CCCXXXIV
A MADAME DE BALZAC, A SURESNES, Vierzschovnia, janvier 18 48.
iMa chère mère,
Je te remercie du fond du cœur des quelques lignes que tu as jointes à la lettre de Laure, et je vais mettre ta complaisance et ton exactitude à contribution.
M. Gavault est chargé par moi de faire une échéance excessivement lourde à fin février 18/i8; mais M. Gavault a des affaires, et ce serait abuser beaucoup de sa bonté que de lui faire passer un ou deux jours à attendre, rue Fortunée, les arrivées très-capricieuses des effets à toucher là. Aucun des deux domestiques ne sait lire; personne que toi ne connaît bien ma signature et mon écriture. Donc, j'écris à M. Gavault le petit mot ci-inclus, que tu lui portenis. M. Gavault te remettra les fonds la veille de l'échéance, et tu retireras tous les effets, que tu lui reporteras acquittés. La veille, M. Gavault ira dire qu'on fasse du feu dans la salle à manger; on chauffera bien le calorifère, et l'Italienne te fera à déjeuner et à dhier. S'il fallait revenir le lendemain, car il y a des billets qui souvent viennent le surlendemain, tu voudrais bien y retourner. Je tiens, pour bien des motifs, à ce que les choses d'argent se passent en mon absence comme si j'y étais : il ne s'agit pas là de mes intérêts, il s'agit de ceux d'une personne qui m'est chère. Ainsi, je ne peux me fier qu'à toi pour une affaire de ce genre.
L'année 18^8, par des causes indépendantes de toute volonté, me sera très-lourde et difficile à passer. Je travaille ici comme si j'étais à Paris.
Toutes mes dettes auront été payées par moi, et avec ma plume. Ce n'est qu'en 18/j9 que je commencerai ma propre fortune. En ce moment, tout le monde a des ennuis.
Mille tendresses ; j'espère que je vous trouverai tous bien portants. Pour moi, je vais très-bien.
GCCXXXV.