‹ Correspondances intimes de l'Empereur Joseph II son ami le comte de Cobenzl et son primier ministre, le Prince de KaunitzChapitre 3 sur 18 · VICE-CHANCELIER DE LA COUR ET DE L'ÉTAT · texte numérisé non relu

VICE-CHANCELIER DE LA COUR ET DE L'ÉTAT

L’EMPEREUR A COBENZL

L’Empereur invite par un petit billet Cobenzl à un voyage à Paris (1777).

Vous n’ignorerez pas, mon cher Cobentzell, car c’est le secret de tout le monde, que je médite pour le commencement de l’année un voyage en France ; vous voudrez bien vous souvenir aussi qu’il y a déjà quelque tems que je vous sondai, si vous auriez envie de m’y accompagner; or, en voici la question en forme, voulezvous venir avec moi, dites-le sans compliments, vous me ferez plaisir, et je ne m’en fâcherai pas si des raisons vous en empêchassent. Je compterais partir vers le 8 ou 10 de janvier et fort à l’incognito; notre équipage sera arrangé en conséquence, néanmoins vous pouvez prendre un valet de chambre et deux domestiques avec, les arrangements sont pris en conséquence. Adieu ....

L’EMPEREUR A COBENZL

L’Empereur au Havre donne plusieurs commissions à Cobenzl.

Le Havre, ce 1er juin 1777.

Caro signor amico, voluntas hominum ambulatoria ; vous saurez donc que nous nous sommes décidés à

prendre un autre chemin et que nous ne revenons plus à Rouen ni au haras du Roi, ainsi je vous prie de faire les choses suivantes :

lmo Vous partirez avec les trois calèches et irez par le haras du Roi à Rennes, et de là, sans toucher St.-Malo, droit à Brest; vous arrangerez ce voyage à votre commodité et tâcherez seulement d’être à Brest jeudi au clair, car je crois que nous y serons sûrement vendredi ;

2do vous demanderez en route tous les chevaux de surplus qu’il pourrait y avoir pour nous, surtout du haras depuis Rennes jusqu’à St.-Malo ;

3ti0 vous paierez à l’aubergiste à Rouen et par tout les comptes, et donnerez en sus au premier 15 Louis ;

4t0 vous ferez mes compliments à Mr. d’Harcourt et au banquier de ma part ;

5t0 si mon courrier était au haras, ou autre part, vous lui ordonnerez d’aller tout de suite à Brest m’attendre avec ses dépêches ;

6to il n’est pas nécessaire de dire que nous logerons à Brest à l’auberge, cela s’entend.

Portez-vous bien, mon cher ami , et tâchez de ne point tousser; si peut-être vous ne vous portiez pas assez bien en gardant vos gens et Hansmichel vous rempliriez une calèche qui pourrait cheminer à votre bon plaisir les autres deux, vous pourriez toujours nous les envoyer, nous gagnons par cette nouvelle route deux grandes journées de marche. Adieu.

Vous donnerez au postillon en courrier 6 Louis, s’il y est de bon matin.

L’EMPEREUR A COBENZL

Lettre confidentielle de l’Empereur sur différentes personnes.

Le 3 mars 1779.

Ce. n’est pas en Corrégent ni en Empereur et encore moins en Commandant de 300,000 hommes que je vous écris ces lignes, c’est en bon camarade que je vous fais compliment sur les talents que vous déployez dans cette occasion, où vous alliez la fermeté à la raison et où vous confondez parfois les suffisants médiateurs de S. M., le prince Kaunitz en jugeant de même ; pour moi il y a longtemps que je pensais ainsi à votre sujet, mais dans la confusion, l’irrésolution et l’esprit de nos départements il me paraissait devoir garder en réserve mes outils, afin qu’ils ne s’émoussassent pas avant le temps.

Ce gueux de Breteuil1) est Prussien jusqu’aux dents, je le disais toujours, mais aussi l’ai-je bien accommodé

q Louis-Auguste Le Tonnelier baron de Breteuil naquit en 1733 à Preuilly en Touraine, et entra dans le monde avec fort peu de fortune. Ayant été fait guidon de la gendarmerie, il ne paraissait pas d’abord appelé aux importantes fonctions qui lui furent confiées. Un caractère prononcé et même naturellement tranchant, un jugement droit, mais surtout une activité infatigable, le firent remarquer de Louis XV qui en 1758 le nomma son ministre plénipotentiaire près l’Electeur de Cologne. Il partit 1760 avec le même titre pour la Russie. 1771 il reçoit l’ambassade de Naples, 1775 de Vienne. Ce fut pendant cette dernière ambassade, qu’il figura en 1778 au congrès de Teschen et que sa médiation étouffa l’embrasement près d’éclater en Europe par les intérêts opposés des puissances voisines de la Bavière au moment de la mort de l’Electeur Maximilien. Revenu en France 1783 et fait ministre d’Etat , le baron de Breteuil fut appelé au dé-

dans une lettre familière écrite à la Reine et montrée au Roi ; ses espérances impertinentes pour le ministère sont, je crois, bien reculées ; tenez ferme, faites enrager ces impertinents et menez votre bête de Seefeld le moins mal que possible. Adieu; croyez-moi que je serais trèscharmé de vous voir en bonne santé. Quel plaisir, si nos petites braves amies vivaient! quel intérêt ne prendraientelles pas à tout ce que vous faites! Où sont-elles? — c’est ce que je ne cesse de penser, car je ne retrouve plus rien qui les remplace. Soyez sûr de mon estime.

Joseph.

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