‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 83 sur 229 · La Transaction {le Colonel Chabert) venait d'y paraître · texte numérisé non relu

La Transaction {le Colonel Chabert) venait d'y paraître

2. On comprend qu'il s'agissait de quelque projet de mariage.

CORRESPONDANCE. i4.i

lin satisfait, — et il le sera cette semaine, — je ferai vivement la Bataille, à moins que celle des amours ne commence; mais, alors, je ne perdrais pas pour attendre et je pourrais bien faire la loi aux libraires. Je veux mettre Claire dans mes intérêts, et, pour cela, il faut m'attirer ses bonnes grâces en s'occupant d'elle, car c'est par elle que je ferai savoir tout ce qu'il faudra que l'on sache sans me compromettre.

Adieu, ma bonne mère; par le paquet, je te dirai où j'en suis de tout; j'attends ta lettre sur mes affaires. Mille tendresses de cœur.

J'écrirai aussi à Laure par le paquet. Peut-être ferai -je venir Leclercq et mes deux chevaux; ce sera selon les choses, tu entends.

A MADAME ZULMA CARRAUD, A ANGOULÊME

Sache, 2 juillet 1832.

Chère amie,

Votre lettre est venue me trouver en Touraine, où j'ai été me réfugier pour achever les trois ouvrages que je dois donner avant de pouvoir voyager ; je ne suis qu'à une soixantaine de lieues de vous; n'est-ce pas tentant?... Aussi les pieds me démangent. N'étaient les travaux commencés et dont vous témoignera la goutte de café tombée sur cette page, je serais déjà à la Poudrerie ; mais, pour le moment, il faut me contenter de vous répondre ; car, parmi toutes mes lettres, la vôtre a été lue la première.

Croiriez-vous que la gloire se traduit pour moi par des ports de lettres, et que je reçois jusqu'à trois et quatre lettres de femme par jour ? Elles viennent du fond de la Russie, de l'Allemagne, etc. Je n'en ai pas eu d'Angleterre ! Puis des lettres de jeunes gens. C'en est devenu fatigant. Aussi avec quelles délices j'ouvre une lettre d'amitié, vieille, bien certaine, connue! J'ai eu la bonne fortune d'une lettre du capitaine; c'est un riche cœur.

Merci mille fois du fond de l'âme de votre amitié précieuse. Mon Dieu ! votre lettre est venue au moment même d'un petit spleen que me causait la triste perspective d'un renversement probable de ma petite fortune, amassée à coups de plume. Décidément, il

faut attendre la paix pour tenter notre entreprise ^ D'ici là, que devenir ?

Si vous saviez comme je travaille; je suis un galérien de plume et d'encre, un vrai marchand d'idées. J'achève en ce moment le quatrième volume des Contes philosophiques; je n'ai plus que quelques pages à écrire; vous l'aurez dans une quinzaine; et, à ce sujet, je voudrais bien savoir si vous avez les trois premiers. On réimprime'ie^ Chouans, etc.; il faut les corriger nécessairement. En outre, je prépare un grand ouvrage, intitulé la Bataille; puis j'ai à achever un livre en deux volumes in-octavo, Conversations entre onze heures et minuit. A peine me restera-t-il de quoi aller voyager. Vous m'avez fait bien plaisir d'être contente du quatrième volume des Scènes DE LA Vie privée; j'y tenais, ce volume-là ne pouvant plus se faire aujourd'hui : il faut de la jeunesse et de l'observation.

Mais être à soixante lieues de vous, à moitié chemin!... Irai-je? n'irai-je pas? Je voudrais bien savoir si madame Nivet^ a fait toucher sa traite. Elle m'a bien prévenu de l'époque, et j'ai fait les fonds; mais je n'ai pas répondu, parce que j'économise l'écriture le plus possible, j'en suis avare; peut-être a-t-elle pris le silence du consentement pour le silence de la faillite; je suis parti de Paris ayant toujours quatre-vingt-dix-huit francs à manger, et n'y touchant pas. Si ma mère les emploie et que la traite vienne ! cela m'inquiète.

J'ai fait tourner la tête aux gens des messageries !... mais, Dieu soit loué, mon innocence est reconnue!

Adieu; n'oubliez pas de faire savoir au commissaire ^ que je suis bien sensible à son souvenir, que le Voyage à Java est fait, qu'il le lira dans les Conversations entre onze heures et minuit, et que je conserve de bons souvenirs du temps où. je l'ai vu et entendu.

Mille amitiés à M. Carraud. Quant à vous, il n'est pas besoin de grandes paroles, et vous comprenez tout ce qu'un cœur ami vous offre de tendre et de délicat; vous êtes une des âmes privilégiées auxquelles je suis fier d'appartenir par quelques-uns des liens que

1. Cette entreprise consistait à éditer lui-même ses proprés œuvres.

2. Belle-sœur de madame Carraud, qui était établie à Limoges. Balzac lui avait acheté des émaux.

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