‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 141 sur 229 · A. M. HENRY BEYLE, A PARIS · texte numérisé non relu

A. M. HENRY BEYLE, A PARIS

Ville-d'Avray, 20 mars 18 39.

Monsieur,

J'ai déjà lu dans le Constitutionnel un article tiré de la Chartreuse, qui m'a fait commettre le péché d'envie. Oui, j'ai été saisi d'un accès de jalousie, à cette superbe et vraie description de bataille •que je rêvais pour les Scènes de la Vie militaire, la plus difficile portion de mon œuvre; et ce morceau m'a ravi, chagriné, enchanté, désespéré. Je vous le dis naïvement. C'est fait comme Borgognone et Wouwermans, Salvator Rosa et Walter Scott. Ainsi ne vous étonnez pas si je saute sur votre offre, si j'envoie chercher le livre, et comptez sur ma probité pour vous dire ma pensée. Le fragment va me rendre exigeant, et avec vous on peut tirer des lettres de change de curiosité sans trop de crainte.

Je suis un lecteur si enfant, si charmé, si complaisant, qu'il m'est impossible de dire mon opinion après la lecture; je suis le plus bénin critique du monde, et fais bon marché des taches qui sont au soleil; ma froideur et mon jugement ne me reviennent que quelques jours après.

Mille compliments gracieux.

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