‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 84 sur 229 · M. Grand-Besançon, commissaire des poudres à Angoulème · texte numérisé non relu

M. Grand-Besançon, commissaire des poudres à Angoulème

nous choisissons, et je ne pense jamais à vous que pour retrouver dans ma pensée de doux souvenirs. Ah ! si l'on avait voulu aller aux Pyrénées, je vous aurais vue ; mais il faut que j'aille grimper à Aix, en Savoie, co^irir après quelqu'un qui se moque de moi, peutêtre; une de ces femmes aristocratiques que vous avez en horreur, sans doute; une de ces beautés angéliques auxquelles on prête une belle âme, la vraie duchesse, bien dédaigneuse, bien aimante, fine, spirituelle, coquette, rien de ce que j'ai encore vu ! un de ces phénomènes qui s'éclipsent, et qui dit m'aimer, qui veut me garder au fond d'un palais, à Venise... (car je vous dis tout à vous!) et qui veut que je n'écrive plus que pour elle ; une de ces femmes qu'il faut absolument adorer à genoux quand elles le veulent, et qu'on a tant de plaisir à conquérir; la femme des rêves! jalouse de tout ! Ah! il vaudrait mieux être à Angoulême, à la Poudrerie, bien sage, bien tranquille, à entendre sauter les moulins et à s'empâter dans les truffes, à apprendre de vous comment on met une bille en blouse, et à rire et à causer... que de perdre et son temps et sa vie !

Adieu ; pensez qu'il y a en moi une âme, et que cette âme aime à penser à vous.

Je suis ici pour quinze jours ; si je puis, si vous êtes à la Poudrerie, si..., si... J'essayerai enfin!

A MADAME DE BALZAC, A PARIS

Sache, juillet 1832.

Ma chère mère.

Voici tous les détails que je puis te donner et que tu m'as demandés.

Depuis que je suis arrivé ici, j'ai constamment travaillé à l'ouvrage de Gosselin; car j'éprouve le besoin, pour arriver à une réputation, de toujours faire mieux, et, n'ayant pas reçu assez promptement mes matériaux pour les deux contes qui étaient faciles, j'en ai entrepris un au-dessus de mes forces; mais enfin il

est achevé en manuscrit, et je n'ai plus que le travail des épreuves. Du reste, jusqu'aujourd'hui, ce travail-là, le mémoire de Dumont, ma correspondance et mes visites à Méré ont absorbé tout mon temps.

Quant à madame D..., elle m'a écrit un mot poli pour me remercier des Scènes. Claire m'a dit en dernier lieu qu'elle ne viendrait en Touraine qu'au mois d'octobre ; alors, je vais aller à Angoulême pour ne pas être six mois chez M. de Margonne. Je vais sans désemparer finir la Bataille, et, comme j'ai peu de chose à faire pour terminer les Conversations entre onze heures et minuit, tout sera prêt en même temps, et je reviendrai en Touraine au mois d'octobre.

Mais, ma pauvre mère, je suis dans des chagrins et des appréhensions continuelles. Je ne puis envoyer à M. Dieulouard ^ du manuscrit que le l*»" août; comment faire?... Ce n'est ni l'imagination ni le courage qui me manquent, c'est le temps, que diable ! Cette année, j'aurai publié huit volumes in-octavo. Je ne puis plus rien donner, quand même j'aurais quelque chose; aussi j'ai pris bien à contre-cœur, et dans le but de me tirer tout d'un coup d'affaire, le parti de composer deux ou trois pièces de théâtre! C'est le plus grand malheur qui puisse m'arriver; mais la nécessité est plus forte et il m'est impossible de m'en tirer autrement. Je verrai si je ne pourrais pas me servir de quelqu'un pour ne pas compromettre mon nom.

Mais, que je réussisse ou non avec la dame en question, il est impossible que Taffaire arrive à temps pour mes intérêts. Plus nous irons, moins la librairie réussira. Je te laisse maîtresse de faire tous les sacrifices que tu jugeras nécessaires. Si tu peux vendre les chevaux, vends-les; si tu veux même renvoyer Leclercq, paye-le et renvoie-le. Je voyagerai jusqu'à ce que j'aie refait mon affaire. Ce qui a tout dérangé, c'a été les deux journaux qui se sont brouillés avec moi, poussés par les petites intrigues de mes ennemis. J'ai été bien désolé pendant huit jours! Il me faudrait au moins six semaines de tranquillité parfaite pour te remettre les quatre mille huit cents francs des deux ouvrages que je vais faire. Si tu ne trouves

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