‹ Correspondances intimes de l'Empereur Joseph II son ami le comte de Cobenzl et son primier ministre, le Prince de KaunitzChapitre 4 sur 18 · RÉPONSE DE COBENZL · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE COBENZL

Tes ch en, ce 20 mars 1779.

Le bonheur que j’ai eu de faire connaître k V. M. mon respectueux et entier dévouement à sa personne, est auprès d’elle un garant sûr de la vive satisfaction que me fait éprouver l’approbation dont V. M. daigne honorer mes faibles efforts. Je m’abstiens de toute autre contestation, parce que ce n’est pas non plus votre plénipotentiaire qui parle ici, mais votre zélé serviteur qui de coeur et d’âme vous suivrait par tout et qui met tout son bonheur à être attaché à votre personne et à votre service.

partement de la Maison du Roi et de Paris, vacant par la démission de Mr. Amelot. Il est mort à Paris le 2 novembre 1807. Les gens de lettres reconnaissent que depuis Colbert aucun ministre n’a peut-être fait autant que lui pour les sciences et les arts.

Vos outils, Sire, à la vérité ne s’usent point, mais je crains bien qu’ils ne soient rongés dans leur étuis par la rouille; ils en seraient même déjà tout couverts, si vous ne leur donniez quelquefois une goutte d’huile telle que la lettre dont V. M. vient de m’honorer.

Quant à Mr. de Breteuil, il est vrai de dire qu’il n’a secondé nos vues, mais je dois avouer aussi que je ne me suis jamais attendu à autre chose à en juger par la conduite de la Cour de Versailles depuis l’époque du 3 de janvier.

La vivacité avec laquelle il parle sur tout ce que concerne soit cette convention, soit les intérêts du Duc de Deux-Ponts, et le ton qu’il prend alors, ne laisse pas douter qu’il n’ait des ordres très-positifs là-dessus. En tout autre cas, ministre d’une Cour alliée et fondant ses espérances sur la protection de la Reine , il se ménagerait du moins vis-à-vis de moi, et je le crois trop prudent, pour le hasarder plus loin qu’il ne devrait. Il serait d’ailleurs assez traitable sur d’autres objets, si le Prince Repnin J), tout Russe qu’il est, ne lui en imposait. Lors-

q Nicolaus Wasiliewitsch prince de Repnin, Feld-maréchal russe, né en 1734, mourut le 12 mai 1801. Peu de vies se rattachent à d’aussi grands événements que la sienne. Si, militaire et diplomate à la fois, il fit la guerre avec de brillants succès et se fit remarquer à Teschen par une conduite judicieuse, prévoyante et animée d’une noble fermeté, l’inexorable histoire ne peut manquer d’imprimer le sceau du blâme sur celle qu’il tint en Pologne comme ministre de Cathérine: ce fut lui qui y fomenta l’anarchie et la guerre civile; ce fut lui qui prépara ces déchirements politiques dont les conséquences, compliquées avec les événements de la révolution française, ont ensanglanté l’Europe et longtemps ébranlé l’édifice de la civilisation.

Brunner. Corresp. int. de l’Emp. Joseph II.

que je le rends tout chaud pour nous, le Russe d’un mot le fait baisser de ton. Mr. de Repnin est très-attaché aux intérêts du Roi de Prusse et à tout ce qui peut le flatter: avec cela sa singulière vivacité n’aurait souvent embarrassé dans le cours de la négociation, si je n’avais réussi dès le commencement a me mettre personnellement bien dans son esprit et à traiter avec lui sur un pied familier, ce qui fait que dans les conférences il est plus tolérant a mon égard qu’avec les autres, et que dans nos tête-àtête, après avoir exhalé son feu, il me laisse parler à mon tour tant que je veux, moyennant quoi après les contestations les plus vives nous nous quittons toujours bons amis, en nous promettant réciproquement de tout faire ce qui dépend de nous, pour faciliter les arrangements de la paix.

Pour en revenir à Mr. de Breteuil, je ne sais s’il est Prussien dans l’âme, mais je me trompe fort sur ce qu’il est dans notre système d’alliance. Tous nos entretiens familiers avec lui me le persuadent et je compterais encore moins à cet égard sur Mr. de Vergennes et de Maurepas* 2) qui, à ce qui me semble, ne rebutent

q Charles Gravier comte de Vergennes, né à Dijon le 28 décembre 1717, mourut le 13 février 1787, laissant une fortune de deux millions après avoir été vingt-quatre ans ambassadeur et treize ans ministre. Ce ministre sut maintenir la balance germanique dans les négociations qui eurent lieu à Teschen sous la médiation du baron de Breteuil et du prince Repnin et qui furent terminées par le traité du 13 mai 1779.

2) Jean-Frédéric-Phélipeaux comte de Maurepas, né en 1701, mourut 1781. Son ministère embrassa plusieurs grandes provinces, Paris, la cour et la marine. Un de ses contemporains ( Mémoires de

pas Mr. de Goltz par des refus opiniâtres, non plus que Mgr. le Duc de Deux-Ponts, témoin les derniers ordres arrivés de Versailles, concernant la garantie des conventions.

Quoiqu’il en soit, V. M. verra de mes très-humbles rapports d’office que je continuerai à insister avec fermeté sur tous les points qu’on m’a particulièrement recommandé, ce qui me fait espérer qu’on se prêtera aussi de l’autre côté plus qu’on l’a fait d’abord "à des moyens de conciliation. Je suis fâché seulement que cela traîne si longtemps aux dépens de nos finances.

Il n’est pas douteux que je serais plus aise de revenir bientôt à Vienne, si j’avais encore à y trouver mes deux anciennes amies dont la perte m’est d’autant plus sensible que la destruction de cette petite société m’a éloigné davantage de V. M., et que je n’en connais pas d’autre qui puisse m’en rapprocher et où V. M. puisse

Marmontel) le dépeint ainsi : „Superficiel et -incapable d’une appli-

cation sérieuse et profonde, mais doué d’une facilité de perception et d’une intelligence qui démêlait dans un instant le noeud le plus compliqué d’une affaire, il suppléait dans les conseils par l’habitude et la dextérité à ce que lui manquait d’étude et de méditation. Accueillant et doux, souple et insinuant, flexible, fertile en ruses pour l’attaque, en adresse pour la défense, en faux-fuyants pour l’éluder, en détours pour donner le change, en bons-mots pour démonter le sérieux par la plaisanterie, en expédients pour se tirer d’un pas difficile et glissant; un oeil de lynx pour saisir le faible ou le ridicule des hommes ; un art imperceptible pour les attirer dans le piège ou les amener à son but ; un art plus redoutable encore de se jouer de tout et du mérite même, quand il voulait le dépriser; enfin l’art d’égayer, de simplifier le travail du cabinet, faisaient de Maurepas le plus séduisant des ministres.

le trouver aussi h Taise, sans avoir jamais aucune indiscrétion, inconséquence ou importunité k craindre.

COBENZL A L’EMPEREUR

Relativement à des statues sur le Prado délia Valle de Padoue.

Le 19 février 1782.

Le Bailli Vénétien à Constantinople, Mémo, m’a fait insinuer par le canal de notre internonce, qu’il serait fort aise, si, k l’imitation du Grand-Duc de Toscane, V. M. voulait bien faire ériger sur la nouvelle place k Padoue

les statues de deux hommes célèbres des Etats de V. M. qui auraient fait leurs études dans la dite université. Les intentions de V. M. sur le fond de la chose régleront ma réponse k Tinternonce ainsi que mes recherches.

L’EMPEREUR A COBENZL

Réponse de l’Empereur sur les personnes en question au cas que S. M. daigna complaire à Mémo.

Il n’y a rien k faire. Spinola a le mieux répondu en disant qu’il ne connaissait d’hommes plus célèbres que Mémo et son secrétaire fameux par ses coquineries.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur les affaires de Hollande.

Le 5 avril 1782.

L’inspection du traité de subside entre les Hollan-

dais et l’Electeur de Cologne mettra V. M. au mieux en

état de juger, si l'avantage à en retirer vaut ou ne vaut pas les 50,000 fl. qui nous en coûterait à prendre la place des Hollandais. Je dis 50,000, parce que les autres 50,000 doivent toujours être payés pour la coadjutorerie, et les 50,000 qui résultent du dernier compte d’apothicaire, pourraient absolument être refusé.

Après que V. M. aura jeté les yeux sur cette pièce, je viendrai prendre ses ordres sur l’expédition à faire au comte de Metternich, pour qu’il ne se méprenne pas sur les véritables intentions de V. M.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Il n’y a pas de doute qu’entre les deux maux il vaut mieux avoir pour 100,000 florins un régiment étranger à sa disposition et d’avoir par conséquent nos recruteurs en Westphalie, à Munster et h Cologne, que de

n’avoir rien, d’autant plus que la moitié, les 50,000 flo-

rins ne doivent être payés que la vie durante de l’Electeur qui a 74 ans ; l’entretien de ce régiment en temps de paix que je demanderais tout de suite pour les Pays- Bas, je crois que les Etats s’engageraient volontiers à l’entretenir, pour qu’ils aient plus de consommation. En outre on aurait l’avantage en cas de guerre d’en avoir un de cavalerie et encore quelques-uns d’infanterie, et dès ce moment nos recruteurs devraient être admis dans toute la domination de l’Electeur de Cologne et de l’évêque de Münster; c’est sous ces conditions qu’il faut instruire Metternich de faire décider la chose pour ou

contre et par la la question des 10,000 florins de plus, que les 50,000 cesserait d'elle-même, et il faudrait en joindre à Metternich, d’insister que nos recruteurs soient admis, s’il est possible, dans le pays. En général il m’est nécessaire de savoir les arrangements pécuniaires qu’on prit pour la coadjutorerie, ce que cela importe et à qui elle est distribué.

COBENZL A L’EMPEREUR

Relativement à la Coadjutorerie de l’Archiduc Maximilien de Cologne.

Le 7 avril 1782.

La première feuille de ce rapport et les trois pièces jointes montrent suffisamment les sommes qu’a coûté l’affaire de la Coadjutorerie et l’emploi qui en a été fait. Le reste de la larde *) est le double du même compte avec toutes les pièces justificatives que je n’ajoute que pour le cas que V. M. voudrait y avoir recours.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Il est impossible que je parcoure ce volume ; vous me ferez mettre seulement sur une feuille de papier les obligations pécuniaires qu’on a contractées et qu’on est dans le cas de payer à qui et la somme.

q Probablement liasse.

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