SO CORRESPONDANCES DU SIÈCLE DERNIER
fiance qu'elle a inspirée. Une influence de crainte aurait fait tout le contraire et aurait plutôt provoqué des armements. Il ne fallait pas parler de la haute influence et de la confiance : il fallait parler de la confiance seule.
Quant à moi, je trouve cela peu important. On m'a rapidement montré l'article et je n'avais pas remarqué le et qui joint influence et confiance, et fait deux choses de ce qui devrait n'en faire qu'une. Je ne crois pas que M. de Metternich s'en offusque beaucoup. Je ne suis pas disposé à abandonner les mérites du gouvernement français, et à faire pour lui de la fausse modestie, mais je trouve sot et petit de donner à son gouvernement des mérites qu il n'a pas. Ce n'est pas par sa haute influence qu un gouvernement fait desarmer ses voisins ; c'est par la confiance qu'il inspire. G est là notre cas. J'aurais voulu qu'on ne dît pas avantage.
Ce petit accident de rédaction a peu de valeur ; mais tâchez en tout cas de l'expliquer dans les termes que j'emploie ici.
Adieu. Je vous envoie des lettres de la Reine et du duc d'Orléans *. Je vais correspondre avec vous plus fréquemment que jamais.
Nous marchons ici mieux que jamais dans les deux Chambres.
Adieu. Mille amitiés bien tendres. Mes hommages
à vos dame».
A. Thiers.
(Papiers Thiers.)
' La lettre de la Reine n'a point été conservée ; celle du duc d'OrléBus, datée du 22 avril, figure plu» haut sous le numéro VIII
UN PROJET DE MARIAGE DU DUC d'oRLÉANS 5l
LE COMTE DE SAINTE-AULAIRE A THJERS
Vienne, 3o avril (i836j.
Gazelle ' est arrivé ce matin porteur de vos dépêches du 24. C'est bien courir. Ne me croyez pas trop paresseux si je ne vous écris que dans quelquesjours, mais nous fêtons aujourd'hui la Saint-Philippe. Et demain M. de Metternich va clore à Presbourg la diète de Hongrie. Il m'écrit un billet en ce moment dans lequel je lis : « Le mot du Journal de Paris est une peccadille dont je lui donne volontiers l'absolution. D'ailleurs la critique qu'en fait M. Thiers épuise la matière. »
N'ayez point peur que je vous laisse manquer de renseignements. J'enverrai au besoin des courriers à Paris et à Berlin, au risque de me brouiller avec M. Bresson.
Je vous demande instamment d'envoyer tout de suite un congé à mon fils ^ pour qu'il arrive à Vienne sans perdre un jour. Ce n'est pas pour mon agrément, mais pour la véritable utilité du service. Mon fils, ancien secrétaire à Vienne, y connaît la société (su
' Nom ou surnom d'un courrier.
* Louis-Gamille-Joseph, marquis de Sainte-Aulairo (i8io-i8g6), fils de l'ambassadeur, était alors secrétaire de légation près la confédération germanique.
tout les jeunes)* mieux que moi. Pour arranger une contre-danse, je reconnais sans humiliation la supériorité de ses lumières sur les miennes, et pour beaucoup d'autres détails encore j'ai besoin de cet aide de camp. M. de La Rochefoucauld m'écrit qu'il sera à Darmstadt dans les premiers jours de juin, mais s'il n'y arrive que le 10, la venue à Vienne de mon tils n'a plus pour moi qu'un intérêt de cœur, pendant que s'il (mon fils) [sic] part de Darmstadt le 25 mai, il peut me rendre ici de vrais services. Vous qui savez tenir compte des petites comme des grandes choses, et des petites dans les grandes, vous apprécierez mes motifs.
Bonjour, mon cher Patron ; il me semble que vos affaires de Chambre vont à merveille *. Je n'ai pas besoin de vous assurer que dans ma petite capacité je vous aide de mon mieux.
Tout à vous de tout cœur.
Sainte- AuLAiRE.
(Papiers ïhiers.)
' Malgré la froideur d'une partie des conservateurs et l'opposition déclarée des plus ardents doctrinaires, Thiers avait rallié une importante majorité dans divers débats politiques, et accru encore sa réputation d'incomparable orateur d'aflaires.
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