‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 8 sur 229 · X BALZAC · texte numérisé non relu

X BALZAC

petit -fils chez elle, et répétait volontiers cette petite scène: Un soir qu'elle avait fait venir pour lui la lanterne magique, Honoré, n'apercevant pas parmi les spectateurs son ami Mouche, se lève en criant d'un ton d'autorité :

— Attendez!...

Il se savait le maître chez son grand-père. Il sort du salon et rentre traînant le bon chien, à qui il dit :

— Assieds-toi là. Mouche, et regarde ; ça ne te coûtera rien, c'est bon papa qui paye !

Quelques mois après ce voyage, on changeait la veste de soie brune et la belle ceinture bleue du petit Honoré pour des vêtements de deuil. Son cher grand-père venait de mourir, frappé par une apoplexie foudroyante. Ce fut son premier chagrin ; il pleura bien fort quand on lui dit qu'il ne verrait plus son aïeul, et son souvenir lui resta tellement présent à l'esprit, que, longtemps après ce jour néfaste, me voyant prise d'un malencontreux fou rire pendant une réprimande de notre mère, il s'approche de moi, et, pour arrêter cette gaieté intempestive qui menaçait de tourner à mal, me dit à l'oreille d'un ton tragique:

— Pense à la mort de ton grand-papa !

Secours inefficace, hélas ! car je ne l'avais pas connu et ne comprenais pas encore la mort.

On le voit, les seules paroles qu'on a retenues des premières années d'Honoré révélaient plutôt la bonté que l'esprit. Je me souviens néanmoins qu'il montrait déjà son imagination dans ces jeux de l'enfance que George Sand a si bien décrits dans ses Mémoires. Mon frère improvisait de petites comédies qui nous amusaient (succès que n'ont pas toujours les grandes) ; il écorchait pendant des heures entières les cordes d'un petit violon rouge, et sa physionomie radieuse prouvait qu'il croyait écouter des mélodies. Aussi était-il fort étonné quand je le suppliais de finir cette musique qui eût fait hurler l'ami Mouche.

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