COMTE KAUNITZ-RIETBERG
L’EMPEREUR A KAUNITZ
L’Empereur Joseph II donne ses écrits au Prince Kaunitz, pour être
corrigés.
Le 17 août 1781.
Mon cher Prince. Voici en gros mes idées; je vous envoie ce linge sale pour le laver, mais l’exécution m’en paraît désirable et d’en savoir la nouvelle très-nécessaire. Adieu.
KAUNITZ A L’EMPEREUR
Kaunitz écrit à l’Empereur relativement à Pie VI pendant la présence de ce dernier à Vienne.
Vienne, le 19 mars 1782.
Pour épargner à V. M., autant qu’il peut dépendre de moi, de la peine et de l’ennui, j’ai imaginé le papier ci-joint qui contient, ce me semble, malgré sa précision avec beaucoup de modération, avec dignité et sans compromettre V. M., des choses si raisonnables ët si incon-
testables qu’elles devraient persuader, si tant est, que l’on ait à faire, à un homme sensé et qui soit de bonne foi.
Si V. M. trouvait bon d’en faire usage, je pourrais, si elle l’aimait mieux, le réduire en forme de billet amical qu’Elle adresserait au Saint-Père, ou bien Elle pourrait le lui communiquer tel qu’il est de la main à la main, et en ce cas il n’y aurait rien d’autre à lui donner ; et la seule observation qui me reste à ajouter, c’est que, si tant est que V. M. trouvât bon d’en faire usage de l’une ou de l’autre manière, je la prierais de vouloir bien n’y rien ajouter et n’en rien ôter, parce que j’ai si mûrement pesé tout ce que j’y ai mis et ce que j’ai cru ne point devoir y mettre, que je pense que ni l’un ni l’autre ne pourrait se faire, sans altérer tout l’esprit de la chose.
Quelle que puisse être néanmoins la détermination de V. M., je me flatte qu’Elle n’en agréera pas moins avec bonté cette nouvelle preuve de ma bonne volonté et de mon attachement pour sa personne.
Kaunitz-Rietb erg.
RÉPONSE DE L’EMPEREUR
Je vous suis fort obligé, mon Prince, pour les réflexions que vous m’avez envoyées. J’en ferai usage selon les occurences, mais il me paraît qu’il ne serait pas convenable d’entrer dans aucune justification, ni particulière
ni générale, avant que le Saint-Père n’ait commencé par s’expliquer.
Joseph.
KAUNITZ A L’EMPEREUR
Kaunitz communique à l’Empereur un billet écrit au crayon, pour lui dire qu’il voulait lui faire un cadeau de chevaux.
Le 9 mars 1783.
Je prends la liberté d’offrir à V. M. les deux chevaux qui m’ont été donnés, selon l’usage, par l’ambassadeur de Maroc, et je n’attendrai que Ses ordres pour les envoyer dans les écuries. Avec le plus profond respect
Kaunitz -Rie tber g.
RÉPONSE DE L’EMPEREUR
L’Empereur l’en remercie, car les chevaux ne valaient pas grand’ chose.
Je vous suis fort obligé, mon cher Prince, mais les huit que j’ai reçu, sont en vérité plus que suffisants pour me faire preuve du mauvais présent en général dans ce genre de l’ambassadeur.
Joseph.
L’EMPEREUR A KAUNITZ
L’Empereur communique à Kaunitz le brouillon d’une lettre qu’il était intentionné d’envoyer au Pape.
Le 16 novembre 1783.
Mon cher Prince. Je vous envoie ici une minute de lettre pour le Pape ; je vous prie de la corriger et arranger, tant pour la chose que pour le style, Payant faite a la hâte. Je compterais alors la faire partir par le courrier qui va à Naples. Adieu, mon cher Prince.
L’EMPEREUR A KAUNITZ
L’Empereur écrit de Naples à Kaunitz.
Naples, le 8 janvier 1784.
Mon cher Prince Kaunitz. Je vous joins ici la lettre originale du Saint-Père ; vous y verrez quelle tournure il donne à nos affaires. A mon retour de Rome, où je ne compte rester que 24 heures, je pourrai peut-être vous en dire davantage.
L’EMPEREUR A KAUNITZ
Rome, ce 20 janvier 1784.
Mon cher Prince de Kaunitz. J’ai reçu par le courrier la lettre que vous m’avez écrite le 10 de ce mois, et je vous en suis fort obligé.
Je vous envoie ci-joint la convention amicale que je suis intentionné de passer avec le Pape. Deux raisons principales m’ont engagé de m’y prêter , l’une pour finir une bonne fois toute question et dispute à l’égard des évêchés et d’une partie des cures en Lombardie ; l’autre puisque je crois que cette convention ne déroge en rien d’essentiel aux principes que j’avais avancés, étant nullement question du droit du Pape dans la nomination qu’il exerçait, mais seulement de l’usage dans lequel il était d’en jouir ce qu’on ne saurait lui disputer, car il y a près de quatre a cinq siècles qu’il était en possession de fait, or, pour faire cesser cette longue possession, il paraît qu’une convention amicale est le moyen le plus propre et le plus convenable. Du reste, je crois n’avoir cédé sur aucun point essentiel ; les Bulles à prendre et les taxes à payer pour les évêques, abbayes, canonicats ne m’ont paru d’une valeur à arrêter l’accomplissement de cette affaire, d’autant plus que pour les bénéfices à charge d’âme et ceux qui doivent se donner par concours, même dans le moi de Pape, j’ai obtenu qu’il accorde aux évêques le droit d’instituer les cures, et par conséquent ils ne payeront aucune taxe a Rome. Quant aux prélats milanois, il m’a paru juste de donner quelque tranquillité par rapport a ceux qui retrouvent employés ici depuis nombre d’années, mais j’y ai mis exprès le mot de nunc} afin d’expliquer que cela n’est qu’en faveur de ceux qui se trouvaient actuellement dans ce cas-là, comme étant venus de bonne foi à Rome où ils sont dès plusieurs années. Cela ne dit pas plus que je ne puisse disposer des pensions en faveur d’autres individus et pour d’autres
objets. Enfin, vous verrez, mon cher Prince, dans tout le contenu de cette pièce, que j’ai évité soigneusement de reconnaître le droit que le Pape exerçait depuis si longtemps relativement aux nominations des bénéfices en Lombardie.
Je laisse la commission au cardinal Herzen de finir cette affaire quant à la forme.
Adieu, mon cher Prince, portez-vous bien. Je pars dans l’instant pour Pise, prenant la route par Foligno, Arezzo et Florence.
Joseph.
(Ci-joint, aux actes, la convention latine passée avec le Pape.)
KAUNITZ A L’EMPEREUR
Kaunitz envoie à l’Empereur la supplique d’un officier condamné
pour jeu.
Le 21 février 1785.
Un pauvre pêcheur, bien repentant à ce qu’il me semble, implore humblement la clémence de V. M. pour une faute qui est, dit-il, la première qu’il ait à se reprocher de sa vie. Tous ceux qui le connaissent depuis fort longtemps, m’assurent que sa conduite a toujours été irréprochable et d’un brave homme. Depuis que je le connais, je n’ai rien vu, ni rien appris qui ne réponde à ce témoignage, et j’ose prendre la liberté, moyennant cela de me prêter aux vives instances de ce pauvre
homme, en faisant parvenir à Y. M. sa très-humble supplique ci-jointe.
Je souhaite que V. M. puisse la trouver digne d’être exaucée, et dans l’espoir qu’elle voudra bien me pardonner de ce que j'ose intercéder pour lui, je me mets à Ses pieds avec la plus profonde soumission.
Il 'résulte de la supplique qu’un certain Joachim comte Robella est condamné à payer 300 ducats dette de jeu et à rendre son brevet de major. Ses officiers certifient que le major n’est point un joueur d’habitude et qu’il n’a entraîné personne au jeu.
Dans ce mémoire on avance des choses fausses par le fait, comme si Robella n’avait pas joué avec Dietrichstein et qu’il eut reçue sa lettre de change par Borghausen ; il est connu pour un joueur de profession, il a déjà au régiment ruiné plusieurs jeunes gens, ses témoins ne parlent pas pour lui par leur conduite. Le Prince Charles Liechtenstein pourrait, s’il voulait le payer, dire ce qu’il lui a gagné ; enfin, quand une chose fait éclat, il faut la finir d’une façon voyante, pour retenir les autres. Adieu, mon cher Prince, pour cette fois-ci je ne puis changer ma sentence.
Joseph.
KAUNITZ A L’EMPEREUR
Kaunitz demande à l’Empereur des chevaux de selle.
Le 31 octobre 1786.
La bonté avec laquelle V. M. a daigné accueillir la grâce que j’ai osé lui demander l’année passée, de vouloir bien me gratifier de 2 des polédars arrivés alors du Karst, dont l’un est devenu aveugle et l’autre se trouve actuellement au manège de Ranner, m’encourage à oser la supplier de vouloir bien avoir celle de les remplacer par deux autres des dix qui restent encore de la même remise ; et au cas que V. M. daignât me faire cette grâce de vouloir bien me donner un petit soupe-de-lait toscanielle et un Pluto gris-de-fer de la même taille à peu près que j’ai vu a côté du premier dans l’écurie, comme de taille et d’âge le plus convenable à un viel homme qui n’a pas trop le temps d’attendre, je serais bien sensible à ce témoignage de la bienveillance de V. M. Je la supplie de ne pas trouver mauvaise la liberté que je prends, et je lui baise les mains avec tous les sentiments dont je suis pénétré pour Elle.
Kaunitz -Rie tb erg.
RÉPONSE DE L’EMPEREUR
L’Empereur fait cadeau à Kauuitz de chevaux demandés.
J’espère que vous aurez trouvé, mon cher Prince, h votre manège au jardin que j’avais deviné et prévenu votre goût, vous ayant envoyé h midi ces mêmes deux chevaux. Adieu.
L’EMPEREUR A KAUNITZ
L’Empereur, arrivé à Rome, écrit à Kaunitz, pour lui faire connaître de quelle manière il avait fait accepter ses propositions par le Pape.
Rome, le 27 décembre 1783.
Mon cher Prince Kaunitz. Me voici à Rome, où je suis arrivé comme une bombe, inconnu ou plutôt pris pour le Roi de Suède. Je crois avoir fait revenir bien des esprits à mon sujet, et le Pape est peut-être le seul embarrassé dans cette affaire. Il doit avoir une de ses lettres en chemin qui m’a croisé, par laquelle il n’offre en réponse à celle que je lui ai renvoyée, un induite pour les évêchés et bénéfices de la Lombardie, conforme à celui que je lui ai cité une fois d’avoir été obtenu au Duc Sforza, mais vous sentez bien que ce n’est point là mon affaire ; au reste, pour en sortir, une bonne fois il n’y aurait que le tempérament d’un Induite uniquement accepté par amitié et complaisance entièrement generale
Brunner. Corresp. int. de l’Emp. Joseph II.
et a perpétuité, toute comme celui que la France a eu du Pape Ganganeili pour la Corse, encore en bien ménageant les termes qui pourrait être accepté par moi, mais je vous en écrirai encore.
Quant aux nouveaux évêques à créer, le Pape est prêt a souscrire aux subdivisions qui doivent être faites dans l’intérieur de mes provinces allemandes, mais a l’égard des diocèses dont une partie se trouve sous la juris diction des Princes de l’Empire, de l’évêque de Cracovie et des évêques italiens, il désire deux choses : l’une de savoir le nombre des cures qu’ils perdraient, et l’autre de pouvoir leur donner l’assurance, qu’en renonçant à une portion de leur jurisduction spirituelle ils ne perdront point leurs revenus. Je donne en conséquence mes ordres au comte Kollowrat.
Je crois, sans me vanter, d’avoir derechef assez bien réussi ici, et que bien des préjugés qu’on avait sur mon compte, se sont dissipés.
Je pars le 29 pour Naples où je resterai dix à douze jours, et puis je ne ferai que reposer ici et irai gagner Pise.
Adieu, mon cher Prince ; portez-vous bien et soyez persuadé de mes sentiments d’amitié et d’estime avec lesquelles je suis toujours, mon cher Prince, votre trèsaffectionné
Joseph.
L’EMPEREUR A KAUNITZ
L’Empereur décrit son voyage à Pise par la neige à travers les Appenins.
Pise, le 29 janvier 1784.
J’ai reçu, mon cher Prince, votre lettre datée du 16 de ce mois. Vous aurez été longtemps, en recevant celleci, h avoir de mes nonvelles, parle plus singulier hasard: un courrier que j’ai expédié avec toutes les dépêches, en partant de Rome le 21 de grand matin, n’est point encore arrivé ici aujourd’hui 29, quoiqu’il soit parti avant moi; j’ai pris à la vérité une autre route, savoir par Terni, Foligno, Perugia, Arezzo a Florence, pour venir ici ; il est également vrai que j’ai eu des neiges incroyables et sûrement de deux pieds de haut, mais dès que j’ai vu qu’il en tombait en si grande quantité, je pris le parti d’aller toute la nuit, quoiqu’en petit pas, de crainte que, si une gelée ou un dégel survenait, je ne pourrais plus avancer du tout, et par là j’obtins mon but et je fus le 23 à Florence, tandis que le courrier, mes secrétaires et une partie de mes gens qui ont pris le chemin le plus court, par Viterbe, Radicofani et Sienne, ne sont point encore ici ; je n’en ai même aucune nouvelle et ne puis concevoir où ils sont arrêtés.
Je suis charmé que les affaires avec la Turquie prennent cette tournure, et je ne doute plus que tout
réussira, pourvu que Herbert1) tienne ferme et engage le Russe à l’épauler, de même dans tous les avantages de commerce que j’ai désiré.
Le climat de Pise est assez doux, il y a pourtant gelé pendant trois jours au point de ne plus dégéler de toute la journée. La vie est on ne peut pas plus monotone, et il n’est plus question de carnaval, bals et amusements ici, que si l’on était au carême. Vous savez, mon cher Prince, le but essentiel de mon voyage que je tâche de remplir dans ce moment-ci. Je ne puis vous en rien dire encore, ne voulant me permettre aucune prévention, mais constater par nombre de faits et observations mon jugement, d’autant plus difficile à porter que tous ceux qu’il intéresse, et le jeune homme lui-même ne sont aucunement encore dans leur état naturel. Je compte rester ici à peu près jusqu’à la moitié du mois de février, et puis de me rendre par le chemin le plus court à Milan d’où je reviendrai par Trieste.
P. S. Comme mes secrétaires arrivent dans ce moment, après avoir été neuf jours dans les neiges entre Roncilione et Radicofani, je vous joins ici en original l’arrangement avec le Pape.
Joseph.
l) Pierre-Philippe baron de Herbert-Rathkeal, internonce et ministre plénipotentiaire à la Porte ottomane.
L’EMPEREUR A KAUNITZ
L’Empereur remercie Kaunitz des choses flatteuses qu’il avait dit.
Milan, le 20 février 1784.
Mon cher Prince de Kaunitz. J’ai reçu avec une vraie satisfaction votre lettre du 7 de ce mois, ayant vu que vous avez goûté mes arrangements faits avec le Pape au sujet des bénéfices de la Lombardie.
L’EMPEREUR A KAUNITZ
L’Empereur parle du carnaval de Milan.
Milan, le 29 février 1784.
Le carnaval finit aujourd’hui. Je n’en ai pris qu’une petite pincée, n’ayant été qu’une seule fois au bal et cela pour une heure seulement , ces bals ne commençant qu’après minuit, et la matinée le temps étant précieux, que je passe à mes occupations ou à voir des objets.
Joseph.
L’EMPEREUR A KAUNITZ après son arrivée de Cherson.
Le 30 juin 1787.
Je viens d’arriver, mon cher Prince, dans cet instant. Je vous envoie ci-joint la représentation des états de
Brabant, une longue diceria qui ne dit rien au fond. Les impertinences et la mutinerie continuent en attendant, comme je viens de voir par ce rapport, et l’on n’est donc plus que leur esclave, la troupe est à leurs ordres. Cet état des choses doit cesser absolument, et il s’agit de sauver l’honneur et la troupe qui, à la fin éparpillée, sera désarmée, ce qui serait le comble. Je vous en parlerai demain, mais croyez que c’est bien à regret que je me suis vu forcé à être d’une autre opinion. La venue ou non-venue des députés décidera tout. Adieu.
KAUNITZ A L’EMPEREUR
Une lettre de Kaunitz qui semble toucher à la promotion de l’évêque de Laibach à la dignité de l’archévêque.
Dujardin h Mariahilf, le 24 juillet 1787.
J’ai écrit au cardinal de Herzan et au nonce Caprara les deux lettres très-humblement ci-jointes, parce qu’il m’a paru que c’était la meilleure façon de satisfaire aux intentions de V. M. qui me paraissent bien justes et même nécessaires vis-à-vis d’une cour, laquelle, par principe, ne fait jamais rien colle buone de ce qu’il lui est possible de ne pas faire, et je souhaite que V. M. puisse approuver le parti que j’ai pris dans cette occasion.
Avec la plus profonde soumission je tâcherai de satisfaire aussi le plus tôt possible aux ordres ultérieurs de V. M. relatifs aux affaires des Pays-Bas.
Kaunitz.
RÉPONSE DE L’EMPEREUR
Je trouve les lettres que vous avez écrites très-bien, mais je doute, que le Pape voudra faire quelque chose d’autre que de vous envoyer une ennuyante pancarte de réfutation. Comme je crois que ma soeur arrivera vers jeudi ou vendredi, je viendrai demain dans la matinée vous parler, mon cher Prince, des différents objets que j’ai entassés. Adieu, mon cher Prince.
KAUNITZ A L’EMPEREUR
Kaunitz se plaint de tristes événements des Pays-Bas.
Du jardin à Mariahilf, le 27 juillet 1787.
La lettre du comte de Belgiojoso qui vient d’arriver, me paraît le comble de l’ineptie et de la déraison. J’avoue à V. M. que pendant son dernier séjour ici il m’a paru une assez pauvre espèce et une des têtes les moins nettes que je me souvienne d’avoir connu, mais il nous a prouvé, ce me semble, depuis près de trois mois, qu’en lui jugeant je lui ai fait grâce, et de beaucoup. Tout ce que cet homme, que je ne pouvais pas me permettre de ne pas croire, croyait voir et voit encore, est incroyable, ainsi que tout ce qu’il vient de faire ou de ne pas faire encore en dernier lieu, où tout a fait inutile ou au moins hors de place. Je demande pardon à V. M. de cet effet
d’un premier mouvement qu’il ne m’a pas été possible de contenir. Il faudra voir ce que toutes les bonnes têtes nous manderont par le courrier qu’il vous annonce, et alors comme alors.
Je baise les mafns a V. M. avec la plus profonde soumission
Kaunitz.
RÉPONSE DE L’EMPEREUR
Vous avez parfaitement raison, mon cher Prince, c’est une pitoyable pièce que celle qu’il vient décrire encore aux états. Je m’occupe à vous consulter sur les différentes choses que je crois nécessaires de disposer et pour l’arrivée de Leurs Altesses et pour l’avenir. Adieu.
En attendant, je n’ai pourtant pas perdu encore toute espérance de voir finir ces affaires sans des moyens trop violents.
Joseph.
L’EMPEREUR A KAUNITZ
L’Empereur écrit à Kaunitz concernant les Pays-Bas.
Vienne, le 4 octobre 1787.
Mon cher Prince de Kaunitz. En vous renvoyant ces quatre différents rapports du gouvernement des Pays- Bas, je ne puis vous cacher que j’ai observé avec étonnement la contradiction qui existe dans les effets et les
rapports, lorsque Ton disait tout sens dessus dessous, la révolte prêt à éclater, tout le monde armé, il ne s’est pas donné une chiquenaude, et à présent qu’on dit tout tranquille, tout rentré dans l’ordre et le devoir, et qu’on fait des réjouissances, l’on se tue entre le militaire et le civile, tant à Bruxelles qu’a Malines. Voilà les fruits d’avoir toujours cédé à l’impertinence et de ne pas avoir exécuté les ordres avec la fermeté que j’avais tant récommandée.
Quant aux différents avis que le gouvernement avance dans ses rapports, je veux qu’on procède à l’élection d’abbés des abbayes qui ont entrée aux Etats, en donnant seulement l’exclusion aux individus qui ont été nommés abbés intermalement par Leurs Altesses Royales.
La seule chose qu’on pourra permettre à l’égard du séminaire général, c’est que les recteurs actuellement existants aux séminaires épiscopaux y viennent avec leurs élèves en qualité de sous-recteurs, ce qui rendra peut-être la chose plus agréable et d’une exécution plus facile.
Pour le don gratuit, sur lequel le gouvernement appuie principalement, j’avoue que je ne suis point de son avis, d’autant plus qu’il n’existe proprement de don gratuit que dans la concession faite par les états: d’ouvrir un emprunt sur leurs moyens cour-
rants qui sont des droits sur la consommation et autres qu’ils perçoivent. Je croirais donc qu’il faudrait tenter d’ouvrir un emprunt toujours à 4 pCt. sur le crédit des finances et contre les obligations de la banque, en s’entendant à ce sujet avec la chambre aulique d’ici. Il
faudra en même temps retrancher aux Pays-Bas toutes les dépenses extraordinaires de bâtisse et autres quelconques, pour subvenir aux frais de la guerre. Plus tard on verra toujours, si un don gratuit ou un autre emprunt sur le crédit des Etats sera plus convenable, mais dans ce moment j’y aurai de la répugnance.
Du reste, j’attends au premier jour la minute de la dépêche ostensible à envoyer aux Etats que je vous ai demandée, ainsi que l’expédition des différents objets contenus dans ma dernière résolution. Lorsque toutes les pièces seront en ordre, on pourra les envoyer au gouvernement, soit par Herden ou le courrier mensuel que je compte expédier en peu de jours.
Joseph.
L’EMPEREUR A KAUNITZ
Le 28 janvier 1788.
Mon cher Prince. Voici deux interceptes de la plus grande importance ; le projet est approuvé par le Roi de Prusse, on a déjà commencé à négocier. En Russie il est question d’une médiation armée. Tout cela change la face des affaires, et je vous prie de penser sérieusement à ce qu’il y aura à faire. Adieu.
Joseph.
KAUNITZ A L’EMPEREUR
Le 20 mai 1788.
En conséquence de la gracieuse permission de V. M. j’ai demandé à Mr. le grand-écuyer un petit pollèdre de taille de vieillard du haras de Gladrupp au lieu d’un des chevaux du Karst qui viennent d’arriver et dont j’ai trouvé la plus grande partie ou trop élevés ou trop étoffés pour un homme de mon âge, supposant que V. M. voulant me gratifier d’un poulain, il lui serait égal qu’il fût de Bohême ou du Karst, celui que j’ai demandé étant pourtant de plus insignifiant du côté de la figure et de la taille. Je remercie très-humblement V. M. de ce gracieux petit présent, auquel je suis aussi sensible qu’aux moindres marques de bonté de la part de V. M. à laquelle je baise les mains avec la plus profonde soumission.
Kaun itz.