BALZAC. XXVII
Dix-huit mois après sa réinslallation chez son père, j'habitais momentanément Bayeux, et notre correspondance recommence. Mon frère, au milieu des siens, me parle beaucoup plus d'eux que de lui, et avec la liberté que lui donne la confiance. 11 s'y trouve des scènes d'intérieur et des conversations qu'on pourrait prendre pour des pages enlevées à la Comédie humaine. Dans Tune de ces lettres, il compare son père à ces pyramides d'Egypte immuables au milieu des tourbillons de sable du désert.
Dans une autre, il m'annonce le mariage de notre sœur Laurence ; son portrait, celui de son fiancé, l'enthousiasme de la famille pour ce second gendre, tout est peint de main de maître, c'est déjà la plume de Balzac.
Il termine par ces deux lignes :
Nous sommes tous de fiers originaux dans notre sainte famille. Quel dommage que je ne puisse nous mettre en roman!
Je n'extrairai de ces lettres que ce qui se rapporte à mon frère. Voici son premier accès de découragement; il avance dans la vie et s'aperçoit que le chemin est difficile :
Tu me demandes des détails de fête, et je n'ai aujourd'hui que des tristesses au cœur! Je me trouve le plus malheureux des malheureux qui vivotent sous celte belle calotte céleste que l'Éternel a brillantée de ses mains puissantes!
Des fêtes!... c'est une triste litanie que j'ai à t'envoyer...
Dans la lettre qui suit, mon frère m'annonce son troisième et son quatrième roman :
Je t'envoie deux- nouveaux ouvrages : ils sont encore fort mauvais et fort peu littéraires surtout! Tu trouveras dans l'un des deux quelques plaisanteries assez drôles et des espèces de caractères, mais un plan détestable...
Il se jugeait certes trop sévèrement; ces ouvrages ne contenaient encore, il est vrai, que les germes de son talent, mais il y faisait