‹ Correspondances intimes de l'Empereur Joseph II son ami le comte de Cobenzl et son primier ministre, le Prince de KaunitzChapitre 5 sur 18 · A L’AMBASSADEUR D'AUTRICHE A PARIS LE COMTE DE MERCY- ARGENTEAU · texte numérisé non relu

A L’AMBASSADEUR D'AUTRICHE A PARIS LE COMTE DE MERCY- ARGENTEAU

Vienne, le 15 août 1782.

Mpn cher comte. Je ne vous écris qu’un mot par ce courrier, n’ayant pas de grandes nouvelles à vous donner. Mes yeux commencent à devenir plus raisonnables, et j’espère que la bonne saison les remettra entièrement ; ils m’ont empêché d’assister le jour de Pâques aux fonctions du Pape. Actuellement que je ne fais plus rien, après avoir employé tous les remèdes, tant internes qu’externes, cela vaut beaucoup mieux et je commence à sortir et à me promener; heureusement que la vue n’a jamais été dérangée en rien et que ma santé, malgré la vie sédentaire que j’ai mené pendant des mois, et que mon estomac, malgré toutes les drogues que j’ai avalé, s’est soutenu. J’ai été très-content de l’amitié que le Roi m’a témoigné, en me faisant donner part et en permettant que la Reine m’écrive les détails de l’arrivée de l’émissaire anglais avec les propositions pacifiques. Il faudra voir à quoi le nouveau ministre anglais se décidera, mais il est inconcevable, comment les messieurs ont pu se charger de la besogne dans ce moment-ci. Le Pape va voir ici dans le plus petit détail tout ce qui s’y trouve de plus remarquable, et cela s’étend jusqu’à mes écuries et les chenils de mes chiens de chasse. Au reste, quoique je passe jour par jour des trois heures avec lui en conversation où l’on parle plus des choses indifférentes que sur

les différents entre le Sacerdoce et l’Empire et, par conséquent, si jamais le proverbe a été juste d’un montagne qui enfante une souris, il le pourra bien être à l’occasion de ce voyage pompeux et singulier de Saint- Père. Son départ m’est encore entièrement inconnu.

Je vous joins ici en copie les points par écrit qu’il m’a donné, et en marge la façon que j’y ai répondu. Je vous prie même, si la Reine sait assez l’italien, de les lui faire voir, ou de lui en dire le sens, désirant qu’elle ait connaissance des objets qui s’y traitent, et par là vous serez à même d’en parler à Mr. de Vergennes, en faisant valoir que je n’avais communiqué ceci à âme qui vive, mais que, vu l’amitié du Roi, je ne voulais rien avoir de caché pour lui, même les plus petits détails de mes affaires internes et particulières. Ceci fera, je crois, un bon effet, et vous pourrez même faire valoir la chose comme provenant de moi-même et non des bureaux qui n’y ont rien en à faire, mais en même temps vous prierez la Reine et Mr. de Vergennes, que cela reste secret et ne soit point ébruité. J’espère que les faussetés du Roi de Prusse, au sujet de mes projets de conquête contre la Porte, se seront évanouies, de même que mon traité de partage avec la Russie à ce sujet. Cet homme ne cesse pas de calomnier et de mentir, et il trouve pourtant encore des dupes qui le croient toute comme est; entre autres le projet de l’achat du marquisat de Berg op Zoom, qui n’a pas le sens commun.

Adieu, mon cher comte ; soyez persuadé de l’estime et de la considération avec lesquelles je suis votre trèsaffectionné Joseph.

P. S. Voici une lettre pour la Reine que je vous prie de lui remettre. Mme de Mailly m’ayant fait faire des compliments par Mr. de Breteuil , je vous prie de lui faire les miens ainsi qu’à Mme Cosse et à Mme Duras, et de me rappeler à leur souvenir.

COBENZL A L’EMPEREUR

Concernant les affaires de ménagerie et un zèbre.

Le 30 avril 1782.

Un nommé Dolmer qui a apporté en Allemagne les petits oiseaux des Indes que V. M. a acheté dernièrement de la seconde main et à qui j’ai parlé pour des animaux rares qui conviendraient à la ménagerie de Schônbrunn, m’a dit qu’il tâchera de trouver de quoi satisfaire V. M., et que dès à présent il pourrait livrer un zèbre au prix de 800 ducats, rendu à Hambourg. C’est un de plus beaux quadrupèdes qui existent et très-difficile à avoir, mais ne sachant pas jusqu’à quel point V. M. voudra l’engager en des dépenses de cette nature, je me suis borné à lui dire que je lui manderai à Hambourg les intentions de V. M.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Sur le zèbre qui lui paraît trop cher.

Je ne sais pas trop ce que c’est qu’un zèbre, mais toujours cet animal me paraît fort cher, et je crois qu’il ne faut pas s’engager avec cet homme-là. Je suis

charmé que votre affaire avec les Hollandais soit fini et que nous ayons réussi. Adieu.

COBENZL A L’EMPEREUR Sur un aventurier.

Le 30 juillet 1782.

Le colonel Kühlheim passé du service de France a celui de V. M. vers la fin de l’avant-dernière guerre avec tout le corps qu’il commandait et qui se trouve actuellement dans la misère, me demande la charité dans la lettre ci-jointe, pour pouvoir retourner en France.

Je ne puis me dispenser de mettre sa triste situation sous les yeux de V. M. et de vous rappeler, Sire, que par la transaction qu’on lui a faite faire dans un pressant besoin et pendant une grave maladie moyennant une somme de 8000 fl. une fois payé, le trésor royal déjà depuis 19 ans une rétribution de 2000 fl. par an qui lui été assurée par accord vie durante et à sa veuve après lui. Cette considération avait engagé l’Impératrice à lui faire dans ces derniers temps la pension qu’il vient de perdre. Il ne demande aujourd’hui qu’un aumône pour pouvoir partir.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Je connais ce personnage comme très-mauvais sujet tant personnellement que par ses démarches; il a fait le faux enroleur pour les Hollandais, il a tâché de dé-

baucher des officiers et des soldats, il a fait l'espion ici de différents ministres étrangers; c'est enfin un de ces drôles qui, si j'étais dans ce goût-là, aurait cent fois mérité d'être arrêté et chassé de mes Etats, ce qui pourrait encore lui arriver au premier jour, s’il ne s'en va pas de lui-même ; par là il épargnera au moins les frais du voyage jusqu’aux confins. L’aumône n’est pas faite pour une pareille engeance, et vous ferez très-bien de lui donner le consilium abeundi le plus tôt possible.

Joseph.

COBENZL A L’EMPEREUR

Cobenzl mande à l’Empereur la mort du baron Binder et fait mention des mérites du défunt.

Le 21 août 1782.

Le baron Binder *) est mort hier au soir. Dans les derniers moments il m'a fait prier de le mettre aux pieds de V. M. et de lui rapporter qu’il mourrait très-tranquille sur son sort, espérant de la miséricorde divine le pardon de ses pêches en qualité d’homme et n’ayant rien à se reprocher en qualité de citoyen et de serviteur de son souverain.

Depuis quatorze ans que je le connais, je n’ai rien vu et jamais je n’ai rien entendu qui jette le moindre doute sur la vérité de cette assertion. Quoiqu’il fut considérablement affaibli par l’âge et le travail, sa mort est

l) Le baron de l’Empire Binder de Kriglstein était conseiller intime de Sa Majesté dans la chancellerie de la Cour et de l’État.

encore une perte, vu les lumières et la chaleur qu’il apportait à la discussion des affaires majeures.

APOSTILLE DE L’EMPEREUR

Je suis vraiment fâché de la mort de ce galant homme qui était un excellent moyen, si on savait l’employer.

COBENZL A L’EMPEREUR

Cobenzl prie l’Empereur de permettre que le comte Kollowrat aille à Paris.

Le 30 septembre 1782.

Un comte de Kollowrath que je suppose être le beau-frère du président de la chambre, me mande dans la lettre très-humblement y rejointe, qu’étant allé en Empire avec l’agréation de V. M. pour affaires de famille, il a profité de l’occasion pour aller faire une visite à la comtesse de Schônfeld, sa tante, à Paris, et me prie d’obtenir de V. M. la permission d’y passer six semaines.

APOSTILLE DE L’EMPEREUR

(Vous pourrez répondre Le plus sûr est de ne lui point répondre du tout ; il est allé a Paris sans permission, il y restera. Il vaut mieux l’ignorer.

!) Effacé,

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur les affaires d’Allemagne.

Le 26 octobre 1782.

Comme V. M. sera sans doute impatiente de l’avis du prince Kaunitz sur le mémoire de l’Impératrice de Russie, je prends la liberté de l’informer qu’il est minuté et qu’on est occupé à le mettre au net. La matière étant importante, la déduction est devenue un peu volumineuse. On y analyse de point en point le plan de l’Impératrice, on y substitue un autre plus solide et plus conforme à nos intérêts, et on montre que la Russie peut absolument commencer dès à présent et achever plus tard l’exécution de son grand projet, sans avoir besoin de notre concours et sans que personne puisse l’empêcher, en rendant alors sa condition beaucoup meilleure et la nôtre beaucoup plus mauvaise qu’elles ne le deviendraient probablement l’une et l’autre, si nous agissions de concert ainsi que V. M. s’y est positivement engagé par l'article secret , en promettant d’employer toutes ses forces en cas de rupture avec la Porte.

Le chimérique du projet de l’Impératrice semble disparaître à mesure qu’on l’approfondit et tel mauvais que puisse être notre lot dans le partage , il paraît que dans une révolution générale moyennant des échanges concertés d’avance d’un commun accord, notre situation deviendrait toujours, si non meilleure qu’elle l’est à présent, du moins pas aussi mauvaise qu’elle pourrait le devenir, si V. M. ne répondait pas complètement à l’at-

tente de l'Impératrice qui peut-être n'est déterminé que par ce seul espoir, à préférer l'intime liaison avec V. M. à celle du Roi de Prusse.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Ayant rapporté de Brunn et reçu un érésipèle au visage avec beaucoup de fièvre, et ayant les yeux fermés et l’esprit très-bouché, je ne puis pas m’occuper de ce grand objet, et néanmoins je vous envoie ici une minute de lettre que j'ai couché à Brunn. Lisez-la et faites-la voir au prince de Kaunitz. Adieu.

COBENZL A L’EMPEREUR

Cobenzl prie l’Empereur de conférer la Toison d’or à son neveu.

Le 22 novembre 1782.

Sire. C'est sans doute la nomination que V. M. a daigné faire de quelques chevaliers de la Toison, qui fait parler dans le public d’autres promotions prochaines.

Je n’ai pas l’audace de vouloir pénétrer a cet égard les intentions de V. M., mais j’ose très-humblement la supplier de daigner dans l’occasion plus ou moins éloignée avoir présent mon cousin h Pétersbourg, dont le zèle toujours ardent serait nouvellement animé par un semblable marque de votre clémence auguste.

Je ne parle pas pour moi-même dans la ferme confiance que V. M. m’honorera, comme un autre de ses bontés, lorsque tôt ou tard j’aurais su les mériter.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Je ne pense à d’autre promotion, mais quand il y en aura, je n’oublierai pas votre cousin, encore moins ai-je jamais été dans le cas de ne pas me souvenir de ceux que j’aimje.

COBENZL A L’EMPEREUR

Une princesse russe désire avoir des minéraux.

Le 22 novembre 1782.

Cobenzl m’écrit de Pétersbourg qu’on pourrait obliger sensiblement la princesse d’Arsehow en lui envoyant quelques minéraux de la Hongrie qu’elle désire ardemment d’avoir, et que cela ne pourrait faire que bon effet auprès de l’Impératrice.

Le conseiller Born, a qui j’en ai parlé, me dit qu’il pourrait facilement en rassembler quelques pièces , en ayant reçu en dernier lieu plus qu’il n’en faut pour l’envoi à faire en France. Il en sera donc ce qu’il plaira à V. M. d’ordonner.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Je ne sais ni d’un envoi en France ni des désirs de la princesse Poscow, hors de jouer l’importante, si Born peut ramasser quelques morceaux peu intéressants, elle les recevra avec le même plaisir, pourvu qu’il soit dit qu’elle est connaisseuse et qu’on lui en envoie des pays étrangers. Joseph II.

COBENZL A L’EMPEREUR

Précautions prises relativement aux employés du cabinet des chiffres

Le 23 novembre 1782.

La chambre au bureau d’Etat que le baron Binder occupait ci-devant, vient d’être destinée à présent pour le chiffre et pour l’expédition et le dépôt des affaires plus secrètes. Personne n’entre dans cette chambre, à moins d’y être appelé, moyennant quoi toute affaire dont le secret est de quelque importance, ne passe sous les yeux que d’un seul commis employé à faire l’expédition ou à la mettre au net.

J’ai cru devoir informer V. M. de cette bagatelle, pour lui faire voir qu’à présent tous les moyens possibles pour la sûreté du secret sont employés au bureau d’Etat, et quoique jusqu’ici aucun des commis actuels ne se soit rendu suspect de la plus légère indiscrétion et qu’aucun d’eux ne fréquente (que je sache) café, auberge, tabled’hôte ou autre maison semblable , néanmoins on leur a recommandé tout nouvellement de s’abstenir de toute liaison ou société étrangère, et pour peu qu’une affaire soit délicate , on n’y emploit que ceux qui vivent tout à fait isolés dans leur famille ou avec leurs collègues.

Je vous suis obligé de m’avoir donné part de cette sage et bonne disposition. Principiis obsta. Adieu.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur un voyage scientifique.

Le 25 décembre 1782.

Pour employer utilement les deux a trois mois d’ici au temps, où Mârter et ses compagnons pourront passer aux Indes, Heidinger fera la tournée des minières des provinces héréditaires, et Mârter qui avant ce grand voyage voudrait voir un moment ses parents à Fribourg, si V. M. daignait le permettre, passerait de là à Paris, pour voir le cabinet de Mr. de BufFon et le Jardin botanique ; Born le souhaite beaucoup et, comme ce voyage se ferait aux frais de Mârter, il voudrait que V. M. daigna le gratifier d’une centaine de ducats, seulement à condition qu’il revienne par la Hollande où, en s’entretenant avec les gens du métier, il pourrait bien s’instruire dans la manière de soigner les animaux et les plantes exotiques pendant le voyage, connaissance très-essentielle pour le bon succès de l’entreprise.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Je crois qu’il faut modérer cette plaisanterie et ne pas faire voir au grand monde critiqueur nos petits savants. Toute cette entreprise, je la crois manquée; après une couple de mois, je crois, qu’elle tombera d’elle-même et que ces messieurs resteront ici.

Br uriner. Corresp. int. de l’Emp. Joseph II.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur des recherches botaniques.

Le 10 janvier 1783.

D’après la lettre que Pierre Proly, de retour de l’Ile-de-Bourbon, m’écrit de Cadix, il est parti de ce port le 10 décembre pour Toulon d’où il passe à Trieste, ayant à bord de son navire cinq caisses de plantes et graines qu’il a obtenu de Mr. Cerès, directeur du jardin du bois dans la susdite île. Proly joint à la lettre la notice de ces plantes et graines, ainsi qu’une lettre du directeur adressée à V. M.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Je crains bien que toutes ces plantes arriveront en bien mauvais état, puisqu’elles sont si longtemps en route et dans si diverses saisons. Vous ferez écrire à Trieste que l’on aie grand soin à leur arrivée et les faire parvenir plus promptement et avec le plus grand soin que possible. Joseph II.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur des lettres adressées aux membres de la famille impériale.

Le 25 janvier 1783.

Stockmayer *), en me remettant la lettre très-humblement ci-jointe, m’a communiqué en même temps en con-

!) Chevalier Jacques-Frédéric de Stockmayer.

fidence les autres trois pièces qu’on lui a envoyé pour son information. J’ai gardé le tout sous prétexte de vouloir y réfléchir un peu, avant de me déterminer à remettre ou à ne point remettre k V. M. la lettre que le Prince Ferdinand m’envoie pour Elle.

La copie de cette lettre se trouvant parmi ces pièces, il dépendra de V. M. d’en ouvrir l’original ou de me le renvoyer fermé au cas quielle aima mieux être censé ne point l’avoir reçu.

Stockmayer m’a dit aussi avoir reçu successivement

deux lettres du Prince pour la Grande-Duchesse, mais

qu’il ne les a pas fait passer outre en conseillant au

Prince de mieux réfléchir à ce qu’il faisait. Il y a égale-

ment deux lettres pour la Princesse Elisabeth qu’il hésite de remettre a leur adresse. Comme il doit encore venir m’en parler, V. M. ordonnera ce que je dois lui conseiller k cet égard

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Il ne faut aucunement paraître mettre la moindre importance k cette affaire; le Prince Ferdinand et Stockmayer feront ce qu’ils voudront, je ne m’en mêlerai point, voici ma réponse au Prince que vous remettrez k Stockmayer avec toutes ces pièces qui n’ont pas le sens commun.

Joseph.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur des chevaux, des gazelles et des perroquets.

Le 28 février 1783.

Je dois supposer que les chevaux, envoyé de Tripoli à Vienne en présent a V. M., doivent avoir coûté sur les lieux tout au moins 150 à 200 ducats la pièce, ainsi en comptant pour peu de chose les gazelles et le perroquet, une bague de la valeur de 3000 fl. environ pourrait être convenable, si V. M. voulait se charger en même temps de tous les frais de transport dont on pourrait demander compte au Sr. Waersmann.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Les chevaux ne valent pas 20 ducats la pièce ; ce sont de vraies rosses. Je vous enverrai une bague et cela suffira pour tout. Joseph.

COBENZL A L’EMPEREUR

On surveille ceux qui font des visites au nonce.

Le 5 mars 1783.

V. M. peut être certaine que depuis cinq mois Jenisch1) n’a jamais dîné en Nonciature et n’y a été que deux fois, savoir la veille du nouvel an et le 5 de février.

Bernard de Jenisch était Conseiller I. R. dans la chancellerie d’État.

Le chanoine Parcar l) y a dîné une seule fois il y a quelques mois ; depuis lors il n’a jamais mis le pied chez le nonce où on le déteste à cause de sa connexion avec le Prince Kaunitz. J’ai cru devoir informer V. M. de ces deux circonstances, parce qu’elles prouvent que les deux passages marqués sont absolument faux, qu’il pourrait en être de même à l’égard de quelques autres passages, et que par conséquent le comte de Pergen 2) n’est pas servi fidèlement par ses gens qui ou confondent les personnes ou couvrent leur inaction par des rapports imaginaires, ce dont il serait peut-être bon qu’il fût averti.

Je ne rappelle à cette heure que Parcar a un frère dans la maison d’Ernest Harrach, grand ami du Nonce ; c’est de lui peut-être qu’il est question.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

J’espère que ce que j’ai envoyé au Prince, n’a pas été communiqué aux employés du bureau, et que Jenisch, comme il le paraît, n’a pas été constitué, car sans cela ce serait vouloir annuller les observations et avoir l’air de devoir cacher les démarches de ses employés.

Joseph.

!) François -Xavier de Parkar, chanoine à la cathédrale Saint- Étienne à Vienne.

2) Jean-Antoine comte de Pergen, ministre d’État et président du gouvernement de la Basse-Autriche.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur le Prince Auersperg.

Le 12 mars 1783.

Pour ne point incommoder trop souvent V. M., le Prince d’Auersperg1) m’a prié de porter à sa connaissance qu’il sera obligé de se rendre le mois prochain à Berlin, pour prendre l’investiture de ses fiefs, à moins qu’il n’obtienne du roi la permission de la prendre à Breslau par dispense, ainsi qu’il l’a demandé au chevalier Parmer auquel la régence de Breslau l’a envoyé à cet effet.

Le Prince m’a confié h cette occasion sa crainte que le Roi en ce voyage ne lui demande son fils cadet, âgé de 17 ans, pour lequel il se propose de demander à V. M. un simple titre d’officier dans quelque régiment que ce soit, grâce qui le tirerait d’embarras vis-a-vis du Roi et dont il n’abuserait pas auprès de V. M. en demandant pour le jeune homme l’actualité du service avant qu’il ne soit bien en état d’en remplir les devoirs.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Tl est tout naturel qu’il doit aller à Berlin et, pour bien faire, il devrait prendre son fils aîné avec lui, pour qu’il ne dût pas y retourner après la mort du père,

q Charles Prince d’Auersperg, maréchal héréditaire du duché de Carniole, Duc de Münsterberg et Frankenstein en Silésie.

quand à son troisième fils je lui donne une place d’enseigne dans le régiment de Sanglais. Joseph.

COBENZL A L’EMPEREUR

Le général Prince d’Anhalt cherche d’entrer au service de Russie.

Le 7 avril 1783.

Le Prince Kaunitz croit que le moyen que Y. M. imagine pour engager le général Anhalt à chercher service en Russie, serait très-bon h employer, pour pouvoir faire valoir à Pétersbourg l’empressement de V. M. a faire plaisir à l’Impératrice.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Je vous envoie ici les minutes que Weber a faites; elles n’ont pas le sens commun, mais dites si vous croyez le moyen bon. Adieu. Joseph.

COBENZL A L’EMPEREUR

Un espion prussien arrive à Vienne.

Le 6 octobre 1783.

J’entends dire qu’un officier prussien, commandé en recrutation à Ratisbonne, et qui doit avoir fait depuis peu un voyage en Bavière et en Suisse avec le grand prévôt baron Thurn, soit arrivé à Vienne sous un nom emprunté en compagnie du baron Gleichen. Si le fait

est vrai dont je ne réponds pas, la curiosité est peutêtre le seul motif de ce voyage qui pourrait avoir été entrepris à l’insu du Roi. Comme néanmoins il pourrait importer à V. M. de vérifier la chose et de faire surveiller l’homme en question, j’ai cru de mon devoir de communiquer à V. M. l’information qu’on m’a donné vraie ou fausse.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

J’ai été déjà informé de la même chose et je suis à l’enquête du personnage. Bien obligé de votre attention.

J oseph.

L’EMPEREUR A COBENZL

Joseph demande à Cobenzl ce qu’il préfère, le Grand-cordon de l’ordre de St.-Étienne ou la Toison d’or.

Reçu le 26 octobre 1783.

Mon cher Cobentzl. Je ferai peut-être une promotion de chevalière de St.-Etienne; dites-moi franchement ce que vous préférez, la Grande- Croix de cet ordre ou la Toison. La première vous l’auriez tout de suite et la seconde à la première occasion. Vous voyez que je ne désire que vous faire plaisir et de savoir ce qui vous est le plus agréable. Un mot de réponse et la chose sera faite. Adieu.

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