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composer et tirer ce petit fragment; ayez la complaisance de l'envoyer pour dimanche ou lundi au plus tard.
Vous n'avez donc pas fait paraître les deux derniers volumes de Modeste Mignon, que je n'ai pas reçu mon exemplaire? Mercredi, les Petits Manèges cVune femme vertueuse^ paraissent dans le Messager; vous pouvez venir chercher toute la copie jeudi prochain, et je suis en mesure de vous donner sous peu de jours les cinq feuilles et neuf pages de la Comédie humaine qui manquent pour que vous ayez reçu toute la copie due aux termes de notre traité.
Mille compliments.
GCLXXVI.
A M. THÉODORE DABLIN, A PARIS.
Janvier 18 4 5.
Mon cher Dablin, voici le manuscrit corrigé et les épreuves dse Chouans, Dès que j'ai mis un nom ami en tête de chacune de mes compositions, celle-ci vous était destinée ; mais les hasards qui dominent les livres ont fait que, depuis 183/[, les Chouans n'ont pas été réimprimés, quoi que plusieurs personnes aient trouvé c livre meilleur que sa réputation.
Si j'étais de ceux qui marquent dans leur temps, ceci pourrait avoir une grande valeur un jour ; mais ni vous ni moi ne saurons le mot de cette énigme; aussi n'y voyez qu'un témoignage de cette amitié qui m'est restée au cœur, quoique vous l'ayez peu cultivée depuis bien des années.
Tout à vous.
CGLXXVII.
AU MÊME
Janvier 184 5.
Mon cher Dablin,
Ma sœur m'a dit qu'une parole qui m'était échappée vous avait fait de la peine. Ce serait me bien mal connaître que de croire que
1. Troisième partie de Béatrix; aujourd'liui, elle porte le titre d'wn Adultère rétrospectif.
CORRESPONDANCE. 4l«j
je sois ami à demi. 11 y a bientôt dix-huit ans, un jour de Pâques, passant sur la place Vendôme, entre vous et M. Pépin-Lehalleur, au pied de la colonne, j'étais bien jeune, mais je sentais ce que je serais un jour. Vous dîtes que les honneurs et la fortune changeaient les cœurs; je vous répondis que rien ne me ferait changer en fait d'affection. Cela est vrai : je n'en ai trahi aucune. Aujourd'hui, tous ceux qui sont mes amis vrais sont sur le pied de la plus parfaite égalité. Si vous me pratiquiez un peu plus, vous le sauriez. Je suis resté bien enfant, malgré la réputation que j'ai pu acquérir. Seulement, j'ai l'égoïsme des grands travailleurs; seize heures par jour données à un monument littéraire qui sera gigantesque, ne me laissent rien dont je puisse disposer. Cette privation des plaisirs du cœur est le plus fort impôt que je paye à l'avenir; quant aux plaisirs du monde ou de la vie, l'art a tout tué, sans regret de ma part. Je pense que l'intelligence et les sentiments sont deux choses qui égalisent tout.
Ainsi, mon bon Dablin, ne mettez jamais au singulier ce que je dis pour les masses. J'ai été quatre fois chez vous pour vous voir, vous êtes je ne sais oia. Si je ne rafraîchis pas moi-même votre cœur froissé, cette lettre vous dira que je crois avoir peu de chose à faire, car mon étonnement a été des plus grands quand Laure m'a eu dit que je vous avais fait de la peine.
Adieu; une si longue lettre est du luxe pour moi.
Si vous voyez M. Pépin-Lehalleur, demandez-lui de ma part quel est l'agréé le plus habile et le plus dévoué à ses affaires qu'il y ait au tribunal de commerce : j'ai deux procès commerciaux à faire promptement finir.
Voici les Chouans. Mille choses de cœur, et tout à vous.
Envoyez-moi le nom de l'agréé.