COUR KS POND ANGE
surpris par la célérité de la voiture, que je ne vous ai pas donné d'actions, et je ne sais plus où j'ai mis les clefs.
Enfin, vieux, il faudrait m'adresser les deux numéros de \ai Chronique où se trouve le commencement du Cabinet des antiques, que je n'ai pas. Si Béthune ne concevait pas cet échange, vous m'écririez, je viendrais pour trois heures à Paris.
Dites donc à ce bon Charles de Bernard que j'aurais besoin pour Illusions perdues d'un petit poëme bien ronflant dans la manière de lord Byron ; c'est censé la plus belle œuvre d'un poëte de province, en stances ou en alexandrins, en strophes mêlées, comme il voudrait. Il serait bien gentil de me le faire, car je n'en ai pas le temps. 11 me faudrait aussi quelque chose dans le genre de Beppo et de Namouna ou de Mardoche, de Musset, mais une seule pièce de cent vers. Pour l'autre, il faudrait deux chants.
A MADAME ZULMA CARRAUD, A FRAPESLE
Sache, dimanche, juin 1830.
Cara,
Ma santé compromise par mes derniers travaux, mon procès, mes soucis, m'ont jeté en Touraine, où l'air natal vient de me remettre. Peut-être irai-je à Paris par Loches, Valençay et le doux Issoudun. Je voudrais bien revoir Frapesle avant de me replonger dans la bataille et d'aller au feu. En tout cas, que je vous voie ou non, j'ai bien besoin des renseignements suivants sur Angoulême, et vous seriez bien bonne de me répondre courrier par courrier, car je ne resterai pas plus d'une semaine à Sache. Voici l'adresse : « A Sache, par Azay-le-Rideau (Indre-et-Loire). »
Je voudrais savoir le nom de la rue par laquelle vous arriviez sur la place du Mûrier et où était votre ferblantier; puis le nom de la rue qui longe la place du Mûrier et le palais de justice et menait à la première maison de M. Berges-, puis le nom de la porte qui débouche sur la cathédrale; puis le nom de la petite rue qui mène au Minage et qui avoisine le rempart, commençant auprès de la
porte de la cathédrale, et où était celte grande maison où nous avons entendu quelquefois jouei du piano.
Je voudrais savoir, si cela était possible, le nom de l'autre porte par où on descendait directement à l'Houmeau. Voilà tout; mais j'ai bien besoin de ces renseignements. Si le commandant me fait un plan grossier, ce n'en sera que mieux.
Je vous envoie mille tendres souvenirs d'amitié. Laure ne va toujours pas bien. Ma mère meurt des chagrins que lui cause Henry. Moi, je lutte toujours, comme un homme qui se noie et qui a peur de trouver la dernière gorgée. En ce moment, je travaille à Sache seize heures par jour pour me délivrer des deux derniers volumes de madame Béchet, laquelle m'intente un procès, poussée par mes ennemis, qui semblent avoir juré ma perte.
11 faut être à Paris avant le 10 juillet, mes manuscrits prêts. Je n'ai que quinze jours pour écrire deux volumes in-octavo, et, si je faisais quelque chose de mal, tout serait perdu. Jugez de ma position !
Je n'ai pu ni répondre à Borget, ni rien faire de ce que je lui avais promis pour ses affaires d'argent. J'ai travaillé à Paris nuit et jour, ne dormant que deux heures sur les vingt-quatre. Aussi le Lys a-t-il paru. J'étais mort à moitié en me mettant en voiture. Dites-lui ces choses-là, pour qu'il n'accuse pas un ami bien aimant et bien dévoué, qui est votre très-constant ami Honoré. Je ne savais plus oii lui adresser une lettre commencée, interrompue mille fois, et qui est en ce moment sur mon bureau à Paris. Cela doit vous faire juger quelle est ma vie ! Non, je n'ai pas eu plus le temps d'achever et de cacheter cette lettre que le soldat en marche sur Wagram n'avait le temps de dormir ou d'écrire à sa particulière.
Je suis bien pressé d'en finir avec une telle vie et j'y arriverai ; car, si dans un an elle n'a pas une solution, il vaut mieux servir les maçons.
Mille bonnes choses et une poignée de main cordiale au commandant. J'embrasse vos deux fieux sur le front. Je voulais aller chez vous, le docteur Nacquart a voulu Pair natal.