‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 90 sur 229 · Par Jules Janin · texte numérisé non relu

Par Jules Janin

A LA MÊME

Genève, octobre 1832.

Ma mère bien-aimée.

11 est plus sage à moi de rentrer pour trois mois en France. Il m'est impossible, malgré l'obligeance des Rothschild et des ambassades, d'imprimer de loin le Médecin de campagne, la Bataille, le second dizain des Contes drolatiques, et les Études de femmes. La troisième édition des Scènes de la vie privée est épuisée; je veux profiter de cela pour en retrancher deux scènes, et y en ajouter une nouvelle, plus morale que celles que je retrancherai.

J'ai aussi en vue un remaniement des Contes philosophiques pour la quatrième édition, que je ferai aux environs d'avril.

Puis il faut songer aux articles de la Revue et en laisser de tout composés à mon départ. D'ailleurs, mes compagnons de voyage ne seront à Naples qu'en février.

Donc, je reviens, mais non pas à Paris : mon retour ne sera connu de personne et je repartirai en février pour Naples par Marseille et le bateau à vapeur.

Je serai plus tranquille sous le rapport de l'argent et des obligations littéraires; j'aurai assez d'argent pour avoir tout payé, et personne n'aura une ligne à me demander.

J'ai envoyé les mille francs à Naples, moins cent francs qui m'étaient nécessaires. J'en compterai avec Mame, auquel j'apporte une belle œuvre, du moins, je l'espère telle.

Je ne sais encore où j'irai; mais ne parle de mon retour à personne, si ce n'est à Laure et à Surville.

Je suis bien mécontent de M. Laurentie, mais content de Pichot pour la Lettre à Nodier; les Orphelins sont à l'imprimerie, et il y aura un beau mois de novembre.

Ne donne plus rien au tailleur; réserve bien l'argent de la Revue de Paris pour m'accumuler un capital.

Je pars ce soir; mais j'irai je ne sais pas où, car je coupe la route à Dijon, où je couche.

Adieu, ma bonne mère; mille tendresses.

A LA MÊME

Nemours, 5 novembre 1832.

Ma mère bien-aimée,

Conserve ta maison; j'avais déjà répondu à Laure. Je ne. laisserai ni à toi ni à Surville le fardeau de mes affaires.

Mais, jusqu'à l'arrivée de mon mandataire, il est convenu que Laure, qui est ma caissière, te remettra cent cinquante francs par mois. Tu peux compter sur ce payement régulier; rien au monde ne passera auparavant. Puis, de fin de novembre à 10 décembre, tu auras l'excédant des trente-six mille francs et ce qu'il y aurait à et rembourser, par suite d'un trop de dépense, sur les recettes que tu as faites pour moi pendant le temps de ta gestion, où, grâce à ton dévouement, tu m'as donné ce qu'il était possible d'obtenir de tranquillité.

Tu peux demander à Laure le mois de novembre. Si elle ne l'avait pas, il te serait donné à la fin du mois sur la recette de la Bévue de Paris affectée à ce payement. Je t'ajourne pour le surplus entre le 30 novembre et le 10 décembre, parce qu'il peut y avoir de l'incertitude pour quelques jours sur l'époque précise d'un payement qui me sera fait.

Laure m'écrit que tu peux trouver pour ta maison un locataire à deux mille cinq cents francs; ça ne serait pas une mauvaise affaire en lui imposant les contributions.

Je te remercie bien vivement, ma bonne mère, de ce que tu veux faire pour moi; si j'étais moins accablé de travaux, je pourrais m'étendre là-dessus, mais le temps sera mon avocat.

Adieu; je t'embrasse de toute mon âme et désire que tu l'arranges enfin une vie paisible et tranquille; pour mon compte, je ne veux plus désormais t'apporter ni ennuis ni soucis d'aucune espèce. Faispromptement le compte, pour que CQqui est affaire d'intérêt soit assuré sans retard. Quant à des chagrins personnels, je ne pourrai guère t'en donner, si tu ne doutes pas de mon cœur, car je serai pour longtemps absent.

Mille tendresses.

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