Sobriquet donné par Balzac à M. Carra ud
CORKESPONDANC F'. IT'i
pour manquer à ce délai. Je n'ai donc que le temps précis d'achever, et la moindre sortie me dérange plus que ne le fait une conférence chez moi. Aussi toutes les personnes qui ont affaire à moi ont-elles obéi à cette nécessité. Je puis être libre jusqu'à minuit. Néanmoins, mardi n'étant que le 17, il y aurait encore le temps, d'ici au 20, pour le payement du premier terme de mon indemnité. D'ailleurs, vous pourriez mieux réfléchir à cette afl^aire, qui est très-considérable et d'une grande portée comme opération.
Cependant, si mardi nous ne nous entendions pas, je n'aurais plus que peu de moments, et mon intention est de ne courir après personne. Jugez de cela. Il y a déjà quelqu'un qui, depuis la lettre que je vous ai écrite, est venu me prier, si vous ne preniez pas l'affaire en totalité, de la partager avec vous. J'ai répondu que déjà vous m'aviez manifesté l'intention de ne rien faire en commun avec un libraire; et l'on m'a objecté Furne.
J'ai seize exemplaires complets du Bulletin des lois, avec la table, édition Galiffet, que je voudrais échanger contre des livres. Je voudrais les Grands Historiens de France de chez Arthus Bertrand, brochés, et les Mémoires de Saint-Simon; si cela vous convenait, ainsi qu'à M. Renouard, nous pourrions faire cette affaire.
Agréez mes compliments.
A MADAME LA DUCHESSE d'aBRANTÈS, A VERSAILLES.
Paris: 1833.
Il n'y a rien entre nous, que dix-sept heures de travaux par jour, que l'impossibilité physique d'aller autre part que chez mon avoué pour mon procès avec Marne, que je ne voudrais pas non plus rencontrer chez vous. Vous aviez, cet hiver, paru vouloir me venir voir dans mon taudis, et alors, je vous avais dit : (( Venez, nous causerons. » Je suis aujourd'hui plus pressé que jamais par mes ouvrages; j'ai un roman historique, le Privilège, à donner pour la fin du mois; j'ai cinq ou six articles promis à des amis; enfin, je suis claquemuré. Néanmoins, pour vous, je suis tout prêt à prendre une soirée où nous serons seuls, et toujours amis.
Je ne sais pas si je serai libre lundi, mais vous êtes sûre de me voir le jour où je ne serai pas retenu par mes bons à tirer.
A MADAME LAURE SURVILLE, A MONTGLAT
Paris, juin 1833.
Ma chère Laure,
Tu pars sans crier gare ; le pauvre travailleur court chez toi pour te faire partager une petite joie, et pas de sœur ! Je te tourmente si souvent de mes ennuis, que c'est bien le moins que je t'écrive cette joie. Tu ne te moqueras pas de moi, tu me croiras, toiî...
Je vais hier chez le baron Gérard; il me présente trois familles allemandes. Je crois rêver, trois familles !... rien que cela!... L'une de Vienne, l'autre de Francfort, la troisième prussienne, je ne sais d'où.
Elles me confient qu'elles viennent fidèlement depuis un mois chez Gérard, dans l'espérance de m'y voir, et m'apprennent qu'à partir de la frontière de France ma réputation commence (cher ingrat pays ! ). u Persévérez dans vos travaux, ajoutent-elles, et vous serez bientôt à la tête de l'Europe littéraire ! » De l'Europe ! ma sœur, elles l'ont dit! Flatteuses familles!... Ferais-je pouffer de rire certains amis si je leur racontais ceci!
Ma foi, c'étaient de bons Allemands, je me suis laissé aller à croire qu'ils pensaient ce qu'ils disaient, et, pour être vrai, je les aurais écoutés toute la nuit. La louange nous va si bien, à nous autres artistes, que celle de ces braves Allemands m'a rendu le courage; je suis parti tout guilleret de chez Gérard, et je vais faire un triple feu sur le public et sur les envieux, à savoir : Eugénie Grandet, les Aventures d'une idée heureuse, que tu connais, et mon Prêtre catholique, l'un de mes plus beaux sujets.
L'affaire des Études de moeurs est en bon train ; trente-trois mille francs de droit d'auteur pour des réimpressions boucheront de grands trous. Le tronçon de dettes payé, j'irai chercher ma récompense à Genève. L'horizon commence donc à s'éclaircir. J'ai repris ma vie de travail. Je me couche à six heures, avec
CORRESPONDANCE. m
mon dîner clans le bec. L'animal digère et dort jusqu'à minuit. Auguste me pousse une tasse de café avec lequel l'esprit va tout d'une traite jusqu'à midi. Je cours à l'imprimerie porter ma copie et prendre mes épreuves pour donner de l'exercice à l'animal, qui rêvasse tout en marchant.
On met bien du noir sur du blanc en douze heures, petite sœur, et, au bout d'un mois de cette existence, il y a pas mal de besogne de faite. Pauvre plume! il faut qu'elle soit de diamant pour ne pas s'user à tant de labeur ! Faire grandir son maître en réputation, selon les prescriptions allemandes, l'acquitter envers tous, puis lui donner un jour le repos sur la montagne, voilà sa tâche !
Que diable allez-vous faire à Montglat?... Enfin, vous êtes libres, et ce n'est pas un reproche, c'est une curiosité; entre frère et sœur, cela se pardonne.
Allons, adieu. Si tu as du cœur, tu me répondras. Poignée de main fraternelle à M. Canal; dis-lui que les Aventures d'une idée sont sur le chantier et qu'il les lira bientôt.
Addioî addiol corrige bien le Médecin; signale-moi tous les passages qui te sembleront mauvais, et mets les grands pois dans les petits, c'est-à-dire, si une chose peut être dite en une ligne au lieu de deux, essaye de faire la phrase.
ex.