais toute alliance suppose des avantages réciproques, et ce n'est pas sur la générosité de M. de Metternich que nous devons compter pour nous faire unepart équitable.

* Ne veut pas courir 1« risque.

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Quand vous voudrez fixer l'attention de M. de Metternich d'une manière spéciale, écrivez-moi de votre main quelques lignes que je puisse lui lire. Les dépêches ne font pas d'effet^ et tant que l'on ne sera pas ici convaincu que vous avez pour moi amour et confiance, ma conversation ne vaudra que pour son mérite littéraire.

Pour le quart d'heure, je n'ai d'autre sujet spécial de conversation à la Chambre d'Etat que l'affaire de Gracovie. Vous pensez bien que j'y prêche de mon mieux la charité chrétienne et l'horreur d'une déportation en Amérique. Mais la situation n'est pas commode, parce qu'on me répond de suite : « S'ils vous intéressent tant, prenez -les. Ils ne seront pas bien à plaindre d'aller se divertira Paris ou à Londres '. »

On a senti, je crois, la convenance d'une prompte évacuation *. Je vous informerai exactement de ce que je pourrai apprendre.

J'aurais besoin d'avoir le mot de vous quant à l'Espagne. On nous croit toujours favorables à l'intervention. Mettez dans une lettre de votre main quelques lignes que je puisse montrer.

Adieu, très cher, comptez-moi comme bien sincèrement tout à vous.

Sainte- AuLAiBE.

(Papiers Thiers.)

• On sait que les émigrés polonais affluaient alors en France et en Angleterre.

* La minuscule république de Gracovie, fondée par les traités de i8i5, était devenue fatalement un foyer d'agitation polonaise. L'Autriclie venait de procéder, de concert avec la Russie et la Frusse, à une occupation militaire contre laquelle le cabinet anglais protestait Iprement, et Thîers avec plus de ménagement.

LE DUC D OULEA^S AU COMTK DE SAINTE-AULAIHË

Tuileries, le ô avril i836,

La dépêche du président du conseil par laquelle M. Thiers vous fait connaître, mon cher Comte, les ordres du Roi, ne vous parlant que d'une manière générale et officielle de mon désir, approuvé par le Roi, d'entreprendre ce printemps le voyage dont nous avons souvent causé ensemble, je crois devoir au zèle que vous m'avez si constamment témoigné pour mes intérêts et à la confiance que j'ai dans votre habileté et dans votre parfaite connaissance des afiaires, d'entrer dans quelques détails plus confidentiels et plus intimes sur le projet dont je remets avec sécurité le succès entre vos mains. La réflexion, le temps et les circonstances ont modifié les vuesque je vous avais exposées lors de notre dernière conversation avant votre départ de Paris : mes pensées d'avenir sont devenues plus immédiates, et surtout plus précises ; ce n'est plus maintenant que par un voyage à Vienne que j'en puis espérer la réalisation. Divers événements, récents et significatifs ont été pour moi un avertissement de ne pas perdn de temps pour essayer de faire connaître mes intentions et de prendre rang par ma présence à Vienne Après avoir pris cette résolution, à laquelle je ne m<

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suis arrêté qu'après mûre réflexion, après m'être consulté intimement, et surtout après avoir obtenu l'approbation formelle et complète du Roi et de la Reine, dont vous connaissez d'ailleurs les sentiments à cet égard, j'ai dû songer à ce que mon voyage à Vienne ne reçût ni de l'opinion publique, ni surtout de la presse une interprétation qui rendît plus difficile encore le résultat que je souhaiterais en obtenir '.Le Roi (qui dans cette circonstance délicate, tout en me laissant une entière liberté d'action, a cependant guidé et approuvé toutes mes démarches) a pensé comme moi qu'en allant à Berlin dans un but militaire, et en étant accompagné de mon frère, le duc de Nemours, mon voyage à Vienne perdrait une apparence qu'il m'importe d'autant plus de lui enlever que je tiens davantage à en conserver la réalité. Or, je viens d'apprendre que les manœuvres de printemps, qui seules peuvent expliquer que je commence par Berlin un voyage que je ne veux point étendre aux autres cours d'Allemagne, auront lieu le lo de mai, et c'est là ce qui a déterminé le Roi à vous expédier sur-le-champ le courrier qui vous portera cette lettre, et à vous charger de soumettre à l'Empereur, par l'entremise du prince de Metternich, mon désir de lui faire ma cour, avec mon frère le duc de Nemours, dans les premiers jours de juin.

'Dans sa réponse, dont il a reproduit un fragment dans ses Mémoires inédits, l'ambassadeur abondait dans le même sens : « Je n'ai parlé, je ne parlerai que du vojage. Toute insinuation même indirecte sur un autre sujet serait inopportune. Le voyage de Monseigneur peut sans doute avoir des suites que pour ma part je désire très vivement, mais il a par lui-même des avantages positifs qu'il ne faut compromettre dans aucune éventualité. >

Dans cette circonstance, dont les détails que je viens de vous donner vous font deviner, mon cher Comte, toute l'importance pour moi, je ne puis assez vous renouveler l'assurance de la confiance avec laquelle je remets mes espérances et mes intérêts en des mains C[ue je sais être habiles et dévouées, et je m'empresse de vous offrir l'expression de tous les sentiments avec lesquels je suis

Votre affectionné,

Ferdinand- Philippe d'Orléans.

(Archives Sainte-Aulaire.)

la reine MARIE-AMÉLIE AU COMTE DE SAINTE- AUf.AIRE

Paris, le 5 avril i836.

J'apprends, Monsieur, qu'on vousexpédieun courrier et je m'empresse de vous remercier de votre lettre du 1 5 mars et de tous les détails que vous m'y avez donnés et qui m'ont fort intéressée ainsi que le Roi, auquel je me suis empressée de les communiquer : quoique je ne sois aujourd'hui que la mouche du coche après ce que le duc d'Orléans et le président du conseil vous écrivent, je veux pourtant vous ajouter aussi combien le Roi et moi désirons vivement que le voyage de mon fils puisse avoir lieu. Je n'y vois que de l'avan-

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tage sous tous les points de vue, et ensuite j'y vois aussi l'espoir d'un résultat que vous savez bien être depuis longtemps l'objet de tous mes désirs, que mon fils partage à présent avec moi. On mande de Naples que le Roi * allait partir après Pâques, et on parle qu'il pourrait se diriger sur Vienne. Vous sentez combien nous désirerions que mon fils pût le devancer. Le Roi et lui comptent bien sur votre habileté et sur votre zèle pour l'heureux succès de cette négociation, qui est si importante pour mon cœur de mère. Etant très pressée, je ne peux rien ajouter. Je vous prie de dire bien des choses de ma part à Madame de Sainte-Aulaire et à vos filles, et recevez l'assurance de tous mes sentiments pour vous.

Votre bien affectionnée.

Marie-Amélie.

(Archives Sainte- Aulaire.)

Lfc COMTE DE SAINTE-AULAIRE A TIIIÊRS

Vienne, i3 avril i836,

Cher Monsieur Thiers,

Je quitte M. de Metternicli. Ses dépêches pour Paris sont déjà prêtes et son courrier partira ce soir. Mal-

' Il s'agit ici bien entendu de Ferdinand H, tandis que dans le reste de la lettre, les mots « le Koi » désignent Louis-Philippe.

gré l'obligeance de ses offres, je ne profiterai donc de son courrier que pour vous écrire ces quatre lignes.

Le voyage de nos princes est accueilli de la meilleure grâce. Ils trouveront à Vienne bonne et amicale réception et telle qu'il convient dans une maison de famille.

Le courrier Dragon, que j'expédierai demain, vous portera plus de détails. ^L Renon partira pour Berlin.

Voici une lettre pour la Reine. Connaissant ses affections pour la famille impériale, je suis sûr qu'elle sera satisfaite du succès de la démarche dont vous m'aviez chargé, et vous ne m'envierez pas le bonheur de lui en donner une bonne nouvelle.

Je me suis strictement renfermé dans les limites que vous m'aviez tracées. Le prince de Metternich a été parfait. La langue française ne me laisse pas dire mieux.

Adieu, très cher, je suis bien sincèrement à vous, et je voudrais baiser toutes les mains de votre famille, excepté les vôtres.

Sainte- AuLAiRE.

Dites, je vous prie, à M. le duc d'Orléans que j'aurai l'honneur de lui écrire demain.

(Papiers ïhiers.)

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