RÉPONSE DE L’EMPEREUR (APOSTILLE AUTOGRAPHE
Je serais bien content, si vous avez trouvé, soit de quel haras que ce soit, un cheval qui puisse vous convenir et vous put faire plaisir, dans mes écuries.
L’EMPEREUR A KAUNITZ
Semlin, le 18 juin 1788.
Je vous envoie ci-joint, mon cher Prince, cette lettre que je viens de recevoir du Prince de Ligne, et que je vous prie de renvoyer à ma chancellerie après l’avoir lue. Vous pouvez vous imaginer combien son contenu m’est désagréable, il me force à agir en conséquence, savoir: à ne pas être la dupe de ces gens-là, en me
mettant seul en avant et leur servir de pattes du chat. Adieu.
Joseph.
L’EMPEREUR A KAUNITZ
(Les lettres de l’Empereur de l’an 1788 de la campagne de Turquie disent assez haut comme Joseph devait succomber aux fatigues, aux inquiétudes, à l’excitation et à sa maladie. Les lettres à Kaunitz sont dictées au secrétaire de l’Empereur; plusieurs lettres sont pourvu d’un Postscriptum, écrit de la main même de l’Empereur pour décrire l’état de sa santée, sur lequel il ne veut pas s’ouvrir à son secrétaire; ainsi dans une lettre datée de Jabuka, 15 août 1788, adressée à Kaunitz, il écrit ce qui suit:)
La plus grande peine que j’éprouve dans ce moment important, c’est d’être incommodé d’une toux sèche qui me rend la respiration embarrassée, et je maigris, les forces aussi diminuent passant des nuits blanches, et à cela il vient de se joindre une petite lièvre qui garde le type de quarte, et voilà un mois que cela dure, le tra-
vail auquel je ne cesse de 'me livrer, commence a me coûter, et à cheval je me fatigue, même au pas, mais pourtant je vais mon train et tant que je pourrai me traîner, seulement je ne quitterai ma besogne où je crois en honneur être dans ce moment nécessaire.
Adieu ; votre sincère amitié et intérêt pour moi m’a engagé d’entrer dans ces détails.
Joseph.
KAUNITZ A L’EMPEREUR
Du Jardin à Mariahilf, le 25 juillet 1789.
La révolte complète de la ville de Paris et la révolution plus ou moins étendue qui doit en résulter naturellement en France, est la fâcheuse nouvelle que nous donne le comte de Trauttmansdorff par le courrier qui aura l’honneur de remettre à V. M. ce qu’il m’écrit, conjointement aux lettres adressées à V. M. elle-même, dans lesquelles, ainsi que dans les ci-jointes, elle trouvera des détails de cette catastrophe.
Je suis bien fâché de la sensation qu’elle doit causer a V. M. Mais, j’ai cru ne pouvoir pas m’empêcher cependant de Lui transmettre tout ce qui m’est parvenu à cet égard. Je la supplie de s’en affecter le moins qu’elle pourra, et je lui baise les mains avec la plus profonde soumission.
K au ni t z.
RÉPONSE DE L’EMPEREUR
Je vous suis obligé, mon cher Prince, de ces nouvelles qui sont effectivement incroyables, mais tout ce que Ton fait faire au Roi, pour les amener, est encore bien plus incroyable, quand on le combine avec le parti de se rendre à discrétion comme il vient de le faire. Ma santé n’est pas dérangé au point à m’affecter d’événements auxquelles surtout je n’ai aucune part. Adieu.
Joseph.
KAUNITZ A L’EMPEREUR
Vienne, le 22 décembre 1789.
L’envoi des diplômes de Tordre militaire (Marie-Thérèse) se fera d’après l’ordre de V. M. le plus tôt possible.
Votre Majesté, je ne puis m’empêcher de vous dire quel plaisir j’aurai de voir le diplôme de l’ordre militaire, achevé et signé pour votre neveu, lequel, tant en son qualité de Prince du sang que par les deux campagnes qu’il a faites d’une manière bien satisfaisante, me paraît avoir mérité cette haute distinction, c’est ce que V. M. sera mieux h même de juger que moi. Comme chancelier de Tordre j’ose prendre la liberté de vous faire les très-humbles propositions que V. M. daignera ne pas prendre en mauvaise part. Dans la plus grande soumission
K au ni tz.
RÉPONSE DE L’EMPEREUR (APOSTILLE AUTOGRAPHE, i) Je vous suis très-reconnaissant de votre bon souvenir, mais mon neveu n’a pas été dans le cas de mériter par un fait personnel cette haute distinction, surtout qüe dans peu de temps il la recevra peut-être d’une autre manière * 2).
Joseph.
KAUNITZ A L’EMPEREUR
Ce 14 janvier 1790.
J’ai eu l’honneur de proposer a V. M. la publication d’un manifeste relatif à la révolution des Pays-Bas, nonseulement parce qu’à peu près consommée actuellement, il ne conviendrait pas de laisser le public encore longtemps en doute sur les intentions de V. M. à cet égard, mais aussi parce qu’il ne nous reste plus d’autre voie pour les faire parvenir à la connaissance de la nation belgique. J’ai cru dans le projet de ce manifeste y avoir fait prendre à V. M. le seul ton qui m’a paru pouvoir
9 Cette réponse de l’Empereur se trouve dans l’ouvrage du chevalier Alfred d’Arneth: Correspondance de Joseph II avec Catharina IIe de Russie.
2) L’Empereur, malade et presque mourant, soupçonnait Kaunitz de vouloir par sa protection impériale se ménager la faveur du futur Prince héréditaire pour lui et les siens. Voilà pourquoi il réfusa donner suite à sa proposition qui lui annonçait sa mort.
convenir au passé, au présent et à l’avenir, le langage de la dignité sans humeur et ferme sans menacer, et j’avoue que j’imagine, si peu qu’il pourrait être ein angemessener Ton *), qu’il faudra que V. M. ait la bonté de me le faire connaître, si elle veut que je le sache. Ce qui peut se faire, c’est de supprimer ce qui est dit du cercle de Bourgogne, dont cependant j’avais fait mention pour ne négliger aucun des moyens qui pourrait être de quelque utilité dans une conjoncture aussi embarrassante que la nôtre.
Au reste, on aura soin d’éviter les répétitions qu’il pourrait y avoir dans le projet, mais en totalité j’attendrai les ordres de V. M. avec la plus profonde soumission.
Kaunitz.
(Nous donnons ici la traduction de l’original écrit en allemand.) Aussitôt que vous m’aurez envoyé l’abrégé de votre élaborât, je vous ferai connaître mon opinion là-dessus.
KAUNITZ A L’EMPEREUR
Avec le tendre attachement que Y. M. me connaît depuis longtemps pour sa personne bien douloreusement
l) Un ton convenable.
affecté, et en même temps avec la plus grande admiration, je ne puis qu’applaudir au contenu de cette minute que je trouve un chef- d’oeuvre, relativement au fond non moins qu’au moment auquel elle a été dictée.
Daignez accueillir avec bonté les larmes du plus ancien et du plus attaché de vos serviteurs.
Kaunitz-R.
RÉPONSE DE L’EMPEREUR (d’une main encore assez ferme).
Mon cher ami. Touché de vos expressions, que puisje dire aux décrets de la providence que m’y soumettre? Pour vous, recevez toute l’assurance de la plus parfaite reconnaissance, de la plus haute estime et de la plus vraie confiance que vous méritez au-dessus de tous, et croyez qu’il me coûte de devoir penser à ne plus jouir de vos lumières. Je vous embrasse et vous recommande dans ce moment si dangereux ma patrie qui me tient si fort a coeur 1).
q Cette réponse de l’Empereur se trouve dans la Correspondance entre Joseph II et Cathérine IIe par Mr. d’Arneth.
Brunner. Corresp. iut. de l’Emp. Joseph II.