A M. WILLIAM DUCKETT, DIRECTEUR DE LA BIOGRAPHIE MICHAUD
Paris, juillet 1835.
Monsieur,
Vous recevrez, demain jeudi, l'article Brillât-Savarin. Son retard tient à ce que l'on m'avait égaré tous les éléments de cette notice.
Je ne vous renvoie pas la Biographie; mais je tiens à votre disposition le prix de ce livre ; car je ne crois pas que mon article m'acquitte de la somme dont je vous suis redevable. Il est impossible d'accorder plus de trois ou quatre colonnes à Brillât-Savarin.
J'avais demandé Gall, que mes connaissances me mettaient plus à même de traiter, et qui vous aurait peut-être fait mon débiteur.
Je suis fâché d'un retard que tous les autres travaux auraient pu facilement expliquer, et je souhaite que l'article arrive encore a temps demain.
Agréez, monsieur, mes félicitations sincères.
1. Une imprimerie, située dans cette rue, venait d'être détruite par un incendie.
A MADAME DE BALZAC, A CHANTILLY
19 juillet 1835.
Ma chère mère bien-aimée,
L'affaire n'a pas réussi, l'oiseau s'est effarouché. J'en suis assez aise, je n'avais pas le temps de faire la cour; il fallait que cela fut oui ou non.
Me voilà dans d'excessifs travaux qui vont se prolonger pendant trois mois. Il faudrait, certes, quelqu'un près de moi, car je crains ces travaux prolongés; ils usent et affaiblissent les qualités humaines que je voudrais entretenir.
Dis de ma part à mademoiselle Pigache que je la remercie du fond du cœur, puisqu'elle a tant soin de toi. Tâche de te bien porter, parce que tout ira bien. Ne te fâche pas de mon silence : je travaille énormément ; j'ai pris le parti de travailler vingt-quatre heures de suite et de me coucher cinq heures. Ce qui me fait trouver vingt et une heures et demie de travail par jour.
Mille bons baisers.
A MADAME CARRAUD, A FRAPESLE
Paris, 183 5.
Madame Junot m'a écrit, cara, que Dumont avait le désir de m'éditer; mais je n'ai qu'une seule affaire de disponible; c'est celle des Cent Contes drolatiques , affaire exploitable de deux manières : en édition princeps, un volume par dizain, et en livraisons pittoresques, pour parler leur argot ; affaire excellente, je ne peux pas dire autrement, et d'autant plus sûre qu'un jour mon éditeur unique ira lécher les pieds de celui qui l'aura, afin de la réunir à toute mon œuvre.
En ce moment, cet éditeur fait tout ce qu'il peut pour suffire à ce qu'il a. Quant à votre SousterreS il radote, chère amie. Werdet n'a
i. Sousterre, escompteur de la librairie, ancien hussard de la Mort, excellent homme d'ailleurs.
jamais fait faillite; il a payé, sans déposer son bilan, tous ses créanciers, intégralement, capital, intérêts et frais. Nous sommes dans un siècle où l'on nie la probité comme on nie le talent ! Mille gracieusetés de cœur.
Si Dumont a le bon esprit de vouloir de moi, qu'il se dépêche ; car il est question, pour les DrolaliqueSy d'une alliance entre Auzou, Éverat et VVerdet^ Éverat prend une part avec n'importe qui, pourvu que ce soit un homme de probité, comme sont Dumont et ceux dont je parle.
A MADAME HANSKA", A ISCHL (aUTRICHe).
Paris, 11 août 1835 3.
Je reviens de Berry, où j'ai été voir madame Garraud, qui avait quelque chose à me dire, et je trouve à mon retour votre dernière lettre, celle où vous me parlez de votre dîner chez madame ***, au moment même où certains journaux la représentaient comme inventant la machine infernale de Fieschi, et en attendant le succès aux eaux d'Aix, où elle en conférait avec Berryer. Gouvernez donc les peuples auxquels, en vingt-quatre heures et sur deux cents lieues carrées, on fait accroire de semblables choses!
Vous vous plaignez d'une bien aimable façon de la rareté de mes lettres; vous savez cependant que j'écris autant que je peux. Je travaille maintenant vingt heures par jour. Y résisterai-je? je ne sais.
Je ne comprends pas comment vous n'avez pas reçu mon envoi ;
1. Auzovi, marchand de papiers en gros; Éverat, imprimeur; Werdet, le nouvel éditeur de Balzac.