A M. URBAIN CANEL, LIBRAIRE ÉDITEUR, A PARIS
Sache, 25 novembre 1831.
Mon cher Canel,
J'ai déjà répondu à Rabou relativement aux deux volumes; et aujourd'hui part pour lui un conte sur le deuxième volume. Mais, mon cher gentilhomme, envoyez-moi donc promptement une épreuve du Dôme des Invalides; par le renvoi de ladite épreuve VOUS recevrez le Départ, pour votre livre carliste; mais je ne ie donne qu'à la condition expresse d'être en tête du volume. Ainsi, au reçu de cette lettre, mettez sous bande à la poste Tépreuve du Dôme.
Quant aux gants, que je vais tâcher de vous payer avec le Départ, remettez-les pour moi chez madame de Berny^ Comme chez moi tout est sens dessus dessous, ils seront là en sûreté, parce qu'il y a des boîtes à gants, et que ceux-là me sont d'autant plus précieux qu'ils me viennent dim libraire au fond duquel il y a pour moi un ami.
Rabou vous parlera de ma détresse, et je ne vous en dirais pas plus qu'il ne vous en dira; car vous savez que, connaissant votre bourse comme la mienne, je ne m'adresse à vous que parce que je ne puis pas faire autrement.
Le fait est que je néglige même la Revue pour les Contes bruns-;
i. Balzac, au milieu des embarras matériels où il fut engagé dès le début de sa carrière, eut du moins l'heureuse chance de trouver des encouragements, des conseils et souvent des inspirations non-seulement près de sa noble sœur, mais encore dans la société de plusieurs autres femmes d'une rare distinction d'esprit. Madame de Bcrny, qui était des premières parmi celles-U\, fut enlevée de bonne lieurc à raflectueusc reconnaissance de son jeune ami. M. et madame de Berny habitaient à Villeparisis, en même temps que la famille Balzac; ils allèi-ent ensuite s'établir à Saint-Firmin, petit village du département de l'Oise. — J/adame Firmiant est dédiée à M. Alexandre do Borny.
'2. Ouvrage anonyme fait en société avec Philavète Chasles et Charles Rabou.
que, d'ici à quelques jours, ma juste part des deux volumes sera faite, et que, sans vanité, j'ai tâché de vous donner du bon. Je voudrais bien voir à ce livre un grand succès.
Envoyez-moi promptement Barbier; c'est, avec Lamartine, le seul poëte vraiment poëte de notre époque; Hugo n'a que des moments lucides.
Mille gracieusetés à la miss. Entrez chez l'élégant Ghasles; dites-lui que je lui écrirai par le premier envoi à la Revue, et présentez-lai mon souvenir ami avec cette grâce qui vous caractérise.
Quant à l'impression des Contes bruns, j'ai envoyé mes épreuves, et elles étaient chez Éverat, bonnes à mettre en pages, au moment où vous m'écriviez; elles n'attendaient plus que le bonde Chasles ou de Rabou. Mais, si vous mettiez du cicéro (et vous auriez grandement raison, j'ai trouvé cette philosophie interlignée détestable), vous auriez à recomposer quelque chose.
Adieu; je vous souhaite toute prospérité.