‹ Correspondances intimes de l'Empereur Joseph II son ami le comte de Cobenzl et son primier ministre, le Prince de KaunitzChapitre 8 sur 18 · COBENZL A L’EMPEREUR (AU CAMP IMPÉRIAL EN TURQUIE · texte numérisé non relu

COBENZL A L’EMPEREUR (AU CAMP IMPÉRIAL EN TURQUIE

Sur des affaires botaniques.

Le 15 juin 1788.

Quoique V. M. soit actuellement occupée d’affaires bien plus sérieuses, je ne puis cependant me dispenser

de l’informer que le jardinier Boos est heureusement arrivé h Trieste à bord d’un navire français de 320 tonnes, tout chargé de plantes qu’il a rassemblé au Cap et aux Iles-de-France et de Bourbon, tant dans les différents jardins où on transplante depuis une longue suite d’années tout ce qu’on tire de deux Indes, ainsi que dans l’intérieur du pays où bien peu d’hommes encore ont été herboriser.

Il y a aussi quelques quadrupèdes et oiseaux de l’Afrique et nommément deux zèbres et d’autres objets curieux d’histoire naturelle.

Dès que le transport sera arrivé à Vienne, j’aurai l’honneur d’en envoyer à V. M. le détail, en me bornant à présent à vous rapporter l’expression dont s’est servi envers moi le directeur du jardin du Roi en l’Ile-de-France dans une de ses lettres :

„qu’une collection semblable ne s’est encore jamais faite et ne se fera peut-être jamais plus.“

Je suis humblement aux pieds de V. M.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR (DU CAMP)

Je suis charmé de cette bonne nouvelle et j’espère qu’on aura soin de les faire parvenir heureusement de Trieste a Vienne. L’ennui et le désagrément de ma position actuelle surpasse tout ce que j’en pourrais dire. Adieu. Il faut quitter l’occasion pour l’automne.

L’EMPEREUR A COBENZL

Sur l’Italie. Du camp.

Semlin, le 25 juin 1788.

Vous aurez vu par un intercepte, que la Cour de Turin s’imagine que c’est moi qui payerai une dot considérable à ma nièce de Milan et que je ferai même à cette Cour d’autres avantages en pays ou frontières. Vous aurez soin à la moindre proposition qui vous en serait faite d’éconduire bien loin cette espérance, en assurant très-fort qu’aussi peu que j’avais concouru à l’établissement et à la dot de ma nièce Thérèse, lorsqu’elle épousa le Prince Antoine de Saxe, aussi peu je contribuerai à l’établissement de ma nièce de Milan que le Grand-Duc avait donné, sans me consulter, une dot très-considérable à sa fille et qu’il avait fait un contrat de mariage en dupe, que mon frère Ferdinand n’était ni en moyens ni, je crois, en volonté de faire les mêmes conditions, et qu’au reste je ne me mêlais en rien des affaires domestiques de mes frères et que le contrat de mariage serait directement arrangé entre mon frère et la Cour de Turin. J’ai voulu vous en prévenir d’avance pour que vous sachiez mes intentions là-dessus. Je vous prie même d’en informer aussi le Prince de Kaunitz, pour qu’il donne en conséquence les instructions à notre ministre à Turin et qu’il puisse même en parler à Mr. de Brême, si l’occasion se présentait.

Vous vous souviendrez du désir qu’a témoigné la Cour de Berlin que je reconnaisse feu Mr. de Lignowsky comme Prince de mes Pays héréditaires. C’est ensuite de ces dispositions que vous pourrez faire insinuer au jeune Lignowsky, soit par le Prince de Reuss ou par la famille de Thun, de me faire cette demande ou d’engager lsi Cour de Berlin à me la faire, puisque j’étais intentionné de lui accorder, même gratis, le diplôme de Prince de mes Pays héréditaires. B faudrait toutefois faire valoir cette condescendance comme une chose uniquement faite pour complaire à la Cour de Prusse. Bien entendu que, s’il souhaitait d’obtenir un diplôme de Prince de la chancellerie d’Empire, ce serait h lui d’en payer la taxe. Vous remarquerez dans ce cas que, selon la convention, les Princes faits par la chancellerie de Bohème et d’Autriche jouissent des mêmes prérogatives que ceux qui tiennent leurs diplômes de la chancellerie d’Empire.

Au reste, comme ce jeune homme s’est particulièrement distingué par sa conduite et son application, il paraît que le service en ferait une bonne acquisition et qu’il conviendrait de lui faire entrevoir dès à présent qu’on a des vues sur lui pour l’employer dans la carrière politique, à laquelle il avait toujours aspiré. Je crois même qu’il serait propre à remplir le poste de Copenhague. Cependant, s’il ne lui convenait pas pour le moment, il faudrait songer à le placer quelque part en Empire.

COBENZL A L’EMPEREUR (AU CAMP)

Sur la ménagerie impériale.

Le 1er juillet 1788.

Le jardinier Boos me mande de Trieste qu’outre plusieurs oiseaux, deux zèbres et une gazelle, il apporte aussi de petits quadrupèdes tels que varys, makys, singes, chats sauvages etc. Les animaux exigeant pour leur conservation des soins particuliers que personne ici ne peut mieux connaître que ce même Boos qui les a soignés depuis longtemps et en Afrique et en voyage, il pourrait plaire à V. M., moyennant un ordre au comte de St. -Julien, que Boos continue à soigner ces animaux jusqu’à l’arrivée de V. M., en leur faisant arranger dans la ménagerie des réduits adaptes à leurs habitudes.

A juger du temps qu’il fait ici, la chaleur que V. M. souffre au camp doit être insupportable. Fasse le ciel que vos succès soient tels à balancer au moins les travaux et les fatigues immenses auxquels vous voulez bien vous assujettir pour l’avantage de vos Etats d’une manière qui trouvera plus d’admirateurs que d’imitateurs parmi les souverains.

Je suis très-humblement à vos pieds.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Quant aux animaux, arrangez cela à votre bon plaisir. St. -Julien est à l’autre monde et il ne faut plus lui

rien en dire. Proposez-moi un homme au lieu de Pongratz qui est malade et peu propre à cette besogne de ménagerie. Boos doit rester comme jardinier et je lui donnerai même plus de gages, le croyant le plus propre à aider Yanderscoot.

Pour ici, l’ennui, la patience et le désespoir de ne pouvoir -pour le présent par prudence ne rien faire, fait tout notre mal. Les chaleurs ont été excessives, et à 46 degrés *) au thermomètre de Fahrenheit hors du soleil , chose inouïe ! et les nuits de même ; à cette heure le temps est rafraîchi. — Vous aurez déjà appris l’affreux événement de Brognard et du capitaine Bernet avec un autre officier qui ont été assassinés, leurs têtes coupées, et cela par ordre du Bascha de Scutari qui les avait menés, sans qu’on en avait touché l’argent, savoir 15,000 ducats, et leur avait juré et promis merveille. Avec ces gens il n’y a rien à faire que les exterminer où on les attrape. Vous ferez valoir cette trahison dans les gazettes publiques, afin que cela anime contre ces gens toute âme honnête. Adieu.

L’EMPEREUR A COBENZL

Sur un jeune nègre.

Vienne, le 30 décembre 1788.

Après avoir vu le jeune nègre du Malabar et pris des informations de ce qu’il sait et s’il était chrétien, je crois devoir vous charger de faire chercher ici une pen-

9 Probablement 86 degrés.

sion où Ton parle français, afin qu’on puisse l’y instruire dans la religion catholique et le rendre en état d’être baptisé. Il n’est pas moins nécessaire de lui faire apprendre à lire et à écrire et à faire des comptes, puisque ces notions sont absolument requises, même pour le métier de jardinier auquel on le destine.

Aussitôt que vous aurez trouvé une pension convenable, je vous prie de m’en faire connaître le prix, puisque je ferai les frais de son entretien et donnerai les ordres en conséquence.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur le nègre.

Le 10 janvier 1789.

En conséquence des ordres de V. M. ayant pris des informations au sujet du petit garçon indien, il me semble qu’il ne pourrait être mieux qu’il n’est déjà actuellement. Van der Schott lui donne la pension, comme aussi à Boos qui parle français ainsi que tous les enfants de van der Schott. Leur instructeur lui enseigne à lire, à écrire et l’arithmétique, et un religieux de Klosterneuburg qui parle fort bien français, l’instruit dans la religion dans la maison que les religieux ont à Hietzing1).

Par là le garçon n’est jamais en mauvaise compagnie et occupé dans les serres aux heures où il n’a point d’instructeur. On pourverrait à tout cela avec les 16 fi.

9 Paroisse (tout près du jardin de Schonbrunn) desservie par des chanoines réguliers de l’Abbaye de Klosterneuburg.

par mois que V. M. a daigné lui assigner l’été dernier, et au cas que plus tard il eut besoin d’un secours extraordinaire pour son habillement, van der Schott le dira.

Quant à la ménagerie, si V. M. persiste dans l’idée d’en laisser la suprême inspection à van der Schott qui certainement en aurait bon soin, il en chargerait en particulier Boos, mais sans laisser pour cela de s’en servir aussi dans les serres, en partageant le travail avec lui d’un côté comme de l’autre.

Comme ils s’accordent bien ensemble, je crois que cela ferait bon effet, et mis en cas de maladie de van der Schott, il y aurait un second pour le suppléer partout.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Les enfants de van der Schott n’ont plus d’instructeur ; ainsi je ne vois point, comment, sans en prendre un exprès, il pourra apprendre à lire, à écrire et l’arithmétique. Pour la religion le prêtre de Hietzing sera suffisant. J’ai ordonné au Prince Dietriehstein de pensionner Pongratz qui est à la ménagerie, et j’approuve que van der Schott et sans lui Boos en aient l’inspection. Adieu.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur la veuve Benjowsky.

Le 17 janvier 1789.

La pauvre veuve Beniowsky, dépérissant de maladie et de misère, implore dans la lettre ci-jointe la commi-

Binnner. Corresp. int. de l’Emp. Joseph II. b

sération de V. M. pour ses deux petites filles qu’elle voudrait voir placées au couvent de la visitation au cas que V. M. ne voulût pas la gratifier d’un petit secours, pour les élever chez elle. V. M. connaissant les malheurs de cette pauvre famille, je me bornerai à Lui rappeler très- humblement que feu Beniowsky, unissant à un esprit entreprenant et courageux jusqu’à la plus grande témérité un grand attachement pour V. M., n’aurait certainement pas été chercher la mort dans l’autre hémisphère, s’il aurait pu espérer alors une occasion de se faire tuer à votre service.

RÉPONSE DE L’EMPERERR.

Il est impossible d’accorder sous titre quelconque, sans s’écarter de toutes les règles existantes/ à cette . . .*) une pension.

COBENZL A L’EMPEREUR

Comte de Rewitzky.

Le 25 janvier 1789.

Le cas du comte de Rewizky* 2) étant commun à tous les ambassadeurs et ministres de V. M., je me bornerai de mettre sous ses yeux la lettre que je viens de recevoir.

9 Illisible.

2) Le comte Charles Revizky, ambassadeur impérial auprès de S. M. Britannique.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Il faut que chacun contribue du sien aux besoins /

de l’Etat, et Rewitzky, pour ce qu’il fait, est en vérité bien payé.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur les nièces de l’Empereur.

Le 14 février 1789.

Je supplie très-humblement V. M. de vouloir bien m’indiquer ce que je puis répondre au marquis de Gherardini sur l’objet des dépenses dont il fait mention dans la lettre ci-jointe.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Je ne puis pas faire de différence entre mes nièces, ainsi que je l’ai dit dans toutes les occasions. M. Okelly n’a pas donné de fête lorsqu’une nièce de Toscane a épousé le Prince Antoine à Dresde, et Mr. de Gherardini n’en doit pas donner non plus à Turin pour le mariage de ma nièce de Milan.

Du reste, il est étonnant que, pour ce qu’il a et ce qu’il fait, il demande encore de l’argent et cela pour un habit qurl se fera faire s’il n’est pas en garder obe, et pour les chevaux de poste de Turin à Novarre et de là à Turin. Pour ce dernier article vous lui marquerez cependant qu’il lui sera bonifié, mais si je me chargeais de

la dépense d’un nouvel habit, il faudrait qu’ après la représentation faite il l’envoyât ici à la garderobe du théâtre, puisqu’ il m’appartiendrait.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur la ville de Semlin.

Le 2 mars 1789.

Dans la lettre aux courriers français l’ambassadeur ne leur dit autre chose sinon qu’ils doivent remettre les dépêches au général Brown et rester à Semlin en quarantaine jusqu’à nouvel ordre de sa part.

RÉPONSE DE L'EMPEREUR

Si, avant de faire l’expédition, l’on avait demandé mon avis, on aurait vu par ma réponse que ce qui a été expédié au général Browne de la part de la chancellerie d’Etat conjointement avec le conseil de guerre, n’était aucunement faisable, parce que les objets ont tout à fait changé depuis. La quarantaine de Semlin a été entièrement ouverte, on y a fait des retranchements, les séparations n’existent plus. Dans les bâtiments se trouve l’artillerie, la cavalerie est dans les hangars, et la boulangerie dans les carrés, et une autre partie a été arrangé pour un hôpital, de façon que le général Browne sera fort embarrassé d’exécuter l’ordre qu’il a reçu du conseil de guerre, d’autant plus qu’il serait fort ridicule d’établir une quarantaine pour des courriers, tandis que

mille et mille émigrants avec leurs femmes et enfants et leurs effets passent les frontières sans la faire, et qu’en temps de guerre il n’est pas possible de la faire observer.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur Naples et la Toscane.

Le 18 mars 1789.

Il y a plus de quinze jours que j’ai eu avec l’envoyé de Naples une conversation sur laquelle j’ai d’abord fait un petit rapport par écrit au Prince Kaunitz ; je n’ai aucune indice que celui-ci en ait rendu compte a V. M. Cependant, la chose me paraissant assez délicate et ayant vu d’un intercepte qu’on cherchait une occasion pour en parler directement à V. M., je crois de mon devoir de l’en prévenir. Voici de quoi il est question.

Le marquis de Gallo, étant venu me trouver au bureau, après quelques propos indifférents commença à me tâtonner en tout sens, pour pénétrer si V. M. ne songerait pas à marier bientôt l’archiduc Ferdinand de Toscane, comptant qu’un jour le grand-duché lui tomberait en partage et en observant qu’en ce cas la Princesse aînée de Naples pourrait lui convenir.

En battant la campagne et en prétextant cause d’ignorance sur différentes choses, j’ai tâché d’esquiver toute explication sur le sort future de la Toscane, mais comme il me serait le bouton, je me suis attaché particulièrement à lui faire sentir que le nombre des Princes de la maison étant fort grand, il n’y avait point de rai-

son pour sc presser d’en marier un second, qu’avec cela le sort de ces Princes était absolument indécis, rien n’empêchait V. M. de se remarier encore elle-même et d’avoir de la succession, auquel cas tous ces Archiducs ne seraient que des Princes cadets de Toscane.

Le marquis observa que, pour que sa proposition put s’effectuer, il faudrait vraiment comme une condition sine qua non , que la Toscane fut assurée à l’Archiduc, que probablement V. M. ne s’y refuserait pas , puisqu’Elle paraissait bien avoir renoncé au mariage, à quoi je lui répliquais que cependant Elle n’avait jamais positivement prononcé, et que je ne croyais pas qu’Elle consentirait jamais à se lier absolument les mains à cet égard.

Nous en restâmes la, mais depuis il m’a prié déjà un couple de fois, en passant, de réfléchir à cet objet ce qui me fait croire qu’il a à ce sujet des ordres positifs de sa cour.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Il a été chez Rosenberg lui faire les mêmes questions, et je ne sais, si on ne pourrait pas lui dire net qu’il n’en peut être question, vu que par un côté la Toscane sera réunie dans mon frère ou neveu à la Monarchie sans plus devenir seconde géniture, que du reste on ne marierait l’Archiduc Ferdinand que dans une dizaine d'années, si l’on voyait que l’Archiduc François

) Grand-chambellan de l’Empereur.

n’aurait point d’enfants ; mais s’il en a un, on ne le mariera pas du tout, voilà qui est clair et qui doit suffire à sa cour, pour prendre d’autres engagements. Au reste, je vous suis fort obligé de la nouvelle que vous m’en avez donnée, et quand vous vous porterez mieux, je serai charmé de vous voir chez moi.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur un certain Linquet.

Le 22 mars 1789.

Je viens de m’acquitter des ordres de V. M. envers Linguet. Il ne m’a répondu que par des plaintes vagues contre les membres du gouvernement qu’il prétend lui être contraires. Je l’ai écouté tranquillement sans entrer en discussion et sans rien ajouter à ce que V. M. m’avait ordonné de lui dire.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Qu’il dise ce qu’il veut, pourvu qu’on tienne ferme qu’ici il ne peut point arranger ses affaires et qu’il re tourne. Adieu ; étant malade, je ne puis le voir.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur Loudon et Herzberg.

Le 30 mars 1789.

Par le moyen du secrétaire Hayd qui va souvent dans la maison du maréchal de Loudon, y ayant son frère, je me suis informé sous main, quand Jacobi y avait été la dernière fois, et on me rapporta pour sûr que ç’avait été le 12 ou le 13 de ce mois.

En combinant ce fait avec les dates des lettres de Jacobi1), il en résulte qu’il doit avoir menti en écrivant en date du 25: Un officier de la première marque m’a

dit encore avant-hier, à quoi il a sans doute été engagé par les louanges que Herzberg2) lui donnait dans la lettre qu’il venait précisément de recevoir sur ses découvertes, en lui promettant de l’argent.

Le maréchal pourrait donc absolument lui avoir tenu ces propos incroyables le 12 ou le 13, mais il n’est pas probable que Jacobi aurait différé jusqu’à 25 d’en rendre compte sans en faire mention dans ses rapports intermédiaires.

1) Conseiller de légation de l’ambassade de Prusse à Vienne.

2) Ewald-Frédéric deHertzberg, célèbre ministre d’Etat de Prusse, naquit 1725, mourut le 27 mai 1795 après avoir servi la Prusse pendant un demi-siècle.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Malgré cela, il est essentiel que le maréchal soit averti. Est-ce que le Prince Kaunitz ne pourrait pas être engagé à lui en écrire un billet d’amitié en l'avertissant du mauvais usage que Jacobi fait de sa confiance. Un intercepte antérieur était bien plus détaillé, est plus vraisemblable aux propos du maréchal.

L’EMPEREUR A COBENZL

Sur des interceptes et sur la maladie de l’Empereur.

Le 19 juillet 1789.

Je vous envoie tout de suite cet intercepte de Jacobi, que j’ai tiré du paquet pour que vous voyez ce que pense cet homme ; il ne viendra pas à vous sonder, mais il voudrait exciter son roi a nous faire formellement la guerre. Adieu. Je serais plus présentable aujourd’hui que l’autre jour que vous fûtes ici, quoique les douleurs aux reins et au foie ne soient pas dissipées mais seulement mitigées.

L’EMPEREUR A COBENZL

Sur le ministre Thugut et le Prince de Reuss.

Le 21 juillet 1789.

Lisez, je vous prie mon cher Cobentzl, cette lettre de Thugut, pensez-y et venez, quand cela vous con-

viendra, m’en dire votre avis. Comme il le propose, c’est impossible, mais il serait très-désirable que nous eussions quelqu’un aportê du consentement des Russes, pour que s’ils avaient des avantages considérables, nous fussions à même d’être joints à leur paix. Pour cet homme Thugut serait excellent; il faudrait l’instruire de nos désirs et des modifications auxquelles il pourrait se prêter. Adieu.

Je vous envoie ici ce que je vous prie d’écrire d’office au Prince de Reuss pour le major en question,

afin que je puisse me déterminer de le prendre ou non h mon service.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur le cardinal de Passau.

Le 29 juillet 1789.

L’agent du cardinal de Passau m’ayant remis la note ci-jointe, en me détaillant fort au long ce qui est contenu en raccourci, je me suis borné h lui répondre que je ne pouvais m’ingérer en une affaire du ressort de la chancellerie de l’Empire.

Je crois, ce nonobstant, ne point mal faire d’en informer V. M., qui ignore probablement que le cardinal a un motif de plus de s’attrister sur votre longue et désolante indisposition, devant pendant tout ce temps payer grassement un „ Monsignor cli Prelatura11 et manquer peut-

2) Henri Prince de Reuss, envoyé d’Autriche à Berlin.

être l'occasion de quelques prébendes dont il ne pourra disposer qu'après avoir reçu le biret.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Est-ce qu'un cardinal ne peut point recevoir son biret que de mes mains? Alors je suis fâché qu'avant le mois de novembre il ne puisse être question d'une fonction publique. Si je me remets assez vite, je partirai pour l’armée; sinon, je ne pourrai faire de fonction sub throno f ainsi voyez d'arranger la chose que je n’y aie rien à faire. Adieu.

Ayant seulement lu ensuite le mémoire allemand, j'ai vu que d’autres pouvaient faire cette fonction, et je croi rais le cardinal Migazy le plus propre à s’en charger voyez d'arranger cela.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur Migazzi et la France.

Le 31 juillet 1789.

Pour que le cardinal Migazzi soit délégué par V. M. à la fonction du Biret, il ne faut qu'un billet au Prince Colloredo, et pour épargner à V. M. la peine d’en dicter, je prends la liberté de joindre ici une minute qu’Elle pourrait faire expédier si Elle la trouve à son gré.

Elle trouvera ici pareillement deux lettres, une de Cobenzl, trop courte pour qu’on puisse en faire un ex-

trait, et Tautre du comte de Mercy qui n’en mérite pas, ne contenant pas un mot de nouvelles qui ne soit déjà connu à V. M. Elle est écrite ostensiblement et nous apprend que l'ambassadeur a cru nécessaire, ou du moins utile pour sa sûreté, de se retirer à la campagne dès que la bagarre s’est manifestée à Paris.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Je vous suis obligé. La lettre au Prince Colloredo est expédié : Mercy a fait là une vilaine cacade, voilà comme agissent les égoistes. Adieu.

COBEN ZL A L’EMPEREUR.

Sur le Prince de Cobourg.

Le 15 août 1789.

Quoique le Prince de Coburg et le baron de Metzbourg aient prié le Prince Kaunitz de ne faire usage du rapport ci-joint qu’au cas que V. M. demande son avis, je crois néanmoins devoir le mettre à tout événement dès à présent sous les yeux de V. M., et pour vous épargner, Sire, une longue lecture, j’aurai l’honneur de vous dire que tout ce rapport ne tend qu’à prouver que, la destruction des salines d’Ockna ayant été trouvée impossible, il n’y avait point de meilleur parti à prendre pour les intérêts de V. M. que celui d’en donner l’exploitation en ferme à une compagnie qui, en prenant

sur elle tous le frais ainsi que tous les risques et périls résultants d’une incursion de l’ennemi, paie pour une seule année 150,000 fl. si l’exploitation n’est point interrompue, et 3/4 du bénéfice net si l’ennemi la dérange avant la fin de l’année.

Metzburg se flatte de prouver que ces 150,000 fl. sont une vraie trouvaille, sans laquelle on n’aurait pas tiré le sou de ces salines, et que tout le sel se vendant dans les districts où le sel de Galicie n’allait jamais, il n’en résulte aucun préjudice aux salines de cette province.

Ce rapport n’exigeant point de réponses, il n’est, fait que pour servir d’information à V. M. pour la justification du Prince Coburg, lorsque tôt ou tard le conseil de guerre ou la Chancellerie de Bohème rendront compte à V. M. de l’état des choses.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Je vous suis obligé de ceci et le prends ad notitiam , et vous saurez déjà les désagréables circonstances dans lesquelles je me trouve ayant opéré d’une espèce de fistule et en ayant à subir encore une seconde plus forte de la première, confiné au lit pour, Dieu sait, combien de temps et au moins pour quatre ou cinq semaines, sans pouvoir sortir de la chambre, je vous laisse juger combien cela est désagréable après treize mois de souffrance.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur le Prince de Kaunitz et la chancellerie d’Etat.

Vendredi, le 2 octobre 1789.

Ayant rendu compte au Prince Kaunitz des intentions de V. M. touchant les nouvelles directions h donner au comte* de Choiseul, il a mandé hier Spielmann et a eu une longue conversation avec lui, au bout de laquelle il a dit qu'il voulait lui-même dicter sur cet objet un mémoire, contenant tout ce qu’il conviendrait de faire dans les présentes circonstances. Le Prince ne travaillant pas toujours fort vite, V. M. pourrait être dans le cas d’attendre ce mémoire plus longtemps qu’elle ne voudrait. Mais Spielmann, sachant en gros les idées du Prince, pourrait en attendant, pour gagner du temps, vous en rendre compte, apprendre vos déterminations et préparer en conséquence d’avance les expéditions, si V. M. trouvait bon que je lui amène un jour qu'il vous serait com mode de nous voir.

J’ai lu avec inquiétude dans la résolution sur le rapport, touchant Ludolf, ce que V. M. a dit de sa santé. Ces petites marques d’indisposition, qui s’étaient manifestées mercredi dernier, ne seraient- elles pas encore en fièrement dissipées ?

J’ai parlé a Birkenstock1) conformément k vos intentions ; il part ce soir.

q Melchior de Birkenstock. directeur des Humanités et censeur des livres.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

J’ai eu derechef hier mes douleurs aux rognons que depuis onze semaines je n’avais plus eues ; elles m’ont données la fièvre toute cette nuit comme h Laxenbourg, ainsi à* recommencer aussi de ce côté-là. Adieu. Vous pouvez venir ici avec Spielmann, quand bon vous semblera ; je serai toujours au logis et, hors que j’eusse justement la fièvre, je serai toujours en état de causer avec vous.

COBENZL A L’EMPEREUR

Avis donné à l’Empereur au sujet d’une entrevue prochaine avec la Princesse Czartoriska, et sur différentes autres affaires

Le 7 octobre 1789.

Après avoir causé avec Spielmann sur l’entrevue de V. M. avec la Princesse Czartoriska, je persiste à croire que V. M. ne saurait mieux faire que de la traiter avec une bonté distinguée et un intérêt marqué pour elle et sa famille, mais sans dévoiler votre façon de penser sur les circonstances du temps, commencer par la faire jaser, pour voir ce qu’elle sait et ce qu’elle pense, en vous bornant à répondre sérieusement aux objets qu’elle amènera dans la conversation, sans aller au-delà. Il serait bon peut-être de ne point toucher le projet prussien, à moins qu’elle n’en fasse mention elle-même, et même alors ne point montrer tout ce qu’on sait à ce sujet, pour ne point trahir la source.

En tout il semble que V. M. pourrait rester toujours en des expressions générales, d’après lesquelles la Princesse devrait juger que vous ne craignez pas la guerre, mais que vous préférez infiniment la paix ; que vous n’avez aucune vue d’agrandissement, ni même un motif suffisant pour le désirer, pourvu que tous nos voisins veuillent aussi se contenter de ce qu’ils ont ; que vous craigniez bien que, pour faire ses propres affaires, la Cour de Berlin n’induise les Polonais à de fausses démarches qui fassent le malheur de la République, ainsi que feu le Roi de Prusse a seul occasionné le traité de partage, auquel vous n’auriez jamais donné les mains, sans y avoir été nécessité par les circonstances. V. M pourrait même ajouter sans risque qu’elle rendrait d’abord ses acquisitions polonaises, si le Roi de Prusse voulait en faire autant de son côté ou si on pouvait l’y contraindre.

11 ne faudrait pas, ce me semble, parler à? arrangements avec la Cour de Berlin, mais dire cependant que vous êtes très-fâché que le Roi de Prusse tracasse tant et de tout côté contre vous, puisque, sans en tirer aucun avantage, il sème par là un germe de discension et de discorde qui peut produire tôt ou tard de grands maux et bouleverser toute l’Europe, au lieu que, s’il voulait se tenir tranquille et contribuer de son côté à la bonne harmonie dans laquelle V. M. voudrait vivre avec lui, tout pourrait aller au mieux pour les deux monarchies, pour le repos de l’Allemagne et pour celui de tous nos

voisins.

Il serait à désirer que V. M. eut avec la Princesse plus d’une conversation pour la rendre plus parlante et plus confiante. Comme c’est une femme très-vaine et qu’elle a été extraordinairement fêtée à Berlin, comme elle le sera sans doute aussi maintenant à Montbeillard, si V. M. daignait une fois l’admettre à un de ses dîners familiers avec Mme l’Archiduchesse? je crois que cela ne pourrait faire que du bien.

En général, V. M. sent bien qu’elle ne peut dire a la Princesse que ce que tout le monde peut savoir, parce qu’en effet tout le monde le saura ; tout se réduit donc h le lui dire d’une manière qui la rend bien confiante et la fasse partir d’ici bien contente, bien satisfaite et bien pénétrée de vos bontés.

Quoique Y. M. n’aie pas goûté l’idée de la dispoposition à faire à Insprugg, je crois devoir soumettre la chose encore une fois à vos reflexions. Il me paraît incontestable qu’il est du plus grand intérêt pour nous d’empêcher une prompte conclusion entre Berlin et Constantinople.

Après coup on pourra sans doute deviner le moyen employé, mais il n’y aura pas grand mal, la chose devant se faire dans nos Etats, et ce moyen ayant été pratiqué cent fois dans tous les pays. En attendant, quatre mois de délais et d’incertitude dérangeraient essentiellement un projet dont le succès dépend en grande partie de la promptitude dans l’exécution.

Brunner. Corresp. int. de l’Emp. Joseph II.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Je verrai a m’excuser honnêtement sur ma santé de voir la Princesse. Le projet de faire disparaître une dépêche prussienne ne vaut rien, si les deux partis sont intentionnés de former des alliances ; ils le feront toujours un peu plus tôt ou un peu plus tard, c’est égal, et l’odiosité serait forte d’une pareille démarche, joint que cela nous ferait perdre eclaral (?) ; ainsi laissons-les faire, ce moyen seul n’empêchera rien, mais exployons tous les autres. Adieu.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur les affaires de France.

Le 21 octobre 1789.

Le Prince Kaunitz ne trouvant rien à objecter h l’exécution de l’idée de Y. M. et ayant approuvé la minute ci-jointe, si V. M. la trouve également à son gré, je la ferai tout de suite traduire et mettre au net, en y joignant la pièce réclamée, pour que le maréchal n’aie qu’à la signer et remettre à celui qui en sera le porteur.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

J’avoue que je crois, qu’il ne serait pas nécessaire que le^ maréchal se rapporte dans sa lettre à celle envoyé à l’ambassadeur de France ; de même les menaces à la tin me paraissent hors de place, elles s’entendent d’elles-mêmes. La lettre pourrait être tourné autrement et le lieu de l’assemblée proposé par le maréchal, en demandant une réponse directe.

Voyez un peu de minuter quelque chose dans cet esprit que Loudon parte, sachant ma modération et une pacifique, mais n’ait pas l’air d’envoyer seulement une copie de ce qui est allé à Constantinople.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur les affaires d’Angleterre et d’autres.

Le 4 novembre 1789.

V. M. voudra bien remarquer dans la lecture de ce rapport que, quoiqu’il soit très-vraisembable, que les Anglais donneront sans publicité un consentement formel aux expéditions à faire aux Indes par Walekiers ou quelque autre grande maison de commerce, pour éviter le dommage infiniment plus grand que leur cause le bon accueil qu’on a fait aux fraudeurs dans le port d’Ostende,

il ne sera cependant question de faire intervenir dans la négociation le ministre de V. M. que pour donner sanction à un arrangement déjà arrêté entre Walekiers et la compagnie anglaise avec le concours du ministère anglais, de façon que, sans jamais risquer de compromettre la Cour, on pourrait parvenir à établir un état de choses bien plus honorable et plus utile au commerce national que n’est le soutien des fraudeurs qui ne procure qu’un petit bénéfice au port d’Ostende.

L’objet n’étant pas de si mince importance si V. M. avait des objections à faire à nos raisonnements ou des doutes à éclaircir avant de prendre une résolution, il dépend d’Elle de me mander pour prendre ses ordres.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

Je vous envoie ici ma résolution, elle me paraît sans réplique. Si vous voulez me venir voir ici, vous serez toujours le bien reçu; si vous voulez y dîner, il faut venir avant iy2 et vous faire informer à la Burg, si ce jour l’Archiduchesse n’y vient pas, ce qu’on saura.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur les Pays-Bas.

Le 20 novembre 1789.

Après avoir causé avec de Berg sur la manière de rétablir le bon ordre aux Pays-Bas et l’avoir assuré que l’envoie de 20,000 hommes, sur lequel il insistait comme seul moyen efficace, n’était pas faisable à présent; je l’ai chargé de songer à d’autres moyens et de coucher ses idées par écrit, tandis que je ferais la même chose de paon côté, d’où sont résulté les deux notes informes cijointes qui contiennent nos premières idées comme elles se sont présentées l’une après l’autre à chacun de nous séparément au bout de la plume.

La chose mérite une mûre réflexion, et il importe infiniment que V. M. prenne bientôt un parti quelconque pour acheminer les choses de manière à en voir bientôt la fin.

Si V. M. veut un peu y penser, je viendrai, quand elle l’ordonnera, lui exposer ce qui me reste encore à dire, et recevoir vos ordres.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR

J’ai lu, mon cher comte, les deux pièces ci-jointes ; il serait inutile d’en raisonner ensemble, car elles me paraissent dénuées de raison depuis la première lettre jusqu’à la dernière. L’envoi de commissaires que vous proposez, est infaisable pour moi et pour l’autorité du ministre. Les idées de Bergh, sont, je crois, dictées par le patriote le plus brûlé, et s’il ne sait autre chose, il peut s’en retourner d’où il est venu ; je ne me prêterai jamais à rien d’approchant même ; dès que j’aurai le temps, je coucherai quelque chose par écrit et, si cela ne réussit pas et bien on continuera à faire la petite guerre.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur les Pays-Bas.

Le 25 novembre 1789.

Le Prince Kaunitz m’ayant fait appeller cet aprèsdîner avec le baron de Lederer b, il nous exposa son opinion sur les affaires actuelles aux Pays-Bas, en nous chargeant de minuter en conséquence un rapport pour V. M., mais, ayant réfléchi ensuite que la rédaction et

Û Conseiller aulique au ministère des affaires étrangères

la révision de ce rapport pourrait traîner trop longtemps, il me chargea d’en rendre compte à V. M. verbalement.

Dans cet intervalle j’ai reçu le gracieux billet par lequel V. M. daigne me faire connaître sa volonté souveraine; je crois donc que, pour ne point abuser trop souvent de vos précieux moments, il suffira que je joigne ici le précis bien exacte de ce que je suis chargé de vous rapporter. Tout dépend maintenant des ordres qu’il pourrait vous plaire d’adresser au Prince dans un billet, dans lequel, après lui avoir dit que je me suis acquitté de sa commission. Vous lui fassiez part en peu de mots de votre résolution, en le chargeant de pourvoir h son exécution.

Dès lors tout sera exécuté en règle et dans les formes usitées d’après vos intentions.

Je suis encore trop saisi de crainte pour pouvoir vous faire, Sire, d’une manière convenable tous les remercîments qu’exige une marque si convaincante de la gracieuse confiance, que vous daignez placer en mon zèle sans doute bien plus que dans les minces facultés de mon esprit. Tous les écueils contre lesquels je vais heurter, tous les embarras dans lesquels je vais me trouver seul sans aucune assistance, se présentent à mes yeux d’une

manière vraiment effrayante. Echouer sera pour moi le plus grand des malheurs; mais, quand même j’aurais quelques faibles succès, ma désolation sera toujours sans égale, si je ne parviens pas à satisfaire V. M. complètement et si par là je me vois peut-être perdu à jamais dans votre esprit. Mais enfin, V. M. le veut, j’obéis ; je

ferai mon devoir aussi bien que je le pourrai et il en arrivera ce qu’à Dieu plaira.

Vous verrez le billet que j’écris au Prince, où je le charge de faire les expéditions qui vous seront nécessaires, et d’accélérer votre départ. Je devrais être bien injuste, si j’exigeais de vous ce que je ne crois presque faisable, savoir un arrangement de ces troubles, mais je vous donnerai clairement le pouvoir de faire l’arrangement qui seulement sera possible, peu importe tous les arrangements qu’on voulait faire, pourvu que l’on n’exige des conditions nouvelles et qui ne priveraient des avantages qu’on retirait de ce pays, savoir troupes et argent, et que l’on ne me lie les mains d’une façon honteuse.

L’EMPEREUR A COBENZL

Sur les Pays-Bas.

Vienne, le 29 décembre 1789.

Je vous laisse juger combien j’ai été désagréablement surpris, en envoyant aujourd’hui, par le courrier que vous avez expédie, votre retraite de Luxembourg, et

combien peu cette importante place était fournie en vivres. Il faut faire l’impossible pour la conserver et s’y soutenir, c’est de la dernière de la plus grande importance, et, pour cela faire, il est à désirer que l’on maintienne, coûte qui coûte, par Andernach la communication entre TVèves et Luxembourg, afin d’y pouvoir faire entrer tout ce qu’on pourra encore ramasser en fait de vivres.

Vous verrez par une lettre postérieure que vous recevrez de ma part, que vous avez parfaitement rempli mes intentions en donnant le commandement à Mr. de Bender. Quant à votre retour, vous ne devez pas encore y penser, et si les choses s’éclaircissaient un peu, vous feriez même bien de retourner à Luxembourg, mais toujours, avant de partir, vous devriez faire une protestation solennelle qu’on vous enverra d’ici, qui mettrait ces sujets rebelles en tout leur tort en face de l’univers et par laquelle je me réserverais tous mes droits.

Voici encore un autre sujet bien intéressant dont je vais vous charger, c’est de faire passer la lettre ci-jointe avec toute la sûreté possible, par un homme affidé au général Bender en main propre. L’automne passé, pour dresser un plan de défense de la forteresse de Pless, on a envoyé tous les dessins les plus détaillés au général Querlonde à Luxembourg, afin qu’il en forme le projet. Or, ces plans se trouvent encore entre ses mains ; s’ils venaient à être pris dans Luxembourg, il n’y a rien de plus sûr que le Roi de Prusse les aurait, ce qui serait du plus grand désavantage pour cette place. Si vous êtes

sûr que le général Querlonde ne se trouve point ou plus à Luxembourg, il sera probablement près de Thionville à une petite terre qu’il y a, ou à Thionville même, ou peut-être se sera-t-il retiré également à Trêves. Vous lui enverrez par un homme exprès cette lettre de ma part, qui la lui remettra en main propre, par laquelle je lui ordonne qu’il vous consigne lui-même tous les plans, détails et écrits, concernant la forteresse de Pless qu’il a entre ses mains, et alors vous me les ferez passer par un des gardes-nobles que vous avez près de vous. La lettre au général Bender, vous la ferez néanmoins passer a Luxembourg, si même le général Querlonde n’y était plus.

Adieu, mon cher comte; faites cela le plus exactement que possible, puisqu’il m’importe infiniment de savoir ces plans. Croyez-moi avec bien de l’estime ....

L’EMPEREUR A COBENZL

Sur les Pays-Bas.

Le 5 décembre 1789.

Je profite de l’estafette qu’on vous a envoyé de la part de la chancellerie d’Etat, pour vous mettre au fait des nouvelles arrivées de Bruxelles par courrier. D’après celles-ci les apparences deviennent toujours plus mauvaises. Le comte de Trauttmansdorff a déjà accordé tout ce qu’il a pu et, je crois, sans le moindre succès, pas

même suspensif ; en attendant, il n’y a autre chose à faire que d’en attendre l’issue.

J’ai vu ce que vous avez écrit à mon secrétaire Anthon. Je vous suis très-obligé de l’intérêt que vous prenez à ma santé 5 je n’ai plus de lièvre dans ce moment, mais toute ma situation — en réfléchissant sur le passé, sentant le présent, et prévoyant le futur — est certainement la plus fâcheuse qui existe et qui ne peut que ronger la santé la plus robuste.

Quand vous m’écrirez, je vous prie de m’adresser directement vos lettres, sans vous servir de l’adresse de mon secrétaire Anthon ; au reste je souhaite que votre voyage soit heureux, votre santé bonne, et que vous trouviez moyen de rétablir le calme.

L’EMPEREUR A COBENZL

Sur les Pays-Bas

Le 11 décembre 1789.

Comme vous avez lu, chemin faisant, les rapports du comte de Trauttmansdorff que vous m’avez envoyé jusqu’au 2 de ce mois, vous y aurez vu tout ce qui s’est passé aux Pays-Bas, et surtout l’armistice qui a eu lieu pour deux mois. Sans entrer dans des réflexions sur le passé qui en serait infiniment susceptible, je veux seulement vous communiquer mes idées pour l’avenir.

D’abord il me paraît essentiel que vous accélériez votre arrivée à Bruxelles, où il faut que vous fassiez connaître que vous êtes autorisé à ratifier ou à ne pas ratifier ce que le gouvernement et le militaire avaient arrangé ou promis entre temps. Céci n’a d’autre vue que de faire voir, que vous êtes muni de toute l’autorité et qu’en même temps pour la suspension d’armes vous pourriez bien ne pas la ratifier.

Voilà les réflexions qui se présentent à mon esprit à ce sujet :

lm0. Les rebelles eux-mêmes et ce Vandermersch, au moment qu’ils devaient être attaqués, proposent et arrangent un armistice ; il paraît donc que leurs circonstances n’étaient pas telles à ne pas craindre d’avoir du dessous.’

2do. Vous vous rappellerez que Mr. de Herzberg trouvait très-mauvais que la révolte avait éclaté sitôt, et qu’il aurait voulu la ménager pour le printemps, où les Prussiens auraient en même temps agi de leur côté, qu’il croyait même tout perdu dès ce que les révoltés avaient commencé de si bonne heure.

3ti0 peut- on se flatter que ces deux mois avanceront et achèveront l’accommodement, ou n’est-il pas plus probable que les rébelles se procureront pendant ce temps tout ce qui leur manque, qu’ils feront déserter un bon nombre de nos troupes, qu’ils se formeront une cavalerie, qu’ils se fortifieront dans les villes qui leur sont accordées, qu’enfin ils se formeront un

corps, se pourvoiront d’armes et de munitions, et se donneront même une consistance dans leur système qu’il n’y aura plus moyen de rompre.

4to. En attendant, ils nous leurreront avec différentes négociations et demandes et prétensions inadmissibles, pour nous faire perdre les deux mois, que nous aurions pu employer pour nous procurer des troupes étrangères, ou à tirer un bon usage de celles que nous y avons, ce que jusqu’à présent on n’a pas fait.

Ce n’est que vous qui pourrez juger sur les lieux ce qu’il y aura à faire. Si vous voyez une volonté sincère pour la tranquillité et pour un arrangement quelconque, je vous autorise parfaitement à passer sur toutes les difficultés possibles ; mais, si en révanche vous vous aperceviez que ceci n’est qu’un leurre et qu’on ne veut que gagner le temps pour se renforcer, alors il faudrait que vous ne ratifiez point l’armistice, mais que vous le dénonciez, et qu’au moins nous ne soyons pas assez dupes de donner ce nouvel avantage gratuitement aux ennemis.

Voilà les réflexions que j’ai voulu vous faire connaître, mais il me paraît essentiel que vous tâchiez tout de suite de découvrir le fond du sac. Adieu, portez-vous bien.

L’EMPEREUR A COBENZL

Sur les Pays-Bas.

Le 15 décembre 1789.

Je ne vous dirai qu’un mot par ce courrier, me rapportant à l’expédition qui vous est envoyée en même

temps de la chancellerie d’Etat. L’essentiel est de tâcher de finir et cela le plus tôt possible, et vous recevez pour cette fin un blanc-signé.

Je vous prie d’assurer de ma part le comte de Trauttmansdorff, que j’agréais toutes les démarches auxquelles il s’était déterminé, et que la copie de ma lettre que Vandermersch lui avait envoyé, est exact avec l’original.

J’espère que vous ne vous serez pas arrêté longtemps à Coblence, mais que vous aurez continué tout de suite votre voyage pour Bruxelles, car tout dépend de finir vite. Je ne sais pas encore, si le général Ferraris a accepté ou non le commandement général ; je serai bien fâché, s’il ne l’eut pas fait, car je crois que ce changement produirait un bon effet.

Vous avez désiré de recevoir de temps en temps des nouvelles de ma santé ; je ne peux pas vous en donner de bonnes pour le moment. La difficulté continuelle de la respiration m’empêche de dormir déjà depuis quatre nuits et m’affaiblit beaucoup. Si cet état devait continuer, je mènerais la vie la plus misérable.

L’EMPEREUR A COBENZL

Sur les Pays-Bas.

Le 20 décembre 1789.

J’ai reçu votre lettre ; je suis fâché du rhume que vous avez gagné en chemin et qui vous tient dans la chambre, parce que je crois que votre prompte arrivée à Bruxelles est essentielle.

Ce que vous me dites au sujet du départ de Mr. de Trauttmansdorff est bien juste, mais cela ne pourra point s’exécuter, vu que son épouse est au moment d’accoucher, et qu’il serait impossible qu’il l’y laissât seule dans ces circonstances.

Je souhaite plus que je n’espère, qu’il y ait encore moyen de rétablir la tranquillité ; je crains même dans ce moment-ci qu’on ne sera plus maître à Bruxelles. Je vous laisse juger de la peine infinie que tout cela me fait ; aussi ma santé s’en ressent-elle puissamment, et j’ai encore eu hier la fièvre pendant toute la journée. Faites, mon cher comte, tout ce que pourrez pour le mieux, je ne saurais vous dire autre chose d’ici. Adieu ; soyez persuadé de l’estime avec laquelle je suis ....

L’EMPEREUR A COBENZL

Plaintes de l’Empereur à son ami sur la perte des Pays-Bas. (Deux mois avant la mort de l’Empereur).

Vienne, le 24 décembre 1789. ^

Mon cher comte Cobenzl. Après que les événements les plus malheureux et les dispositions tant civiles que militaires, aussi incroyables que contraires, m’ont fait perdre les provinces belgiques hors le Luxembourg, et ont annullé et détruit un corps d’armée de dix-huit mille hommes avec tout y appartenant, je n’ai pas besoin de vous dire, mon cher comte, la peine infinie que j’en ressens.

C’est aux remèdes qu’il faut penser et n’en négliger aucun, s’il y en a encore. Je vous joins ici en allemand des questions qu’il m’est essentiel de savoir, pour juger si je puisse compter de conserver au moins la ville et province de Luxembourg. Vous le sentirez vous-même, puisque c’est le seul moyen de rentrer un jour, et que c’est un point d’appui qui, si nous le perdons, je ne vois pas comment jamais une armée envoyé, même d’Allemagne, pourrait passer dans les Pays-Bas.

Je vous prie donc de me procurer les détails cimarqués , pour voir au moins le malheur dans toute son étendue, n’ayant point de rapport du général d’Alton. J’ignore ce qui arrive encore de Ferraris qui se trouve

L’original de cette lettre est écrit en chiffres

à Bruxelles, mais, en attendant, vous ferez remettre le commandement général de Mr. d’Alton à Mr. de Bender, si les troupes étaient encore à Luxembourg, sinon et qu’elles en étaient encore éloignées, au plus ancien des généraux-majors, et vous ordonnerez en même temps au général d’Alton de rester à Luxembourg, puisque je veux y faire'examiner sa conduite, et qu’il devra y justifier ses différentes démarches, s’il n’y a pas moyen de faire assembler les Etats des différentes provinces en une point, et de faire par eux une espèce de réunion qui ne reconnaîtrait point les ordres du comité de Breda, ni de celui de Gand, vendus au Roi de Prusse et aux Hollandais, mais qu’ils agissent par eux-mêmes et uniquement pour le bien du Pays, il n’y a rien h espérer. Si vous verriez jour à une pareille négociation, si ces messieurs pouvaient se rassembler dans quelque point, je crois que vous pourriez hardiment et sans compromettre votre caractère, vous y rendre en personne , je crois que cela ferait un bon effet.

Je vous dis tout ceci, mon cher comte, uniquement comme des rêves et des désirs, vous verrez mieux sur les lieux ce qu’il aura h faire. Ma santé est toujours extrêmement dérangée ; je ne puis sortir de ma chambre et la respiration difficile ne me permet pas d’être couché, la nuit il faut que je la passe h être assis dans mon lit.

Adieu, mon cher comte ; portez-vous bien et croyez que je suis avec toute l’estime imaginable ....

Br un lier. Corresp. int. de l'Emp. Joseph II.

Postscrijptum. Dans ce moment je reçois cette (?) du comte Ferraris que je vous joins ici en copie et par laquelle vous verrez en quel état étaient alors les choses.

Joseph.

P. S. Comme il y a beaucoup de bouches inutiles françaises et autres dans Luxembourg, et que dans ce moment-ci il faut tâcher de s’en défaire, les vivres étant très-rares et très-difficiles à avoir, vous les ferez sortir de Luxemburg, sans égard pour qui que soit, maréchal, Prince Lambesc ou autre, non seulement de la ville, mais aussi de toute la province.

L’EMPEREUR A COBENZL

Sur les Pays-Bas.

Le 17 janvier 1790.

J’ai reçu votre lettre chiffrée et j’ai tardé a vous répondre, étant toujours très-incommodé d’une fièvre tierce qui s’est jointe a mes autres maux, et qu’on veut arrêter à cette heure avec le quinquina.

Je vous joins ici une lettre au général Bender. Vous avez très-bien fait dans les circonstances actuelles de laisser au général Querlonde le temps de finir ses ouvrages sur les plans de Pless, dès que vous les aurez reçu je vous prie de me les envoyer par courrier.

Je ne m’étais jamais fait illusion, et il arrive ce que j’avais prévu, c’est qu’il n’y a pas la moindre espérance

d’accommodement avec ces gens qu’a la tête de 80,000 hommes.

J’ai obligé le général d’Alton h retourner tout de suite d’ici à Luxembourg, pour y justifier sa conduite au conseil de guerre ordonné pour cela. Vous aurez soin d’en joindre au général Bender, que tous les points d’accusation qu’on pourra porter contre lui, soient sérieusement examinés, et si on a besoin d’éclaircissements du comte de Trautmansdorff, . vous lui en ferez demander par écrit.

Des troupes d’Empire, prises h la solde dans ce moment, seraient plus à charge que davantage.

COBENZL A L’EMPEREUR

Sur les Pays-Bas.

Trêves, le 11 février 1790 1).

Dans mon dernier rapport d’office V. M. aura lu que Mme la comtesse de Brionne avait désiré me parler en particulier. M’étant donc rendu à ses ordres, toute notre conversation roula sur le sort du Prince de Lambesc qu’elle me pressa beaucoup de recommander aux bontés de V. M.

Lui-même étant survenu, joignit ses instances à celles de sa mère, en me témoignant son désir ardent

!) Cette lettre parvint à l’Empereur la veille de sa mort.

d’entrer au service de V. M. qui, à ce qu’il m’assura, lui en avait donné des flatteuses espérances.

Je leur ai observé, qu’en supposant V. M. très- disposée h les satisfaire, vous seriez peut-être arrêté par la considération que le Prince de Lambesc est actuellement encore au service militaire du Roi et, occupant une grande charge a la Cour, que peut-être sa démission ne serait pas agréable au Roi et à la Reine. On me répliqua qu’on se flattait bien que le Roi témoignerait au Prince quelque regret de le perdre, mais que S. M. ne pourrait se dissimuler qu’après tout ce que lui arrivait en France, il ne pouvait absolument pas y rester, et que la Reine serait certainement bien aise de le savoir au service de son frère ; qu’enfin son parti était près décidément de quitter la France au point qu’au cas que V. M. ne voulut absolument pas de lui, il chercherait service ailleur. et qu’il n’attendait qu’une assurance d’être reçu quelque part, pour demander au Roi sa démission. Je lui représentais que les affaires de la France pourraient encore prendre une tournure au moins soutenable, que sa situation alors pourrait devenir bonne ; qu’enfin au service de V. M. il se trouvera fort au-dessus de la fortune dont il jouissait et jouirait peut-être encore en France. Mais il me répliqua, qu’il lui restait encore assez de bien, qu’on ne lui pouvait ôter, pour pouvoir vivre en garçon en tout pays, qu’enfin il était fermément résolu de chercher une autre patrie et un autre maître, qu’il aimait le service et nommément celui de la cavalerie, et que par conséquent, au cas que V. M. le réfusa absolument a l’accomplissement de ses voeux, il prendrait service chez

telle autre puissance qui voudrait le recevoir. On finit par me prier beaucoup de rendre compte de tout ceci à V. M. et de lui faire parvenir la lettre ci-jointe. On m’en remit aussi une pour le Prince Kaunitz et une pour le maréchal Lascy.

Sur les affaires du pays je n’ai aujourd’hui rien de bien intéressant h porter h la connaissance de V. M. Point de réponse encore aux lettres adressées par S. A. R. aux états. On ne veut ni se rapprocher, ni fermer absolument la porte à tout raccommodement , ainsi on diffère de répondre. Les chefs de la révolte se sont engagés fort avant avec la Cour de Berlin, et n’osent pourtant trop s’y fier. Les réponses qu’ils reçoivent de La Haye et de Londres ne leur paraissent pas assez positives, et dans l’intérieur la division s’accroît de jour en jour. Dans ce moment de crise un petit corps d’armée aurait bientôt terminé tous les débats. Une grande partie de la nation ne demanderait qu’un peu de soutien, pour se déclarer ouvertement contre toute innovation, tandis que plusieurs d’entre les chefs des révoltés seraient bien aises d’avoir un prétexte pour se tirer de leurs engagements, en montrant qu’une force majeure les empêche de conduire la révolution jusqu’au bout. Enfin, si les sept régiments qui sont ici, étaient restés en leur entier en se retirant dans le Luxembourg, et qu’on eût sauvé le trésor, je suis persuadé que nous serions rentré dans les autres provinces sans autre secours. A présent il serait très-possible que nous y rentrions encore, si V. M. pouvait nous envoyer le petit secours demandé ; je n’oserais pourtant pas le garantir positivement, mais, au dé-

faut de ce moyen où le moment présent passé, il me paraît bien difficile que V. M. parvienne jamais à recouvrer les Pays-Bas.

Les dernières lettres que j’ai eu de Vienne ne parlant pas de la santé de V. M., je dois supposer et je m’en flatte qu’il y a du mieux. Je compte infiniment sur la douceur de cet hiver et sur l’approche de la bonne saison ; puisse-t-elle donner à V. M. des forces suffisantes, pour suffire à tous les soins et à tous les travaux qui vous accablent et pour pouvoir mener les choses à une fin du moins passable.

Je suis bien humblement à vos pieds.

DE

L’EMPEREUR JOSEPH II

Page 1