BALZAC. XI
— Tu n'entends donc pas comme c'est joli ? me disait-il.
11 lisait enfin avec passion, comme la plupart des enfants, toutes ces féeries dont les catastrophes, plus ou moins dramatiques, les font tant pleurer! Elles lui inspiraient sans doute d'autres contes, car, à des babillages étourdissants, succédaient quelquefois des silences qu'on n'expliquait que par la fatigue, mais qui pouvaient bien être déjà des rêveries dans des mondes imaginaires.
Quand il eut sept ans, il passa d'un externat de Tours au collège de Vendôme, fort célèbre alors. Nous allions régulièrement le voir chaque année à Pâques et à la distribution des prix; mais, fort peu couronné aux concours, il recevait plus de reproches que de louanges pendant ces jours qu'il attendait si impatiemment, et dont il se faisait à l'avance tant de joie !...
11 resta sept années dans ce collège, où il n'y avait jamais de vacances. Le souvenir de ce temps lui inspira la première partie du livre de Louis Lambert. Dans cette première partie, Louis Lambert et lui ne font qu'un, c'est Balzac en deux personnes. La vie de collège, les petits événements de ses jours, ce qu'il y souffrit et y pensa, tout est vrai, jusqu'à ce Traité de la volonté, qu'un de ses professeurs (qu'il nomme) brûla sans le lire, dans sa colère de le trouver au lieu du devoir qu'il demandait. Mon frère regretta toujours cet écrit comme un monument de son intelligence à cet âge.
Il avait quatorze ans quand M. Mareschal, le directeur du collège, écrivit à notre mère, entre Pâques et les prix, de venir en toute hâte chercher son fils. Il était atteint d'une espèce de coma qui inquiétait d'autant plus ses maîtres, qu'ils n'en voyaient pas les causes. Mon frère était pour eux un écolier paresseux ; ils ne pouvaient donc attribuer à aucune fatigue intellectuelle cette espèce de maladie cérébrale. Devenu maigre et chétif, Honoré ressemblait à ces somnambules qui dorment les yeux ouverts, il n'entendait pas la plupart des questions qu'on lui adressait et ne savait que