‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 102 sur 229 · A M. FORFELLIER, RÉDACTEUR EN CHEF DE L'ÉCHO DE LA JEUNE FRANCE · texte numérisé non relu

A M. FORFELLIER, RÉDACTEUR EN CHEF DE L'ÉCHO DE LA JEUNE FRANCE

A PARIS

Paris, juin 1833.

Monsieur,

Il y a des allégations fausses dans votre note (relative à la publication de la Duchesse de Langeais dans l'Écho de la Jeune France) ; si vous la publiez, j'y répondrai.

Si elle entre dans le domaine de la personnalité, j'en demanderai raison, et il me la faudra.

Vous savez que vos deux cents francs sont tout prêts; le scandale que vous cherchez m'obligera à vous faire des oiïres réelles. XXIV. 12

Enfin, je dois vous répéter encore que vous méconnaissez toute règle, non-seulement de politesse, mais de droit, en refusant de reconnaître que je ne vous ai jamais concédé que l'usage de mon article.

Voire serviteur.

A MADAME ZULMA CARRAUD, A ANGOULEME

Paris, 2 août 1833.

Vous avez bien raison, chère belle âme, d'aimer madame de Berny. Vous avez dans la pensée des ressemblances frappantes : même amour du bien, même libéralisme éclairé, même amour du progrès, mêmes vœux pour la masse, même élévation d'âme, de pensées, mêmes délicatesses de cœur. Aussi je vous aime bien.

Je vous réponds sur-le-champ, sous le coup des émotions que m'a causées votre lettre. Eh quoi ! vous souffrez ! Songez bien à moi, au magnétisme, qui n'est pas une illusion. Je ferais cent lieues pour venir vous ôter une douleur de deux jours. Vous ne savez pas combien je suis fidèle et exclusif en amitié, combien je suis dévoué! Ne croyez pas que, parce que je puis parcourir tous les points de la circonférence, je ne sache pas rester au centre. J'ai encore dans l'âme, en pensant à vous, la reconnaissance toute fraîche des heures où vous avez été si douce et si indulgente pour l'irritation sotte que me causait le café ! Je voudrais bien être encore à la Poudrerie !

Je vais vous donner les nouvelles du procès. La sentence souveraine est rendue. MM. Dupin et Boinvilliers, les deux avocats les plus distingués du barreau, ont jugé que j'avais mis de la mauvaise volonté en employant huit mois à faire le Médecin de campagne. Ils m'ont donné quatre mois pour faire les Trois Cardinaux, Et ils sont gens d'intelligence!... Faute d'exécuter la sentence, je devrai trois mille huit cents francs d'indemnité, et je serai libéré.

Le duc de Fitz-James m'a écrit une lettre qui m'a touché. En apprenant cela, il m'a prié de tirer à vue sur son banquier

trois tnilie huit cents francs pour que je puisse me délivrer de ce bourreau. Je l'ai remercié en lui disant qu'à toutes les époques de ma vie mon courage s'était trouvé supérieur à mes misères; mais je lui ai promis que, si, par une transaction subite, il me fallait ces trois mille huit cents francs, je les lui prendrais pour un mois.

Mon libraire est déclaré menteur, calomnieux, outrageant envers moi, par la sentence; mais les arbitres ont jugé que je devais toujours continuer mes affaires avec lui. Et ce sont des hommes d'honneur, dit-on ! Il est condamné à me payer trois mille francs le Médecin de campagne, et, depuis la sentence, il s'y refuse. Il a fallu dépenser énormément pour lever le jugement, le lui signifier, et, aujourd'hui même, on a saisi mon ouvrage, faute de payement!

Voilà ma vie : des avoués, des courses, des ennuis. Faites donc de belles choses! J'ai reçu des coups de poignard, de chapitre en chapitre, en faisant cette œuvre que mes amis les plus difficiles trouvent constamment sublime, et qui m'a coûté personnellement mille francs de corrections, dont les arbitres ne m'ont pas tenu compte. Je ne vous parle pas de mes nuits, de mes jours, de ma santé attaquée par l'abus du café.

Mais, à la fin de cette semaine, vous lirez ce magnifique ouvrage, vous verrez jusqu'où j'ai été. Ma foi, je crois pouvoir mourir en paix. J'ai fait pour mon pays une grande chose. Ce livre vaut, à mon sens, plus que des lois et des batailles gagnées. C'est l'Évangile en action. Oui, la deuxième édition est toute à moi. Au mois de décembre paraîtra l'édition à vingt sous. Je ne puis pas la faire auparavant. Que de gens ont déjà pleuré à la Confession du Médecin de campagne ! Madame d'Abrantès, qui pleure rarement, a fondu en larmes au désastre de la Bérésina, dans la Vie de Napoléon racontée par un soldat, dans une grange.

Je ne travaille qu'à un seul journal, l'Europe littéraire, où j'ai une action de cinquante francs à payer en rédaction. Ce journal allait tomber, les gens de lettres se sont réunis pour le soutenir. Or, je ne puis pas aller sans travailler à un journal ; autrement, mes obligations souffriraient; mais c'est la dernière fois, mon action payée, que je travaille dans les journaux, à moins d'en avoir un à moi. C'est un principe adopté. Je travaille à force le troisième

dizain : il paraîtra le l**" octobre ^ Comme je souffre de ne pouvoir vous offrir un exemplaire du Médecin! mais vous aurez un bel exemplaire sur papier de Chine, de l'édition corrigée. Je vous enverrai le modèle du papier.

Je vais aller au Journal des Enfants pour Ivan.

Soignez-vous bien.

Allons, adieu, car je me suis oublié pour vous. Je ne voulais vous dire que deux mots. Comment ne pas bavarder avec les amis du cœur? Vous avez raison, l'amitié ne se trouve pas toute faite. Aussi, chaque jour, la mienne pour vous s'accroît du passé et du présent. Mille bonnes choses au commandant. Je retourne à mes phrases. Trouvez ici mille fleurs d'âme, de tendres souvenirs.

Non, je n'ai pas reçu la lettre où vous me parlez de votre traitement.

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