VIII BALZAC
comprenait l'avenir! Ses graves entretiens, ses curieux récits avancèrent son fils dans la science de la vie et lui fournirent le sujet de plus d'un de ses livres.
Ma mère, riche, belle, et beaucoup plus jeune que son mari, avait une rare vivacité d'esprit et d'imagination, une activité infatigable, une grande fermeté de décision et un dévouement sans bornes pour les siens. Son amour pour ses enfants planait sans cesse sur eux, mais elle l'exprimait plutôt par des actions que par des paroles. Sa vie entière prouva cet amour ; elle s'oublia sans cesse pour nous, et cet oubli lui fit connaître l'infortune qu'elle supporta courageusement. Sa dernière et plus cruelle épreuve fut, à l'âge de soixante et douze ans, de survivre à son glorieux fils et de l'assister dans ses derniers moments; elle pria pour lui à son lit de mort, soutenue par la foi religieuse, qui remplaçait toutes ses espérances terrestres par celles du ciel.
Ceux qui ont connu mon père et ma mère attesteront la fidélité de ces esquisses. Les qualités de l'auteur de la Comédie humaine sont certainement la conséquence logique de celles de ses parents : il avait l'originalité, la mémoire, Tesprit d'observation et le jugement de son père; l'imagination, l'activité de sa mère; de tous les deux, enfin, l'énergie et la bonté.
Honoré était l'aîné de deux sœurs et d'un frère. Notre sœur cadette mourut jeune, après cinq années de mariage. Notre frère partit pour les colonies, où il se maria et resta.
A la naissance d'Honoré, tout faisait présager pour lui un bel avenir. La fortune de notre mère, celle de notre aïeule maternelle qui vint vivre avec sa fille dès qu'elle fut veuve, les émoluments et les rentes viagères de mon père composaient une grande existence à notre famille.
Ma mère se consacra exclusivement à notre éducation et se crut obligée d'user de sévérité envers nous pour neutraliser les effets de l'indulgence de notre père et de notre aïeule. Cette sévérité