‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 21 sur 229 · XXVI BALZAC · texte numérisé non relu

XXVI BALZAC

aucun ménagemenl. Honoré se récrie, décline le juge; mais les autres auditeurs, quoique plus doux, s'accordent aussi à trouver l'œuvre fort imparfaite.

Mon père réunit toutes les opinions en proposant de faire lire Cromwell à une autorité compétente et impartiale. M. Surville, ingénieur du canal de TOurcq, qui deviendra son beau-frère, propose son ancien professeur à l'École polytechnique.

Mon frère accepte ce doyen littéraire pour juge souverain.

Le bon vieillard, après une lecture consciencieuse, déclare que l'auteur doit faire quoi que ce soit, excepté de la Iitté7'atu7^e,

Honoré reçoit cet arrêt en pleine poitrine sans broncher ni se tordre le cou, parce qu'il ne se reconnaît pas vaincu.

— Les tragédies ne sont pas mon fait, voilà tout, dit-il.

Et il reprend la plume.

Mais quinze mois de mansarde l'ont tellement amaigri, que ma mère ne lui permet pas d'y retourner et le reprend au logis, où elle le soigne avec sollicitude.

C'est alors qu'il écrivit, dans l'espace de cinq années, plus de quarante volumes qu'il juge comme des essais fort imparfaits; aussi les publie-t-il sous des pseudonymes différents, par respect pour ce nom de Balzac déjà célèbre, qu'il veut illustrer une seconde fois.

La médiocrité n'a pas de si modestes allures!...

Je me garderai de citer un seul titre de ces premiers ouvrages, voulant obéir à sa volonté expresse qui fut de ne jamais les avouer.

Matériellement fort heureux chez son père, il regrette cependant cette chère mansarde où il avait la tranquillité qui lui manque dans cette sphère d'activité où (maîtres et serviteurs compris) dix personnes s'agitent autour de lui, où les petits comme les grands événements de la famille le dérangent sans cesse, où enfin, même au travail, il entend les rouages de la machine domestique que l'infatigable et vigilante maîtresse met en mouvement.

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