‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 20 sur 229 · BALZAC. XXV · texte numérisé non relu

BALZAC. XXV

partout; alors, pourquoi ne pas laisser la liberté à celui qui se sentait une vocation irrésistible? C'était la morale de la lettre.

Je transcris un dernier fragment de cette correspondance datée de la mansarde; il est curieux pour l'époque où il fut écrit (avi*il 1820) et prouve la lucidité d'un esprit qui méditait déjà sur tous les sujets :

Je suis plus engoué que jamais de ma carrière par une foule de raisons dont je ne déduirai que celles que tu n'aperçois peut-être pas. Nos révolutions sont loin d'être terminées; à la manière dont les choses s'agitent, je prévois encore bien des orages. Bon ou mauvais, le système représentatif exige d'immenses talents; les grands écrivains seront nécessairement recherchés dans les crises politiques; ne réunissent- ils pas à la science l'esprit d'observation et la profonde connaissance du cœur humain?

Si je suis un gaillard (c'est ce que nous ne savons pas encore, il est vrai), je puis avoir un jour autre chose que l'illustration littéraire; et ajouter au titre de grand écrivain celui de grand citoyen, est une ambition qui peut tenter aussi!...

La scène va changer ; aux premières espérances d'Honoré, vont succéder ses premières déceptions.

A la fin d'avril 1820, il arrive chez mon père avec sa tragédie achevée. Il est bien joyeux, car il compte sur un triomphe ; aussi désire-t-il que quelques amis assistent à sa lecture. 11 n'oublie pas celui qui s'est si étrangement mépris sur son compte.

Les amis arrivent, l'épreuve solennelle commence. L'enthousiasme du lecteur va toujours se refroidissant en remarquant le peu d'impression qu'il produit et les visages glacés ou atterrés de ceux qui l'entourent. J'étais du nombre des atterrés. Ce que je souffris pendant cette lecture était un avant-goût des terreurs que les premières représentations de Vautrin et de Quinola devaient me donner.

Cromwell n'était pas encore une vengeance contre M***; celui-ci, brusque comme à l'ordinaire, dit son opinion sur la tragédie sans

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