‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 24 sur 229 · XXX BALZAC · texte numérisé non relu

XXX BALZAC

sa vie. Beaucoup de gens ignorent que mon frère dépensa autant d'énergie et d'intelligence à lutter contre l'infortune, qu'il lui en fallut pour écrire la. Comédie humailne, cette œuvre qui, de quelque façon qu'on la juge, lui donna cette célébrité, la plus ardente passion de sa vie. Ceux qui furent dans le secret de son existence se demandent avec autant d'attendrissement que de respect comment un homme trouva assez de temps, de forces physiques et surtout de forces morales pour suffire à d'aussi grands labeurs!...

Si on lui eût assuré alors les modestes quinze cents francs qu'il demandait pour gagner son premier succès, quelles adversités sa famille ne lui eût-elle pas épargnées, ainsi qu'à elle-même ? Quelle fortune Balzac n'eût-il pas faite avec cette plume dont il connaissait la valeur ? Énergique et patient comme tout génie, il eût retourné dans la solitude, où cette rente lui eût suffi. Extrême en ses désirs, il lui fallait ouïe palais ou le grenier; amoureux du luxe, il savait s'en passer.

— Le grenier a sa poésie, disait-il souvent.

C'était partout où elle n'existait pas qu'il était mal à l'aise.

Mais, question qui restera toujours insoluble, n'est-ce pas le malheur qui développa son talent ? Balzac, riche et heureux, serait-il devenu cet inquisiteur de l'humanité qui surprit tous ses secrets, mit à nu tous ses sentiments et jugea de si haut tous ses maux?

Cette lucidité de l'homme supérieur, qui lui fait saisir toutes les faces des idées, ne s'acquiert-elle pas au prix de bien des douleurs et de misères ressenties? Lucidité toutefois funeste en ce point, que ceux qui ne comprennent pas ces puissantes facultés (et le nombre en est grand !) doutent quelquefois de la moralité de celui qui les possède.

Les détails arides qui suivent, et que j'abrégerai le plus possible, sont nécessaires pour expliquer les malheurs de l'existence de Bal-

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