‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 86 sur 229 · N'a jamais paru · texte numérisé non relu

N'a jamais paru

A LA MÊME

. Lyon, 25 août 1832.

Ma chère mère adorée,

Je suis arrivé ce matin à Lyon et je pars ce soir pour les eaux.

La route d'Angoulême ici se fait à raison d'une lieue par heure. On couche en route; si bien que j'ai été quatre jours en voyage; mais quel admirable voyage! et quel malheur de Tavoir fait en courant !

La France a manqué perdre un bien grand homme en ma personne. J'avais choisi l'impériale pour demeure; or, à Thiers, dans le Puy-de-Dôme, le pied m'a glissé sur le marchepied d'en haut, et le fer m'a fait un petit trou à Tos de la jambe droite. Comme il faudra rester tranquille, la jambe étendue, j'aime mieux être à Âix, où je serai mieux soigné que par des mains étrangères. Si ce bobo doit devenir quelque chose, ce n'est rien pour le moment; la plaie s'est fermée en route. J'ai seulement la jambe enflée et je marche difficilement. Ne t'inquiète pas; si c'était grave, je te le dirais, foi d'Honoré.

Je t'écrirai au sujet de Pichot en arrivant à Aix. Je n'ai eu que le temps de relire les dix feuilles de Gosselin, de les corriger en bon à tirer et de te les renvoyer par la diligence des Messageries Notre- Dame-des-Victoires. Mais, d'ici à trois jours, l'article de la Revue de Paris se trouvera en route, et il t'arrivera quatre jours après la réception de celui-ci. Préviens-en Éverat ou Pichot.

ïu peux garder les Orphelins pour la Revue de Paris. Buloz n'aura rien. Tu recevras de nouvelles instructions par mon prochain paquet d'épreuves, où il y aura une lettre pour toi.

Tu as bien fait de vendre Smogler et le cabriolet ; mets bien l'argent à part en l'intitulant : Remonte de chevaux et voitures. Tu vas rire!...

Fais mettre en état in fiocchi le tilbury et enveloppe-le bien, roues et tout.

J'ai de l'ouvrage fait pour quatre mois; ainsi, d'après ce que

nous signerons, voilà deux mille francs de rente; puis la Bataille, les Contes drolatiques nouveaux, et les quatre volumes destinés à Marne, feront bien de l'argent, et ce ne sera pas tout ; ne nous désespérons pas.

Supplie le prote de Crapelet de bien vérifier les corrections pour

Gosselin; il recevra à son adresse, avant dix jours, l'exemplaire

corrigé qu'il demande : je l'ai laissé à Sache, et j'écris à M. de Mar-

gonne de le lui expédier. Il est exact, le sire de Sache; ainsi calme

Gosselin.

Mais Gosselin ne m'a pas envoyé les premières feuilles des Bons Propos des religieuses de Poissy^, dont j'ai un urgent besoin, ainsi que des numéros de l'Artiste que je t'ai déjà demandés.

Adieu, bonne mère. A après-demain, je t écrirai d'Aix, mais la lettre sera dans le paquet des épreuves de la Revue.

Un bon baiser, mère.

Lambert est tout corrigé, j'en suis toujours content. M. Chambellant en pâlira, ainsi que tous les swedenborgistes. Le paquet des épreuves Lambert est à ton adresse ; va vite à la diligence.

Si tu fais mettre un drap neuf au tilbury, qu'il soit marron.

A LA MÊME

Aix, 27 août 1832.

Ma bonne et excellente mère.

Après t'avoir écrit si à la hâte hier, je suis tombé dans l'attendrissement le plus profond en relisant ta lettre, et je t'ai adorée !... Comment te rendrai-je, quand te rendrai-je et pourrai-je jamais te rendre en tendresse et en bonheur tout ce que tu fais pour moi? Je ne puis aujourd'hui quet'exprimer ma profonde reconnaissance. Ce voyage que tu m'as mis à même de faire m'était bien nécessaire, j'avais un besoin absolu de distraction. J'étais accablé de la fatigue que m'a causée Louis Lambert; j'avais passé beaucoup de nuits et fait un tel abus de café, que j'éprouvais des douleurs d'estomac

1 . Ce récit fait partie du deuxième dizain des Contes drolatiques.

COR W RSPON DANTE. <3.j

qui allaient jusqu'aux crampes. Louis Lambert est peut-être un chefd'œuvre, mais il m'a coûté cher : six semaines d'un travail obstiné à Sache et dix jours à Angoulême. Pour le coup, certains amis me prendront peut-être pour un homme de quelque valeur.

Je te remercie du fond du cœur de toutes les peines que tu prends pour me sauver les ennuis de la vie matérielle; ma tendresse toujours plus vive n'est pas de celles que les mots expriment. Des travaux si opiniâtres seront peut-être couronnés par la fortune; je l'espère d'autant plus que je vois aujourd'hui peu de talents sans récompense. Quant à la gloire, je commence à n'en plus trop désespérer non plus.

Ma mère chérie, il faut que je te console comme je me console moi-môme, par des rêves!... Un jeune homme a fait quatre lieues pour me voir en apprenant que j'étais à la Poudrerie, et les gens du Cercle constitutionnel ont dit que, si je voulais être député, ils me nommeraient malgré mes opinions aristocratiques.

Est-ce vrai? m'a-t-on attrapé? je ne sais, mais cela augmente mon espoir; il ne s'agit plus que de faire encore quelques efforts, de ne pas manquer de courage.

Je suis mieux depuis huit jours; j'ai retrouvé ces inspirations qui, depuis ma chute, m'avaient abandonné; le café ne me faisait plus rien. Je suis dans une grande veine et j'espère beaucoup travailler ici, où je suis tranquille.

Il est probable que je ferai le tour de la Suisse à pied, après toutefois avoir publié la Balaille et les Conversations. Va donc voir Gosselin pour qu'd presse l'imprimeur. J'ai un désir dévorant de publier le quatrième volume des Contes philosophiques.

Soigne ta santé, ma mère; il faut que tu vives pour que je puisse m'acquitter envers toi. Oh! comme je t'embrasserais si tu étais là ! Quelle gratitude nai-je pas pour les bons cœurs qui arrachent quelques épines de ma vie et adoucissent le chemin par leur affection ! Mais, forcé de lutter sans cesse contre le sort, je n'ai pas toujours le temps poui* exprimer un sentiment. Je n'ai pas voulu toutefois qu'un jour se passai sans que tu saches quelle tendresse tes derniers dévouements excitent en moi. On met plusieurs fois ses enfants au monde, n'est-ce pas, ma mère? Pauvres chéries, vous aime-t-on assez! Quand serai-je un génie aussi haut que lordByron

et que Gœlhe? quand serai-je à la tribune pour te donner autant de jouissances que je te donne d'angoisses!...

Je t'embrasse et te serre avec bonheur; comprends tout ce que je ne t'écris pas.

A LA MÊME

Aix, samedi l**" septembre 1832.

Ma mère bien-aimée,

Ne t'inquiète pas de ma jambe : deux ou trois bains pris ici ont supprimé la suppuration et une escarre se forme que je respecte. Plus d'inquiétude; encore trois ou quatre jours et je marcherai.

Du reste, les conducteurs de diligence ont été tous très-attentionnés, et aucun accident n'est venu, pendant la route, aggraver le mal. Ma jambe a toujours été à plat.

Maintenant, procédons par ordre aux affaires.

J'ai trouvé ici Auguste Sannegou, auquel je dois onze cents francs. C'était cette somme que madame Wilmen, l'actrice du Vaudeville, sa maîtresse, venait demander, et que je ne voulais pas lui payer, parce que je ne savais pas si Auguste était toujours avec elle. Or, mon ami a beaucoup perdu d'argent à Aix, et, le sachant ici, je lui ai écrit un mot pour lui dire : « Voulez-vous votre somme ici ou à Paris? je ne l'ai pas donnée à Adeline. » Il en a été enchanté. Donc, ma chérie, il faut m'envoyer le plus tôt possible onze cents francs que je remettrai à Sannegou, et deux cents francs que je garderai, parce qu'il ne m'en reste que deux cents et que je ne puis pas avoir moins de quatre cents francs dans ma poche à l'étranger, car un accident peut arriver; puis j'irai à Genève, à la Chartreuse, etc.

Tu feras porter à Adeline la lettre ci-jointe ; elle pourrait faire des cancans au Vaudeville, et ma lettre lui fermera le bec. Si elle ne demeure plus rue Saint-Honoré, on saura son adresse au Vaudeville. — Affaire réglée.

Envoie-moi mon argent par la diligence des Messageries royales.

Revue de Paris. J'ai renvoyé directement à Éverat mes épreuves par la poste; quelque volumineux que soit le paquet, cela ne coû~

tera pas plus que par la diligence et Ton évite les douanes. Il y a dedans une lettre pour M. Pichot, et cette lettre contient une rectification du traité que tu signeras avec lui. Je vais t'en donner les bases et tu le feras voir ou à Dumont ou à Labois; car j'ai la tête si chargée de pensées, que je pourrais avoir omis quelque chose. Le traité signé, tu remettras à M. Pichot les Orphelins. Ce sera le morceau pour octobre, et peut-être enverrai-je sept ou huit pages de plus, outre les Amours d'une laicle\ qui feront novembre, en envoyant les épreuves des Orphelins.

Maintenant, tu feras observer à M. Pichot que la Revue devra me laisser reprendre sans contestation Maître Cornélius, qui est dans le quatrième volume des Contes philosophiques, et que mes comptes avec la Revue doivent être largement soldés par Madame Firmiani et la Femme de trente ans; je ne sais même pas si elle ne me devrait pas une centaine d'écus.

Le traité signé, tu enverras l'incluse àBuloz, qui pourra te réclamer de l'argent; alors, tu lui payeras ce qu'il demandera, pourvu que ce soit d'après un arrêté de compte.

Contes philosophiques. Lorsque le quatrième volume paraîtra chez Gosselin, tu m'en enverras deux exemplaires ici. Tu les mettras sous enveloppe, l'un à mon adresse, l'autre à celle de madame la duchesse de Castries; puis tu expédieras ces deux volumes, sous une couverture commune, à M. Lombard, banquier, à Genève. Ma mère chérie, aie bien soin d'envoyer cela aussitôt qu'il y aura des exemplaires brochés.

Puis tu en demanderas dix autres exemplaires, un pour loi d'abord, et les autres que .tu distribueras ainsi, en écrivant de petits billets :

1" A madame de Berny.

2" A madame Delannoy.

3° A madame Carraud (par la diligence).

/i° A M. de Margonne (de même).

5° A M. Nacquart.

6° A Emile de Girardin.

7° A madame Sophie Gay.

\. Cet ouvrage n'a jamais paru.

8" A madame d'Abrantès.

- 9° A Surville.

Et prie Gosselin d'en remettre un de ma part à Philarète Chasles, qui a fait la préface, et un à M, Mame.

Un enfm à M. Jules Sandeau (quai Saint-Michel, 26), en lui écrivant qu'en mon absence, je t'ai chargée de le lui envoyer pour l'offrir a qui de droit.

On m'avait retenu ici une jolie petite chambre, où je suis seul depuis le matin jusqu'à six heures du soir; elle me coûte deux francs par jour. Je fais venir mes repas d'un restaurant voisin; le matin, un œuf et une tasse de lait; ce déjeuner revient à quinze sous, le dîner à l'avenant.

Puis, à six heures, je descends chez la duchesse, et j'y passe la soirée jusqu'à onze heures. Je travaille ainsi douze heures dans la matinée. J'ai commencé la Bataille et je vais continuer sans arrêt, de manière à pouvoir t'envoyer le manuscrit du 25 au 30 du mois.

Madame de Castries est pleine d'attentions très-aimables pour moi. Ma seule distraction est donc ma petite soirée près d'elle. J'ai tant à travailler que je ne puis voir personne. La Bataille finie, j'irai à Genève et à la grande Chartreuse.

Tu vois que ma vie est bien simple et peu chère. J'ai emporté, le 5 juin, cent vingt francs; tu m'as envoyé cent francs d'abord, puis trois cents autres, et j'ai emprunté cent cinquante francs à M. Carraud; total, six cent soixante et dix. Il me reste deux cents francs : c'est donc quatre cent soixante et dix francs pour trois mois; et il y a des voyages, des frais d'auberge et des domestiques largement payés. Hein, mère, si je suis un peu poëte et rêveur, avoue que je suis bien économe !

Mes quatre cents francs me mèneront environ jusqu'à la mioctobre, parce que je compte faire des excursions.

Adieu, ma bonne mère; je t'embrasse de tout mon cœur et je retourne à mon travail. Cependant, peut-être me reposerai -je aujourd'hui. J'ai corrigé en deux jours la Femme abandonnée.

Tu vois que je fais ce que tu veux pour la Revue de Paris, je tendrai la main à M. Pichot et j'oublierai tout. J'ai fait mes comptes: au 15 février, tu auras reçu les dix mille francs. Par ma première lettre, je t'expliquerai comment. —Tu ne me dis rien de mes

coRRESPOxnAxcr:. wi

procès : sont-iis perdus? Mère, un baiser de cœur de ton Honoré.

Garde Paradis avec la cuisinière; mais forme-le au service, au frottage, et surtout à supérieurement faire mes appartements. Cela sera long; mais, s'il est probe, je veux me l'attacher.

As-tu vendu le cabriolet et le cheval nu? tu ne me dis rien de tout cela.

Adieu, ma bonne mère.

Ma foi, j'ai le temps et la place pour te faire le compte'.

De septembre à février, six mois de la Revue de

Paris 3,000 francs.

La Bataille " 2,000 »

Un vohune de Drolatiques 2,000 »

Les quatre volumes nouveaux pour Mame. . . 5,000 »

Voilà 12,000 francs.

Et j'aurai de plus en train le Marquis de Carabas^ et un volume

nouveau de Contes philosophiques. Ainsi, ma bonne mère, comme

je compte faire tout cela pendant mon voyage, je reviendrai à Paris

quitte et net pour le moment, et nous verrons alors. Garde bien de

côté, en ne le mêlant à aucun compte, l'argent du cheval et du

cabriolet.

Adieu encore, ma mère chérie; tu peux annoncer à M. Dieulouard que, dans peu, j'enverrai le manuscrit. La Revue de Paris annoncera l'ouvrage. Je te serre dans mes bras et te baise sur tes chers yeux qui veillent pour moi.

Que Gosselin m'envoie donc le commencement des Religieuses de Poissy! Je fais, par délassement, des contes drolatiques, j'en ai déjà trois d'écrits; j'en suis content.

Veille bien à tout chez moi; renvoie qui tu voudras, fais toutes les économies que tu jugeras possibles.

L ^'a jamais paru.

A MADAME ZULMA CARRAUD, A ANGOULÊME

Aix, septembre 1832.

Je suis arrivé à Aix, mais non pas sans accident. A Thiers, failli périr. En montant sur l'impériale, au moment où j'avais lâché les cordons de cuir à l'aide desquels on se hisse, les chevaux sont partis, et je suis tombé; mais, en tombant, j'ai ressaisi une lanière et je suis resté suspendu. Le coup dont j'ai frappé la voiture, par suite de ce poids de quatre-vingts kilogrammes que nous avons constaté, a été violent, et le fer d'un marchepied m'a ouvert le tibia. Le pantalon, la botte, la blouse, tout a été coupé. Je ne me suis fait panser qu'à Lyon; aujourd'hui, je ne suis pas encore guéri; mais Fescarre s'est formée après quatre bains; je marche, et, grâce aux soins des conducteurs, qui m'ont toujours fait un lit sur leurs impériales, j'irai bien dans deux jours. J'ai déjà pu aller au lac du Bourget en voiture.

Je vous parle de moi très-naïvement. J'ai fait un magnifique voyage dont je suis très-content. Les vallées du Limousin sont encore prédominantes dans ma pensée, même après celles de l'Auvergne. Mais la plaine de la Limagne, opposée à la vallée de Royat, c'est sublime! Il a fait beau. J'ai bien vu, dans toutes les conditions requises, les paysages. Puis, par le plus grand hasard, j'ai eu à Limoges un compagnon de voyage éminemment spirituel et gai, et une bonne âme. C'a été un petjt bonheur. Il est de Limoges et se nomme Dejean.

Ici, je suis venu chercher peu et beaucoup. Beaucoup, parce que je vois une personne gracieuse, aimable; peu, parce que je n'en serai jamais aimé. Pourquoi m'avez-vous envoyé à Aix?

A Lyon, j'ai encore corrigé Lambert. J'ai, comme une ourse, léché mon petit. J'ai encore retranché, et j'ai ajouté une chose que vous ne connaissez pas : ce sont les dernières pensées de Lambert. En somme, je suis satisfait; c'est une œuvre de profonde mélancolie et de science. Vrai, je mérite bien d'avoir une maîtresse, et tous

COKIIKSI'ONDANCE. 441

les jours mon chagrin s'accroît de n'en point avoir, parce que l'amour, c'est ma vie et mon essence.

Vous voyez que je vous écris malgré votre défense ; mais je vous reverrai peut-être bientôt.

La Bataille est commencée ^

M. Berges a dû recevoir son livre. Si les Angoumoisins veulent de moi pour député, je veux bien d'eux pour commettants-.

La poste ne part que trois fois par semaine d'Aix pour la France. J'ai une petite chambre simple, d'où je vois toute la vallée. Je me lève impitoyablement à cinq heures du matin et travaille devant ma fenêtre jusqu'à cinq heures et demie du soir. Mon déjeuner me vient du .cercle : un œuf. Madame de Castries me fait faire de bon café. A six heures, nous dînons ensemble, et je passe la soirée près d'elle. C'est le type le plus fin de la femme. Madame de Beauséant en mieux; mais toutes ces jolies manières ne sont-elles pas prises aux dépens de l'ârne?

Si mademoiselle Marinettissima est encore près de vous, vous l'embrasserez sur le col pour moi, son champion. Vous ne m'oublierez pas auprès du haut et puissant seigneur Borget , ni de madame. J'ai avec madame Raison cette similitude que je souffre du tibia. C'est une flatterie. Rappelez-moi au souvenir de cet excellent latiniste M. Raison. Je ne vous parlerai pas du bon commandant : il y a toujours à la fin de mes lettres une bonne poignée de main pour lui. Puis, pour vous, je vous laisse à deviner tout ce que je ne mets pas ; mais vous me permettrez de baiser de loin votre jolie main, si onctueuse, si douce, et qui inspire.

Vous voulez donc me confondre? Madame Nivet, que j'ai eu le temps de voir, m'a parlé des vases.

Je me vengerai!...

La voiture d'Angoulême arrive à Limoges le matin à six heures, et celle de Lyon part à dix. Votre neveu m'a montré la ville, et j'ai déjeuné avec votre sœur et son mari. Votre sœur est très-souffrante ; elle a un visage bien fatalement coloré. Je n'ai pas eu de peine à la croire d'une santé chancelante.

1. La Bataille d'Austerlitz, dont Balzac parle si souvent, devait faire partio des ScKNES DE LA ViE MiLiTAïuE, mais elle n'a jamais paru, ti. M. Berges devait Ctre un des imtrons de cette candidature.

at CORRESPONDANCE.

J'oubliais étourdiment de vous parler de Cet incident agréable de mon voyage et qui vous intéresse doublement.

He-adieu ! En mon absence, vous recevrez mon Lambert. Si j'avais été à Paris, j'eusse pu en envoyer un à vos voisins ; mais cela est difficile. Il faudrait, d'ailleurs, leur donner les quatre volumes, et mon libraire m'a annoncé à Lyon le prochain épuisement. A la prochaine édition, je serai plus libre de reconnaître leurs gracieusetés.

Vous savez tout ce qu'il y a ici pour vous; mais vous ne le savez pas bien.

A MADAME LAURE SURVILLE, A PARIS

Aix, 15 septembre 1832.

Un souvenir à toi, ma sœur bien-aimée ! au milieu de mes voyages, j'ai vu des pays délicieux ; j'en verrai de plus beaux encore peut-être; je veux que tu saches qu'ils ne peuvent te faire oublier.

De ma chambre, je découvre toute la vallée d'Aix; à l'horizon, des collines, la haute montagne de la Dent-du-Ghat et le délicieux lac du Ëourget; mais il faut toujours travailler au milieu de ces enchantements : ma mère t'aura dit que j'ai quarante pages à fournir par mois à la Revue de Paris.

Me voilà entre trente et quarante, chère sœur, c'est-à-dire dans toute ma force; il faudrait maintenant écrire mes plus beaux sujets, qui doivent faire le couronnement de mon œuvre; je verrai, à mon retour, si j'aurai la tranquillité qu'il me faut pour aborder ces grands ouvrages.

Ma mère t'a dit aussi sans doute que j'ai manqué périr sous les roues d'une diligence; je m'en suis tiré avec un accroc à la jambe, mais des bains et le repos la guérissent. J'ai pu me faire conduire hier en voiture au lac.

Je suis aux portes de l'Italie et je crains de succomber à la tentation d'y entrer. Le voyage ne serait pas coûteux; je le ferais avec la famille Fitz-James, qui m'y donnerait tous les agréments possibles; ils sont tous parfaits pour moi; je voyagerais dans leur

voilure, et, toute dépense calculée, il en coûterait mille francs pour aller de Genève à Rome. Mon quart serait doue de deux cent cinquante francs. A Rome, il me faudrait cinq cents francs; puis je passerais l'hiver à Naples; mais, pour ne pas toucher aux recettes de Paris et les laisser tout entières affectées aux échéances, j'écrirais pour Mame le Médecin de campafjne, et ce livre payerait tout.

Je ne retrouverai jamais pareille occasion. Le duc connaît Tltalie et m'épargnerait toute perte de temps; les ignorants en dépensent beaucoup à voir des choses inutiles. Je travaillerais partout ; â Naples, j'aurais l'ambassade et les courriers de M. de Rothschild, dont j'ai fait ici la connaissance, et qui me donnera des recommandations pour son frère ; les épreuves iraient donc leur train et le travail aussi.

Cause de ce projet avec ma mère, et écris-moi bien en détail sur vous tous.

Une poignée de main au féroce républicain.

Page 1