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Kii réalité, cette pièce ne fut point 'terminée

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encore, il est vrai; mais enfin je triompherai, et, dans le combat, il faut marcher et ne pas s'attendrir.

Mille bonnes tendresses à toi, une poignée de main à Surville.

A LA MEME

La Boulon nière, octobre 1835.

Ma chère sœur,

La Fleur-des-pois est achevéeM Nous paraissons le 10.

J'ai réussi, je crois, à ce que je voulais faire. La seule scène du contrat de mariage fait comprendre quel sera l'avenir des deux époux. Tu y trouveras une scène que je crois profondément comique : le combat du jeune et du vieux notariat. Je suis parvenu à intéresser à la discussion de cet acte , telle qu'elle a lieu. Voilà l'une des grandes scènes de la vie privée écrite; plus tard, je montrerai r Inventaire après décès, où. l'horrible se mêle si souvent au comique! Les commissaires-priseurs doivent en savoir long sur les turpitudes humaines; je les ferai causer...

Mon éditeur, la sublime madame Béchet, a fait la sottise d'envoyer les bonnes feuilles de la Fleur-des-pois à Saint-Pétersbourg. On m'écrit qu'il n'y est bruit que de la supériorité de ce nouveau chef-d'œuvre (style d'éditeur). Cette sottise m'a prodigieusement ennuyé.

• Le comique de la Fleur-des-pois ne peut être saisi que par les gens d'affaires; le public n'aimera pas cette œuvre, mais il faut capter toutes les classes, et mon plan m'oblige à être universel.

Tout ce que tu m'écris relativement à l'achat de mon terrain à Yille-d'Avray ne me fait rien ; tu ne comprends donc pas que cet immeuble représentera ce que je dois à ma mère?... Je n'ai pas le temps de discuter ici, je te convaincrai à mon retour.

Je t'écris, moi si occupé! Et toi?...

1. Ce fut d'abord sous ce titre que parut l'ouvrage qui s'appelle aujourd'hui le Contrat de mariage.

CORRESPONDANCE. Ul

A MADAMF LA DUCHESSE DE CASTUIES.

Paris, 18 octobre 1835.

Madame,

Mon docteur m'a fort impérieusement prescrit.!' air natal en m'ordonnant de plus un complet repos d'esprit; j'ai donc laissé mes lettres à Paris en partant pour la Touraine; à mon retour ici, j'y ai trouvé les deux lettres que vous m'avez écrites et celle de M. le duc de Fitz-James. Telle est la cause du retard de ma réponse.

Ayez la bonté de présenter à M. le duc de Fitz-James et mes remer ciments pour son aimable invitation, et mes regrets de ne pouvoir m'y rendre. Me voici replongé dans des travaux nécessités par des obligations impitoyables et absolues; trop d'intérêts reposent sur moi, je ne puis les compromettre légèrement. Autrefois, j'étais libre; aujourd'hui, je suis enchaîné. Ces obligations, le travail seul peut les faire cesser; mais, pendant longtemps encore, elles m'isoleront dans la solitude d'un cratère où personne ne se hasardera; du moins jusqu'à présent, il a fallu mieux qu'une femme pour y venir. Depuis deux ans surtout, ma vie n'a été que sacrifices, et, de tous ceux que je fais, il en est un auquel je ne m'habitue pas : ce sont les mauvais jugements que j'encours.

Vous avez entremêlé d'amertume ce que vous avez eu la bonté de me dire de flatteur sur mon livre, comme si vous saviez toute la portée de vos paroles et jusqu'où elles vont. J'aurais mille fois mieux aimé vous voir regarder le livre et la plume comme choses à vous que de recevoir ces éloges. Mais je ne puis dire ici toute ma pensée, vous en seriez peut-être étonnée ; elle aurait d'ailleurs besoin de voiles qui prendraient bien du temps, et il faut, pauvre ouvrier, que je retourne à mon œuvre; la cloche a sonné dans mon cloître, il me faut achever, pour la Revue, la peinture d'un sentiment si grand par lui-même, qu'il résiste à de continuels froissements : c'est une source où des ingrats puisent sans parvenir à la tarir; je puis peindre ces sortes de sentiments sans crainte d'épuiser ma palette, que le sort a trop chargée, hélas ! Le caractère rieur et

enfant, surtout, comme vous dites, léger, est un aubier qui m'a préservé souvent ; mais plus souvent aussi le cœur a reçu de vives et saignantes blessures, car notre couleur, à nous, est notre sang ; ainsi l'a voulu Celui qui a tout fait.

Daignez, madame, présenter mes respectueux hommages à madame la duchesse de Fitz-James, et agréer vous-même l'expression de tous les sentiments qui vous appartiennent et desquels vous voulez douter toujours.

Auriez-vous la bonté de me dire si vous resterez en Normandie pendant le mois de novembre? je réserverais alors pour Paris mes prochains volumes.

Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

A MADAME DE BALZAC, A CHANTILLY

Paris, 30 octobre 1835.

Ma bonne mère chérie.

Ne te tourmente pas, les effets sont escomptés, tout sera bien payé; puis je vais faire finir l'affaire des Contes drolatiques i[)Our assurer le mois de novembre ; ne prends nul souci de moi. Qu'estce que sept ou huit mois à souffrir encore, quand on a souffert sept ans? Un an après ma libération, tu seras heureuse.

On est arrivé jusqu'à six mille francs offerts pour la réimpression de mes premières ordures littéraires. J'attends; je veux dix mille francs pour nettoyer mon courant. Ainsi tu vois que cette réimpression et les Drolatiques peuvent me mettre, d'un jour à l'autre, merveilleusement à flot, car cela me débarrasserait de vingt mille francs qui me pèsent.

Allons, adieu, bonne mère chérie ; je t'embrasse de cœur.

Il ne faut plus que sept à huit jours pour que la Fleuv-des-pois paraisse, et aussi Séraphita.

CORRESPONDANCi:. 229

A M. EDMOND WFOIIDKT, LIBP.Ainr: ÉDITEUR, A PARIS.

Vienne, novembre 18:{.*).

Mon cher maître Werdet,

Vous aviez raison et j'avais tort. Mon voyage a emporté tout ce que je possédais d'argent. Je suis arrivé avant-hier, et je me suis reposé hier toute la journée, je ne pouvais remuer ni pieds ni pattes ; ainsi j'ai mis huit jours, et me suis reposé le neuvième. Grâce à la lettre de Rosthchild, sa maison m'a remis de l'argent; mais je dépenserai bien cinq cents francs ici, et il m'en faut mille pour revenir; ce qui constitue la valeur d'une lettre de change que je tire sur vous à dix jours de vue. Figurez-vous que l'on m'a changé cinq fois mon argent en route, parce qu'il a fallu payer dans la monnaie des cinq pays que j'ai traversés. Je n'avais compté ni les barrières, ni les chevaux de renfort, ni les cinq cents diables de dépenses qui m'ont pris à la gorge. Ainsi la folie est complète.

II en est résulté naturellement une recrudescence de travail, puis ma tête s'est parfaitement renouvelée ; en somme, je n'y perdrai rien, mais j'y gagnerai de l'embarras. Je vais vous renvoyer, d'ici à trois jours, les trois choses les plus importantes : ScraphUa, pour la Revue ; vos feuilles arriérées de Louis Lambert, et les huit feuilles de madame Béchet. Adressez-moi ici un exemplaire du Père Goriot, troisième édition, aussitôt qu'elle sera finie.

J'ai déjà vu quelques libraires. Mon voyage n'aura pas été inutile à la grande édition des Études sociales; j'ai la ferme conviction maintenant que la contrefaçon n'existera plus pour moi, lors de cette grande publication.

Mais il faudra que Spaclmianni m'accompagne pour faire toute l'Allemagne et Leipsick. Nous causerons de cela à Paris.

Mettez-moi, avec les volumes du Père Goriot, un exemplaire des Chouans, bien relié en maroquin vert, aux armes du prince Schomberg, que mon graveur regravera; Spachmann a le cuivre mutilé.

Vous aurez été excellent pour moi, mon cher Werdet, et je désire

1, Associé de Werdet.

bien vivement que des temps heureux s'avancent et pour vous et pour moi-même.

D'ici à mon retour à Paris, j'aurai travaillé fructueusement; puis le voyage m'aura rafraîchi de nouveau la cervelle ; en sorte qu'à mon arrivée, nous pourrons bloquer vos deux livraisons des Études philosophiques et préparer Birolteau. J'avais bien besoin de ce voyage pour me renouveler les idées, et la fatigue corporelle n'y a pas nui.

Voyez à payer courageusement la lettre de change en compte sur le Lys dans la vallée, que j'espère pouvoir envoyer d'ici, dans dix jours ; je me suis engagé à le livrer à une cara donna, tout entier ici.

S'il vous fallait quelque chose pour achever la lettre de change, .voyez madame Surville, qui trouverait à emprunter, ou qui vous aiderait d'une manière quelconque. <

Mille amitiés ; écrivez-moi si le Père Goriot va bien ; mais envoyez-moi surtout, avec les deux ouvrages que je vous demande, les épreuves de tout SèraphUa de chez Baudouin.

Voici mon adresse : « *M. de Balzac, Landstrasse, à l'hôtel de la Poire, Vienne. »

AU MÊME

Vienne, novembre 1835.

Dans mes entretiens, qui roulent particulièrement sur mes travaux, votre nom, mon ami, a été bien des fois prononcé ici, et bien des questions m'ont été faites à votre sujet.

J'y ai répondu par renonciation de votre dévouement, de vos bons offices, et mon ange partage toutes mes sympathies pour vous. Elle vous aime, nous sommes par conséquent deux à vous aimer. Près de cet être chéri, j'ai retrouvé toute mon imagination et toute ma verve.

J'ai déjà achevé Séraphita, et j'ai à peu près terminé les Mémoires de deux Jeunes Mariées; je compte pouvoir vous rapporter la totalité de ce dernier manuscrit. Dans une quinzaine de jours, je serai à Paris, et je vous remettrai tout cela.

Croyez-le bien, mon ami, nous sommes maintenant, vous et moi, l'un à l'autre, à la vie, à la mort, car vous êtes mon Archibald Gonstable : vous avez toute sa probité et tout son dévouement.

Un jour, et ce jour approche, vous aurez comme moi fait votre fortune, et nos calèches se rencontreront au bois de Boulogne, pour faire crever de dépit vos envieux et les miens.

Bien à vous.

A MADAME ZULMA CARRAUD, A FRAPESLE

Paris, 25 décembre 1835.

Je voulais vous envoyer, à défaut de lettre, car je n'ai plus un moment à moi, un joli fauteuil pour le jour où vous vous relèveriez de votre lit de douleurs maternelles, afin de me représenter à vos yeux par un souvenir matériel et achever peu à peu votre petit salon rose ; mais le gueux de tapissier était digne de moi : il est si occupé, que mon pauvre fauteuil n'arrivera que pour le jour de l'an et vous dira que si mon temps, rempli d'encre et d'épreuves, m'empêche de vous faire savoir que je pense à vous et vous aime, mon cœur n'est en rien altéré.

Borget ne m'a pas écrit une ligne î

J'embrasse au front Yorik^ car Dieu sait si j*aime maintenant ces chères petites créatures ! Je vous souhaite à tous ce que vous désirez, ce que je n'ai guère complet, le bonheur. Je dis mille chatteries à Ivan, je serre la main au commandant, et vous prie de me permettre de vous baiser au front en vous y mettant mille tendres et affectueux souhaits pour votre vie ; qu'elle vous soit agréable et bonne 1 Jamais le torrent qui m'emporte n'a été plus rapide ; jamais une œuvre plus majestueusement terrible n'a commandé le cerveau humain. Je vais, je vais au travail comme le joueur au jeu ; je ne dors plus que cinq heures; j'en travaille dix-huit, j'arriverai tué; mais votre souvenir me rafraîchit quelquefois. J'achète la Grenadière, je paye mes dettes. Il me faut raisonnablement encore un an pour

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