BALZAC. H
comprima les tendres expansions d'Honoré, à qui l'âge et la gravité de son père inspiraient aussi la réserve. Cet état de choses tourna au profit de raffection fraternelle ; ce fut certainement le premier sentiment qui s'épanouit et fleurit dans son cœur. J'étais de deux ans seulement plus jeune qu'Honoré, et dans la même situation que lui vis-à-vis de nos parents; élevés ensemble, nous nous aimâmes tendrement; les souvenirs de sa tendresse datent de loin. Je n'ai pas oublié avec quelle vélocité il accourait à moi pour m'épargner de rouler les trois marches hautes, inégales et sans rampe qui conduisaient de la chambre de notre nourrice dans le jardin! Sa touchante protection continua au logis paternel, où plus d'une fois il se laissa punir pour moi, sans trahir ma culpabilité. Quand j'arrivais à temps pour m'accuser:
— N'avoue donc rien une autre fois, me disait-il, j'aime à être grondé pour toi !
On se souvient toujours de ces naïfs dévouements.
D'heureuses circonstances protégèrent encore notre affection. Nous vécûmes toujours l'un près de l'autre dans une intimité et une confiance sans bornes. Je connus donc en tout temps les joies et les peines de mon frère, et j'eus toujours le doux privilège de le consoler ; certitude qui fait aujourd'hui ma joie.
Le plus grand événement de son enfance fut un voyage à Paris, où ma mère le conduisit, en \SOh, pour le présenter à ses grands parents. Ils raffolèrent de leur joli petit-fils, qu'ils comblèrent de caresses et de présents.
Peu habitué à être fêté ainsi. Honoré revint à Tours la tête pleine de joyeux souvenirs, le cœur rempli d'affection pour ces chers grands parents, dont il me. parlait sans cesse, les décrivant de son mieux, ainsi que leur maison, leur beau jardin, sans oublier Mouche, le gros chien de garde avec lequel il s'était lié intimement. Ce séjour à Paris servit longtemps d'aliment à son imagination.
Notre grand'mère aimait à raconter les faits et gestes de son