A M. EMILE REGNAULT, GÉRANT DE LA CHRONIQUE DE PARIS
Sache, lundi, juin 1836. '
Cher Pélican, Tout a bien été jusqu'à hier au soir. En me promenant dans le parc, j'ai eu un coup de sang dont je ne suis pas encore bien remis, j'ai des bruissements dans la tête. Je suis arrivé lundi à Sache ; je me suis reposé mardi ; mercredi, on m'a fait faire une partie de campagne, et la Touraine m'avait si bien ravitaillé, que jeudi, vendredi, samedi et dimanche, j'ai conçu les Illusions perdues, et j'en ai écrit les quarante premiers feuillets. Ce torrent de travail a porté sans doute le sang à la tête ; mais, en ce moment, je vais beaucoup mieux.
J'aurai, suivant toute probabilité, terminé les Illusions perdues pour samedi prochain. Je crois que cela fera quatre-vingt-dix feuillets, et j'ai bien fait de commencer par là, car alors le Cabinet des antiques suflirait pour compléter les deux volumes de la veuve Béchet, ou dame Jacquillat ^ Elle ne mérite pas que je lui donne les Héritiers Boirouge^. Cette œuvre, Sivec César Birotteau, rem^Mra. la caisse du sieur Werdet, et la Torpille suivra son cours à la Chronique de Paris. J'en aurai assez pour mon année.
La présente, vieil oiseau, est pour vous dire qu'une centaine de francs ou cinquante écus seraient bien utiles à votre vieux Mara-scc ' ; car, après avoir achevé le Cabinet des antiques et probablement YEcce home, je voudrais bien me régaler d'aller voir Chenonceaux et Chambord, qui sont sur ma route. En attendant, sérieusement, je ne serai pas avant le 8 juillet à Paris. Comment va Jules Sandeau? Mille choses au grand Trenmer et à l'élégant Chaudesaigues. N'oubliez pas non plus Béthune et Level; vous pouvez même risquer une fleur que j'aperçois sur la joue de la belle madame M... , qui, si elle avait voulu voir les châteaux deTouraine avec moi, n'aurait pas eu à regretter ce beau voyage.
J'espère que tout va bien, et que vous maintiendrez les affaires jusqu'au 8. Dites à M. Sergent que je serai à Paris, ce jour-là, avec les manuscrits, et nous roulerons la veuve atroce et chicanière, sans reconnaissance ^et peu délicate, comme les Buloz et consorts.
Tout à vous,
LE MAR
P.-S. — Dites mille choses aimables comme vous savez les dire à madame D..., de ma part. Quant à Werdet, je voudrais que les Illusions perdues fussent à lui, car c'est fort bien torché ! Si vous aviez besoin d'actions de la Chronique de Paris, prenez de celles de Béthune, à qui je vendrais des miennes; car je suis parti si
i. Nom du deuxième mari de madame Charles Béchet.
2. Les Héritiers Boirouge sont devenus les Deux Frères, ou un Ménage de garçon en province.