‹ Correspondence 1819-1850Chapitre 2 sur 81 · MADAME DE V · texte numérisé non relu

MADAME DE V

(en lui envoyant les épreuves corrigées de Béatrix),

Paris, 1840.

Ma chère amie,

Voici les épreuves de Béatrix, ce livre auquel vous m'avez fait porter une affection que je n'ai jamais eue pour aucun livre, et qui a été l'anneau par lequel nous avons fait amitié.

Je ne donne jamais ces choses qu'à ceux qui m'aiment, car elles témoignent de mes longs travaux et de cette patience dont je vous parlais. C'est sur ces terribles pages que se passent mes nuits; et, parmi tous ceux à qui j'en ai offert, je ne sache pas de cœur plus pur et plus noble que le vôtre, malgré ces petites atteintes à la foi qui ne viennent sans doute que de l'excessif désir que vous avez de trouver un pauvre auteur plus parfait qu'il n'est possible.

Ce matin, j'achevais de vous écrire, chère amie, quand le directeur des beaux-arts est venu pour la seconde fois. Il m'a offert momentanément une indemnité qui ne faisait

pas votre sommet.. J'ai refusé. Je lui ai dit que j'avais droit ou non, et que, si c'était oui, il fallait que mes obligations envers des tiers fussent au moins remplies; que je n'avais jamais rien demandé; que je tenais à cette noble virginité, et que je voulais ou rien pour moi, ou tout pour les autres.

Il s'en est allé très-heureux, m'a-t-il dit, de ce que je lui disais, et m'a remis pour une plus ample satisfaction à l'issue de la lutte parlementaire.

Je vous rapporte cela, parce que ce sont vos affaires.

D'ailleurs, malgré cet échec et ma maladie , mon courage n'est pas abattu. Je pourrai puiser à d'autres sources, celles de la librairie, pour remplir mes engagements.

Je vous envoie mille amitiés, et me sens un peu fatigué, ce soir.

Adieu, chère!

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