DL'O DE BILBOQUET
pair de France et autres lieiix.
CGGXXIII.
AU MEME
Paris, décembre 1846.
Merci, mon bon Georges, de vos deux lettres! merci, chère et charmante Anna! Eh bien, vous êtes donc fêtés, vous vous amusez et vous soignez votre chère maman! Je me désole d'être ici tout seul, sans ma troupe. Que Georges se rassure : sa bibliothèque ne sera pas achetée faute d'espace, car c'est une excellente affaire, comme placement. Enfin, j'ai pu jouir de l'aspect de la magnifique potiche géorgienne; elle va dans mon estime immédiatement après mes grands mandarins ; elle fait l'admiration des marchands, qui demandent où je trouve de pareilles choses; et je leur réponds : « Ah ! j'ai de fameux commis voyageurs!... » Cette potiche est saine et entière, c'est un grand mérite. Le plat d'Anna est un de plus beaux que j'aie vus. L'illustre bronzier Paillard a ordre de le faire tenir debout, empoigné par deux lions. Et il sera glorieusement installé, au-dessus du meuble hollandais acheté en présence de Georges à Amsterdam, entre sa potiche et celle de Bosberg. Tout, mes chers amis, est arrivé dans un parfait état, sans une écornure, et la bonne douane parisienne, prenant des ff (florins) pour des francs, ne m'a demandé que quarante-huit francs de droits.
Le grand plat fêlé va être restauré , on en fera un guéridon. Voilà les nouvelles de vos folies, ô Zéphirine, ô
Gringalet! heureux saltimbanques, qui faites peut-être trop voir votre bonheur à la patrie des porcelaines. Vous saurez que, moyennant soixante-quinze francs, j'ai eu le bonheur incroyable de compléter le service à thé de Wiesbaden; j'ai le sucrier et le pot au lait absolument pareils, et signés du même numéro; vous ignoriez, et moi aussi, que ce fût un service de Watteau. Atala, menée par son charmant beau petit nez fin, a mis sa belle patte làdessus. Et vous saurez avec étonnement, que, complet, cela vaut deux mille francs, offerts... Mais aucune détresse ne déterminera le père Bilboquet à lâcher de pareils souvenirs. Tout ce à quoi vous avez touché, ce qui me rappelle les deux ouistitis chéris, les deux amoureux, les deux zingaris, tout cela m'est sacré. Je vous quitte pour aller boire mon poison de café dans la tasse à couvercle d'Anna. Vous avez pu voir comme je travaille! Eh bien, ce n'est rien auprès de mes obligations et de mes travaux d'aujourd'hui. Il faut tout gagner, tout payer à la pointe de cette plume qui vous dit ce matin mille tendres choses et qui vous envoie mille vœux de bonheur.
J'ai acheté, pour la chambre des amis, le lit prétendu de madame de Pompadour; je ne sais pas de qui il est, mais je vous assure qu'il est magnifique, et on le dore à neuf. Enfin, le salon de l'hôtel Bilboquet paraissait si mesquin à côté des deux pièces à coupoles sculptées et peintes en Louis XVI, que j'ai acheté tout un salon en boiseries sculptées de la dernière magnificence comme art, et il est douteux qu'il y en ait un pareil à Paris. Lf s sculpteurs de celte époque sculptaient d'après les fleurs naturelles et vivantes, et cela se voit par la disposition
et la légèreté des sculptures. Quant à dorer cela, je n'ai pas, hélas! la monnaie de la chose, cela écraserait d'ailleurs la pièce, qui n'est guère élevée.
Adieu; mille choses affectueuses. Votre chère maman aura demain une longue lettre.
CGCXXIV.