Le nouveau-né do madame Carraud
arriver à une liquidation complète; mais ce bonheur de ne rien devoir, que je croyais impossible, n'est plus une chimère maintenant. Un article à la Revue comme les Mémoires de Deux Jeunes Mariées, qui paraîtront en février 1836, me vaut huit mille francs. Pourvu que ma gloire ne soit pas de la réputation, cette réputation, une mode, et cette mode, passagère!
Adieu; je voulais vous écrire quelques lignes, j'ai tout rempli. Mille bonnes tendresses. Écrivez-moi ; soyez généreuse, ne m'en voulez de rien; car vous ne savez pas combien je déplore, par moments, cette vie de feu. Mais comment sauter hors du char ?
Votre tout dévoué.
A MADAME DE BALZAC, A CHANTILLY
Paris, l*^*" janvier 1836.
Ma bonne mère.
N'aie aucune crainte ; si tu retrouves tout ce que ta maison te coûte, vends-la. D'ici à un an, je me ferai le cens par moi-même. Mais, si tu la vends, je voudrais te voir, pour t' arranger ta fortune d'une manière convenable, et je crois en avoir trouvé les moyens. Impossible de t'écrire plus en détail : je suis accablé, il ne faut compter sur moi que vers le 20 janvier; je vais, du 10 au 20, m' enfermer dans l'imprimerie de Barbier pour y faire cinquante feuilles en dix jours, afin de terminer l'œuvre pour madame Béchet et en tinir avec ces obligations-là.
Compte, d'ailleurs, sur tout ce que je t'ai promis; mais il serait bien urgent que je te visse. J'irai peut-être pour quelques heures à Chantilly. Cette semaine et l'autre encore, je fais la Revue de Paris, et faire la Revue, c'est passer trois ou quatre nuits par semaine.
Ah! ma pauvre mère, je suis navré de douleur. Madame de Berny se meurt! il est impossible d'en douter! Il n'y a que moi et Dieu qui sachions quel est mon désespoir. Et il faut travailler ! travailler en pleurant!...
Je t'écrirai un mot pour te prévenir du jour où je pourrai te voir.
Allons, adieu, mère chérie ; je t'embrasse avec plus de tendresse que jamais; soigne-toi bien. Mon mois de janvier est écrasant de travaux et d'obligations. J'en ai encore pour jusqu'en mai; il faut du courage jusque-là. N'aie pas peur, ne pense qu'à toi; sois plus heureuse cette anfiée que les précédentes ; je m'emploierai à ton bonheur. Je suis triste de te faire ces souhaits par écrit; mais jamais je n'ai envoyé de baiser plus brûlant que celui que je mets là pour toi.
Ton fils qui t'aime bien.
P.-S. — N'aie aucun remords; seulement, ma bonne mère, faismoi la charité de me laisser porter mon fardeau, sans soupçonner mon cœur. Une lettre, vois-tu, c'est pour moi non-seulement de l'argent, mais une heure de sommeil et une goutte de sang! Je ne puis avoir aucun soin. J'ai quatre volumes in-octavo à imprimer, la Bévue à faire pendant trois dimanches de janvier (il n'y a que la Revue qui paye en argent), et, outre cela, la deuxième livraison des Études philosophiques pour Werdet; sans quoi, tout périclite!