‹ Correspondances du siècle dernier, un projet de mariage du Duc d'Orleans (1836), Lettres de Léopold Ier de Belgique a Adolphe Thiers (1836-1864), Documents inédits publiés avec des avertissements et des notesChapitre 7 sur 43 · CORRESPONDANCES I)U SIÈCLE DERNIER · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCES I)U SIÈCLE DERNIER

sentiment de gratitude. C'est une preuve de l'esprit éminent qui préside aux destinées de la puissance autrichienne. Puisque les Bourbons de la branche aînée ne sont plus possibles, puisque les Bourbons de la branche cadette sont nécessaires, puisqu'ils sont habiles et sauvent l'Europe de l'anarchie, il faut travailler à leur consolidation. Il^n'y a que cette conduite de raisonnable et d'habile. La conduite contraire serait du vieux Coblentz. Le bon accueil que l'on annonce à nos princes fera un effet considérable, et un effet en bien. 11 amènera le rapprochement des dynasties, non moins nécessaire que celui des peuples pour assurer une paix solide et durable. Il est évident que M. de rvietternich a compris cela. Je l'en admire davantage. C'est une preuve qu'à la supériorité d'esprit il joint la force de caractère nécessaire pour braver les orages de salons. Tout le monde n'en est pas capable. Si, une fois arrivéà Vienne, on peut aller au delà d'une visite, si on peut négocier autre chose, il faut être résolu, et aller droit au but. Mais tout cela ne saurait se décider à l'avance ; c'est sur le terrain qu'il faudra prendre son parti. D'ici là nous aurons le temps de réfléchir. Je vous enverrai de fréquentes instructions. Jusquelà, il faut tout observer et tout transmettre. Les bruits de mariage iront ici et chez vous très grand train. Nous ferons les indifférents et les ignorants. C'est la conduite d'usage. Mais vous, il faut nous transmettre tous les symptômes un peu significatifs, et il n'est pas possible que vous n'en saisissiez quelqu'un, au milieu du mouvement d'esprit qui sera produit par la nouvelle du voyage de nos princes. Nous serons ici d'une rései've extrême.

UN PROJEt DE MARIAGE DU DUC D*ORLÉANS 49

Vous devez savoir déjà que la cour de Prusse a consenti avec empressement au voyage des princes , Le roi de Prusse * j a mis la sagesse et la bienveillance dont il a toujours donné tant de preuves.

Cela étant, les princes partiront de Paris du 3 au 4 mai. Leur voyage est aujourd'hui annoncé dans le Moniteur. 11 fait un grand effet. Avant de l'annoncer, j'ai consulté MM. Apponyi et Werther. Je ne voulais pas agir sans leur agrément, et ils ont senti qu'il fallait faire sortir cette nouvelle de l'état de commérage et en faire une nouvelle politique et officielle. Notre calcul a eu un plein succès, car le voyage réjouit tout le monde. Malheureusement on en conclut trop tôt au mariage. Je vais agir auprès des journaux sur lesquels je puis quelque chose pour que le mot soit écarté...

11 s'est commis ici, en annonçant la nouvelle de la réduction de l'armée autrichienne, une petite erreur de rédaction que M. Apponyi m'a fait remarquer, et dont vous ferez bien de donner l'explication à M. de Metternich. Le journaliste à qui on avait confié la rédaction dit : « Dans cette double preuve des dispositions bienveillantes qui... on reconnaîtra sans doute aussi la haute influence de la France et de la confiance qu'inspire à tous les cabinets d'Europe la sagesse éprouvée de son gouvernement. »

M. Apponyi a paru un peu offusqué de ce qu'on faisait intervenir la haute influence de la France. 11 a [raison : la France n'a pu influer ici que par la con-

; * Frédéric-Guillaume III (1770-1840), l'ancien vaincu d'Iéna, qui lîtait entre à Paris avec le tsar Alexandre le 3i mars i8i4-

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