II
la guerre extérieure peut avoir sur ces associations armées de royalistes dans l'ouest de la France , et les conséquences que peut avoir cette ligue avec la guerre extérieure. Stofflet a , en effet , pins de crédit et marque plus de conduite , de tenue et de talent que Gharette. Il est né à Miilheim, en Souabe, et est âgé de quarante -deux ans; ancien gardechasse du comte de Maulevrier, il n'a aucun des défauts des parvenus. Il a été le dernier à traiter avec la République et le dernier à reprendre les armes, parce que, avec raison, il jugea le moment défavorable; il a conservé toute sa force, tandis que Gharette a essuyé plus d'un revers pour avoir précipité le moment des hostilités, lorsqu'il était hors d'état de se porter à la côte et de faciliter le débarquement de Monsieur.
Les cantonnements de Stofflet sont en paix, tous les ordres s'y donnent de la part du Roi, et les paysans sont, s'il est possible , encore plus royalistes que leur chef.
Stofflet peut armer quinze mille paysans ; Scepeaux, autant, et Gharette, vingt à vingt-cinq mille.
Quant aux chouans, leur nombre, depuis Dreux et Alençon jusqu'à Brest, passe quatre-vingt mille, mais divisés en une infinité de bandes particulières, sous des chefs distincts, insubordonnés , mutuellement jaloux de leur autorité et ne reconnaissant guère que pour la forme celle du comte de Puisaye, que j'ai eu l'honneur de dépeindre antérieurement à Sa Majesté Impériale et Royale, et dans la tète duquel il entre encore plus d'ambition que de royalisme, et de talent d'intrigue que de talents militaires.
De tous ces chefs soit de la Vendée , soit des chouans , il n'en est pas un qui puisse en ce moment disposer d'un million et tenir un mois la campagne avec quinze mille hommes.
•» La chouannerie devient une espèce d'ordre militaire et religieux , une confrérie véritable où l'on s'agrège par affiliation; ainsi s'est formée la puissance formidable des jacor bins; dès longtemps les royalistes auraient dû l'imiter. Il v a des chouans partout, dans le Midi comme dans l'Ouest : il en existe à Versailles, à Fontainebleau, à Paris même.
Très-longtemps, les chouans n'ont été que des voleurs de grands chemins : ils se ressentent encore de leur origine ; ils se soutiennent par un brigandage qui ne serait que de représailles avec les républicains, mais qu'ils exercent sur les royalistes constitutionnels, sur les prêtres jureurs, sur les acquéreurs de biens du clergé, sur les bourgeois et les paysans qui n'ont pas abjuré la Révolution tout entière. Ce fanatisme exterminateur et pillard est une des causes qui ont nui et qui nuiront aux progrès de la chouannerie, si les agents du Roi ne parviennent à s'en rendre maîtres et à la diriger d'après une politique plus éclairée.
La terreur fait des prosélytes aux chouans comme elle en fait aux jacobins ; on se joint à eux pour en être épargné, et il existe des chouans, comme des républicains, yb?ce5.v/
Au premier article de paix signé entre les puissances belligérantes et le Directoire , ces foyers d'insurgents, ces noyaux monarchiques seraient balayés par les troupes républicaines, devenues inactives à la frontière. Ils occupent en ce moment environ quarante à cinquante mille hommes, réduits à faire avec eux une guerre inutile d'escarmouches, et qui ne suffisent pas à beaucoup près, même avec le secours des gardes nationales sédentaires, à protéger les patriotes dans les départements coalisés. >-
Quatre-vingt ou cent mille soldats républicains deviendraient nécessaires et seraient encore trop faibles, si la Vendée et les chouans avaient jamais ce qui leur manque,
4 CORRESPOINDAINCE DE MAI.LEÏ DU PAN
un centre d'autorité, une organisation commune, un plan assorti aux dispositions publiques, des secours d'armes, des munitions et des subsides.
Il paraîtra surprenant que le Directoire veuille continuer la guerre extérieure, ayant à cinquante lieues de Paris cette guerre intestine dont il n'ignore pas les progrès et dont il tait les événements, afin doter aux pacifiques un motif de plus de presser la paix.
Le Directoire n'ignore pas que tant que ses armées seront dans les Alpes et sur le Rhin, le vendéisme se fortifiera en Poitou, en Bretagne et en Normandie; mais il se tranquillise tant que cette guerre, quelque fiiliguante et même dangereuse qu'elle soit pour la République , reste sans chef puissant et suprême, sans secours fixes, sans direction centrale , sans argent suffisant pour la monter sur un pied de guerre organisée. Les envois de l'Angleterre ont suffi à prévenir la fin de cette insurrection, sans la mettre à même d'avoir des succès d'un ordre supérieur ; l'opinion des chefs, des observateurs, des royalistes les plus prononcés dans ces contrées, est unanime à cet égard; c'est aussi sur quoi se fonde le Directoire : «Les chouans, la Vendée, dit-il, n'ont que des moyens de révolte, et nul de succès durables. »
Parmi les raisons qui décident le Directoire à prolonger la guerre, l'une des plus influentes est certainement que la paix ôterait tout prétexte au pouvoir illimité qu'il s'est arrogé : la guerre, d'ailleurs, lui procure la facilité de placer, de récompenser, de multiplier ses créatures. La ruine des finances et celle de la plupart des ressources qu'on leur substitue, tant de moyens oppressifs et désastreux seraient inexcusables en temps de paix , et cependant la cessation même de la guerre ne délivrerait pas le gouvernement de la nécessité d'y avoir recours; mais le prétexte d'en-
nemis extérieurs à combattre couvre ces extorsions démesurées.
Ces motifs, cependant, sont tellement évidents qu'ils n'échappent point aux antagonistes des meneurs, à tous ceux qui ne profitent pas des nouveaux pouvoirs ou qui jalousent les attributions dictatoriales. Ils disent ouvertement que la guerre, de nationale qu'elle était, va devenir gouvernementale, parce que c'est le gouvernement qui refuse des conditions de paix nécessaires et équitables. Cet esprit et cette distinction refroidissent généralement le zèle belligérant, et de plus en plus gagnent les armées.
Il est très-remarquable que la paix et la guerre sont également désirées par les divers partis qui voudraient renverser la République. Les anciens et vrais royalistes, les agents, partisans , affiliés à la Vendée et les chouans veulent la guerre avec autant d'ardeur qUe le Directoire et ses bureaux. Les royalistes mitigés, les indépendants, les égoïstes, les rentiers ruinés, les gens paisibles voudraient la paix, dont ils espèrent des ressources pour refaire à leur gré une mauvaise monarchie, sans intervention étrangère.
Les jacobins prêchent aussi la guerre, parce qu'ils croient le Directoire lié à leurs intérêts, quoique ce conseil n'ait dans le fait aujourd'hui d'autre parti que celui de sa conservation ; et comme le parti jacobin est essentiellement subversif et anarchique, il ne peut aller longtemps d'accord avec aucune autorité. /
Gela explique pourquoi, et tout à coup, le Directoire, effrayé de l'ascendant qu'il avait rendu aux jacobins, a suspendu les déplacements d'administrateurs. Les destitutions opérées ne sont pas en proportion de la quantité de royalistes masqués, de modérés, de sectionnaires, qui restent encore en place. Le Directoire a senti que le sans-
culottisme est ignare et désobéissant partout ailleurs que dans les grands troubles , et que pour gouverner il faut des hommes qui sachent au moins signer leur nom.
Ainsi le Directoire , par sa politique forcée , va se trouver entre des coopérateurs antirépublicains et les jacobins qui veulent tout ou rien, tous les emplois ou point de gouvernement qui les leur dispute. Cette division partage aussi le corps exécutif. Barras , l'un des chefs thermidoriens dans ce conseil, et qui conjure avec Tallien en faveur du jacobinisme , se trouve en minorité momentanée ; il parle de sa démission, et l'on parle de sa destitution. Le Tourneur de la Manche, autre directeur dans le sens de Barras, fera probablement un second vide. Il eût été contre nature que cette machine existât sans chocs. La paix, la guerre, le gouvernement sont soumis à l'influence forcée des événements intérieurs que des causes encore naissantes feront naître dans l'année, causes dont j'aurai l'honneur d'entretenir incessamment Sa Majesté l'Empereur et Roi.
Les réquisitions d'hommes et de choses se poursuivent, mais avec une foule de difficultés; on a assez bon marché des tilles où l'autorité est présente , mais dans la moitié des départements les campagnes refusent de livrer leurs jeunes gens, leurs chevaux, leurs denrées et l'emprunt forcé.
Le recouvrement de celui-ci est si lent et si incomplet, que le gouvernement a été obligé de se servir d'anticipations sur cet emprunt , soit de rescriptions payables à trois mois de date. Sur-le-champ, ces billets ont perdu 30, 35 et 39 pour 100 sur la place ; en sorte que le Directoire est réduit à un crédit de 156 pour 100 par année. Les assignats continuent à tomber, le louis d'or vaut 5,650 livres.
Berne, le 20 février 1796.
Le projet de pénétrer coûte que coûte dans le Piémont et dans le Milanais occupe par-dessus tout le Directoire. En conséquence, on a disposé et l'on dispose des forces considérables pour joindre l'armée d'Italie. Ces troupes passent journellement à Lyon par détachements nombreux ; il s'en rend également à Nice du Languedoc, ainsi que de gros trains d'artillerie et des convois de munitions de guerre. On se propose de prévenir les alliés , d'ouvrir la campagne de très-bonne heure et par une offensive vigoureuse. C'est un fait positif dont je suis informé de première source.
Jourdan est le favori du Directoire comme il était celui du Comité de salut public; c'est lui qui a donné le plan et les plus belles espérances pour la campagne prochaine. Pichegru, au contraire , a cité l'épuisement et le mécontentement des armées , il a montré des doutes sur de nouveaux avantages; en conséquence, Jourdan a été comblé de présents, de fêtes et de confiance, et l'on n'a témoigné à Pichegru que de l'humeur ^.
Outre les motifs annoncés antérieurement à Sa Majesté l'Empereur et Roi qui poussent le Directoire à une nouvelle campagne , il en est un encore de la plus grande évidence ;
' Quelques fragments de ce numéro ont été publiés par Savous, t. II, p. 215 à 219.
2 II fut remplacé par Moreau, et refusa l'ambassade de Suède qu'on lui offrait.
c'est qu'en supposant des revers, ils ne mèneraient les alliés qu'aux portes des forteresses françaises; le Directoire pense qu'alors il serait toujours à temps de consentir aux conditions qu'il refuse aujourd'hui; un grand coup de collier peut lui conserver ses conquêtes actuelles, tandis que des défaites ne laissent rien à craindre pour l'intérieur de la France.
Tel est le raisonnement que les principaux meneurs ont opposé aux pacifiques; mais Sa Majesté l'Empereur et Roi me pardonnera la sincérité avec laquelle j'ai l'honneur de l'assurer que le Directoire met bien moins de confiance dans cette alternative, que dans l'irrésolution, le défaut de tenue et d'audace , la crainte et les variations qu'il suppose à ses ennemis. Il ne se déguise point l'étendue de son épuisement, mais il est convaincu que l'étranger ne saura en attendre ni le terme , ni les conséquences infaillibles , ni en tirer parti par des opérations hardies et des moyens formidables. Il sait la haine que lui porte la France entière , le dégoût de la guerre qui a gagné le peuple et les armées , les suites terribles qu'auraient dans l'intérieur quelque revers sérieux à la frontière, avant que la machine militaire soit complètement réorganisée ; mais il se repose sur l'exemple du passé et sur le peu de confiance que la nature de la guerre étrangère inspire aux mécontents de l'intérieur. Jamais sa présomption ne fut plus démesurée et son effronterie plus à découvert. Les membres du gouvernement parlent tout haut des corruptions qu'ils espèrent pratiquer parmi les généraux de leurs ennemis, et de la terreur dont il a pénétré tous les cabinets. Voilà mot à mot, et avec la plus scrupuleuse fidélité, les espérances, les projets et les discours de ceux qui participent à l'administration des affaires. Tous avouent qu'ils n'eussent pas disputé un quart d'heure sur les limites, si les hésitations, les incertitudes, les variations, les dissen-
timents des principales puissances de l'Europe ne fondaient leur espoir de continuer la guerre avec succès.
Ce défaut de crainte et même de considération des républicains français pour les étrangers a été étonnamment fortifié par les paix partielles , par les cajoleries flétrissantes dont quelques-unes des puissances pacifiées et plusieurs des États neutres ne cessent de rassurer les régicides français. La harangue du prince Gorsini ' au Directoire a produit plus d'effet qu'une victoire : ce langage a confondu même les républicains.
Leur insolence et leur audace s'en augmentent à tel point, qu'ils traitent les envoyés étrangers qui sont à Paris précisément comme ils traiteraient ceux de leurs tributaires; il n'est point d'avanies et de marques de mépris qu'on ne leur fasse essuyer. Plus ils mettent de bassesse dans leurs démarches, qui sont de véritables supplications, plus le Directoire les traite avec outrage; c'est le ton des consuls romains avec les rois de Gappadoce. Le plus vil gueux ne craint pas de témoigner publiquement qu'il regarde ces envoyés comme des hommes sans honneur.
Voici deux anecdotes récentes et certaines à ce sujet :
Merlin de Thionville apercevant, il y a quinze jours, le baron de Staël au Conseil des Cinq- Cents, lui frappe sur l'épaule, et lui dit devant quatre cents personnes : « Vous êtes un tas de gueux^ vous autres ambassadeurs; vous n êtes ici que pour nous espionner et favoriser V agiotage; on ferait bien de vous chasser tous. »
Trois jours auparavant, Legendre, marchand boucher, septembriseur, l'un des chefs thermidoriens, dit, en plein Comité secret du Conseil des Anciens, à peu près les mêmes
1 Moniteur du 16 pluviôse an IV (5 février).
choses que Merlin, et pour preuve des intrigues infâmes de tous ces polissons (tels furent ces termes), il ajouta : « Le « baron de Staël est venu chez moi me rechercher et m'a « dit : Citoyen représentant, viens dîner chez moi, je te ferai « faire bonne chère, je te donnerai du bon vin, et ma femme « n'y sera pas. «
Tel est le degré d'opprobre où sont et seront plongés les ministres des puissances quelconques qui en sont encore à savoir qu'elles ont affaire à une troupe de bandits, et cela tant que la Révolution restera debout.
J'ai eu l'honneur de peindre à Sa Majesté Impériale et Royale les thermidoriens dont Tallien est le chef, comme des hommes perdus, indifférents à tout système de gouvernement républicain ou monarchique, faisant de la Révolution un trafic et cherchant à tout prix leur sûreté, leur domination et leur fortune. Ne voyant dans le régime républicain que des alternatives de massacres par des factions tantôt victorieuses, tantôt vaincues, ils en feraient sortir la France s'ils pouvaient trouver un monarque à leur dévotion, de leur choix et reconnaissant de ce bienfait, usurpateur de la couronne sur son légitime possesseur et par conséquent dans leur dépendance, intéressé comme eux à maintenir le nouvel ordre de choses qu'ils institueraient.
C'est là que tendent leurs arrière-pensées et même celles des trois quarts des républicains en chef, et c'est dans ce but que Tallien a monté à Madrid une intrigue dont j'ai pénétré l'existence et dont je me hâte d'informer Sa Majesté.
Tallien a épousé une fille de Gabarrus, le Necker de l'Espagne, banquier français, devenu ministre des finances, plein d'ambition et d'intrigues, justement disgracié et enfermé sous le ministère de M. le comte de Florida Blanca. Sa fille divorcée à la suite d'une conduite scandaleuse, pas-
sionnée, spirituelle, jolie, et non moins ai^ibitieuse que son père, s'était formé une cour d'intrigants et d'intrigantes, et a procuré à son mari ses relations en Espagne. Ce misérable souillé de sang et qui passe généralement pour être l'empoisonneur du jeune Roi au Temple, a été le principal entremetteur de la paix avec l'Espagne. Il a une correspondance intime et régulière avec le duc d'Alcudia ; par une suite de cette liaison, il est parvenu à faire rendre à son beau-père tous ses honneurs, sa place, sa fortune et même des indemnités. Il a fait écarter et exiler les principaux ennemis de Cabarrus. Le duc d'Alcudia lui a annoncé cette nouvelle dans une lettre qu'il a reçue au milieu de janvier; lettre remplie de flagorneries et de protestations d'amitié les plus humbles, lettre que Tallien a communiquée à deux cents personnes, et que l'un de mes correspondants a lue en original.
Tallien ne s'en est pas tenu à ce moyen d'intelligence avec la cour de Madrid : il a voulu y avoir un agent à lui. En conséquence il a demandé au Directoire la place de consul général en Espagne pour une de ses créatures ; Rewbell, qui le déteste, et qui peut-être a soupçonné ses desseins, a nommé à cette place un marquis de Roxantes, officier de marine espagnole ou basque, qui s'est jeté dans la Révolution. Tallien, ayant épuisé inutilement ses efforts pour captiver ce Roxantes et l'engager à son service ou à donner sa démission, a demandé pour lui-même le consulat : nouveau refus. Cet incident a envenimé la discorde dans le Directoire, où Barras et Le Tourneur sont les agents de Tallien.
Ce dernier a imaginé de proposer au duc d'Alcudia la couronne de France pour l'un des infants; c'est pour suivre cette intrigue que Tallien voulait accréditer un de ses aflfidés en Espagne, et son intimité avec l'étrange premier mi-
nistre de cette monarchie a aujourd'hui pour base ce projet, auquel Gabarrus ne manquera pas de travailler. "^ Quant aux partisans du duc d'Orléans, quoique assez nombreux, ils sont toujours sans aucune influence. Ce prince n'en a aucun ni dans le gouvernement, ni dans le Corps législatif. Sieyès, dont on a fait son tuteur, n'est partisari que de lui-même, de sa jalousie, de sa république universelle et de son humeur atrabilaire. Le duc d'Orléans passe» d'ailleurs, à Paris pour avoir refusé les propositions de ses amis. X
La dislocation de l'empire français, le renversement des têtes, la subversion des intérêts, et l'autorité permanente dans les mains de scélérats pour qui cette révolution est un calcul, nous préparent à voir tôt ou tard la royauté mise à l'encan par l'une des fractions dominantes, et vendue à celui qui la payera le mieux, comme les prétoriens vendirent l'empire romain. Cependant le Roi légitime et sa branche l'emporteraient certainement sur ces conjurations désespérées, sans le dénûment total où ils sont plongés, et si le Roi fléchissait davantage sous le poids des circonstances. > J'eus l'honneur, il y a six semaines, de prévenir Sa Majesté Impériale et Royale de la division qui se préparait dans le Directoire, et qui est maintenant publique. Barras et Le Tourneur y tiennent pour les thermidoriens et les jacobins coalisés. Rev^^bell, qui ne vaut pas mieux, mais qui les hait, et dont la grossière insolence ne sympathise pas avec celle de ses collègues, leur est opposé en chef. Carnot» fourbe et délié, ne pardonnant pas aux thermidoriens d'avoir voulu le perdre après la mort de Robespierre dont il était collègue et coopérateur au Comité de salut public, s'est joint à Rewbell, pour le perdre s'ils parviennent à maîtriser leurs ennemis : enfin La Revellière-Lepaux, assez insignifiant, a
donné sa voix contre les thermidoriens, et complète le triumvirat qui forme pour le moment la majorité du Directoire.
C'est surtout dans la rivalité à placer ou à déplacer leurs créatures, que la discorde des deux partis s'est manifestée. Barras a exigé la démission d'Aubert du Bayet, ministre subalterne de la guerre, plus subalterne que sa place, lâche Protée, n'ayant pour tout talent que la fausseté et le babil dauphinois. Barras lui substituait un Corse, qu'il a fait nommer commandant de la force armée de Paris, scélérat profès et absolument livré aux thermidoriens. La majorité, effrayée de cette connexion, a maintenu Aubert du Bayet; enfin, par un espèce de mczzo termine et en attendant mieux, on envoie ce ministre à Gonstantinople en qualité d'ambassadeur, pour y tenter d'amener la porte ottomane à une rupture, et le ministère de la guerre a été remis à un Breton inconnu nommé Petiot \ ci-devant commissaire ordonnateur de l'armée de Sambre-et-Meuse. Ce dernier passe pour un homme assez sage ; aussi l'on peut être sur qu'il ne conservera pas longtemps sa place.
>■ Pour trouver un motif d'expulser Barras du Directoire, on l'a attaqué sur son âge, en publiant une déposition assermentée et publique qu'il fit en 1790, et d'où il résulte qu'il n'a pas quarante ans, âge prescrit pour entrer dans le Directoire. Mais cette niche, soufflée par Rewbell, n'a point passé la limite des feuilles publiques : Barras a bravé cette •accusation de faux; personne n'a osé la soutenir au Corps législatif, quelque prouvée qu'elle fût. >-
Ce Barras, véritable flibustier, a la direction de la sûreté de Paris et tient dans sa main tous les coupe-jarrets, les
* Séance du 20 pluviôse (Moniteur du 13 février).
septembriseurs, les égorgeurs de la République : c'en est assez pour le rendre très-redoutable : lui et Le Tourneur tiennent des conciliabules secrets avec Tallien dans une maison de campagne à Montrouge, près Paris.
Il paraît donc très-vraisemblable qu'incessamment l'un des deux partis chassera l'autre : cette révolution en amènera encore une nouvelle dans la direction des affaires. Depuis quelques jours, les déplacements d'administrateurs honnêtes et les nominations de jacobins aux emplois se renouvellent. On vient d'instituer à Paris douze municipalités qui ne sont autre chose que douze comités révolutionnaires dans la main du ministre de la police. Les trois quarts de leurs membres sont des terroristes enfermés après la mort de Robespierre'. Plusieurs étaient chefs d'égorgeurs en 1792, 1793 et 1794. Le ministre de la police, Merlin, exerce celte place avec la tyrannie et l'arbitraire les plus effrontés. On ferait empaler à Gonstantinople un cadi ou un pacha qui se permettrait de transgresser ainsi chaque jour les lois écrites. Ce Merlin fait arrêter à tort et à travers, sans forme de procès, expédie dans les départements les ordres les plus despotiques et parle de justice et de vertu, ainsi que le Directoire, dans ses proclamations.
Le ministre des finances, n'ayant pu soutenir le poids de ce colosse en ruine, a donné sa démission ; cinq personnes à qui l'on a offert cette place successivement, 1 ont refusée; enfin elle paraît adjugée à un charlatan, bavard du Langue-
' Loi du 4 pluviôse. — V. rapport du bureau central, 17 pluviôse an IV : « Un observateur rapporte que, dans les cafés qu'il a surveillés, il a entendu un grand nombre de citoyens qui lui ont paru fort mécontents du choix que l'on vient de faire de la plupart des membres qui doivent composer les douze municipalités : les citoyens, continue l'observateur, inquiets d'une pareille élection, disaient entre eux : — Qu'allons-nous devenir, et comment iront les affaires dont la conduite va être confiée à la plupart de ceux qui formaient les comités révolutionnaires? — Schmiot, III, 88.
doc, nommé Raoul Nogaret, grand faiseur de rapports et de galimatias arithmétique à la tribune.
Ce gouvernement est si avili, si perdu dans l'esprit public que malgré ses déclarations, ses calculs affichés où il démontre que ses rescriptions ont un gage plus que suffisant de leur remboursement à l'échéance, ces billets le 12 de ce mois perdaient àO pour 100. Quand à l'assignat, il s'éteint tout à fait malgré la rentrée de plusieurs milliards de ce papier, par l'emprunt forcé : le louis valait le 12 au delà de 6,500 livres en assignats.
Les provinces conquises sont livrées au pillage, car les contributions énormes qu'on leur impose ne méritent pas un autre nom. D'un bout de la France à l'autre cette rapacité et ce despotisme encore sans exemple, même sous Robespierre, des réquisitions, aggravent le mécontentement public. Dans une partie de la Savoie, on y résiste à force ouverte. Les montagnards ont chassé les gendarmes, abattu les arbres de la liberté, rétabli les croix, haché en morceaux plusieurs fonctionnaires publics, pillé, brûlé et blessé les acquéreurs de biens ecclésiastiques, et sont en pleine insurrection.
^ Le mépris et la haine pour les directeurs se manifestent de toute manière dans les villes et dans les campagnes. Les paysans ne les désignent que sous le nom ironique de rois de France et de Navarre, Dans mi café à Paris on parlait de la difficulté des approvisionnements militaires : Oui, s'écria un plaisant, car il ne nous reste plus que cinij carlouches. Tous les assistants battirent des mains, et ce bon mot s'est répété dans tous les lieux publics '.
' « Un voyageur m'écrit que dans une maison de poste près de Dijon, il entendit le maître du logis ordonner à un garçon d'écurie d'aller à la recherche des repiése niants; ces législateurs étaient les dindons de la ferme. » ÇNote de MalUt du Pan, publiée par Sayous.) — Voir aussi rapport du 23 pluviôse
Jamais T administration ne fut plus compliquée; jamais ceux qui en sont chargés n'ont reconnu plus ouvertement les difficultés de la faire marcher. Ce serait s'abuser étrangement que d'imaginer que le numéraire circule dans les coffres de la République en proportion des millions métalliques que le Corps législatif, accorde sur le papier aux ministres et au Directoire. Je suis informé avec certitude que le 10 de ce mois, les fonds de la trésorerie, avec la petite quantité des matières qui est à la Monnaie, se bornaient à neuf millions et quatre cent mille livres. Il est de plus rentré pour cinq millions de rescriptions sur l'emprunt forcé, par la vente du mobilier de quelques maisons royales et par le payement de l'emprunt forcé, car ces rescriptions perdant 40 pour 100, chacun s'empresse de les faire entrer en payement de deniers publics où elles sont reçues pour valeur métallique.
Toutes ces opérations désordonnées de finance produisent un cercle vicieux sur elles-mêmes, en sorte qu'avec l'apparence de ressources on est chaque jour aux expédients. Les moyens révolutionnaires peuvent seuls faire durer quelque temps la guerre; il est également sûr qu'ils achèveront l'absolu anéantissement de la force militaire et territoriale de la France ; mais il est sur encore qu'ils peuvent opérer au début de la campagne une grande résistance, peut-être même des succès qui changeraient la face désastreuse de l'intérieur en créant de nouvelles ressources au gouvernement.
an IV : « ...Nous regardons comme très-important de donner connaissance au gouvernement d'un propos qui se tient, depuis quelques jours. Le voici littéralement tel qu'il est rapporté par ToLscrvateur : <i La llépublique est « à Cagonie; cinq cochons à vendre et un louis à acheter! ,
Berne, le 27 février 1798.
C'est une remarque applicable au cours entier de la Re'volution, qu'on s'est toujours trompé dans l'importance qu'on attribuait à des événements qui semblaient devoir produire de grands effets, tandis qu'on négligeait d'observer des faits moins apparents, mais d'une influence soutenue et qui, à la longue, devenaient cause de circonstances imprévues et majeures. Cette faute de jugement est surtout particulière aux journaux français et à ceux qui ne les lisent pas avec une extrême défiance.
L'action continue de quelques individus, les rivalités, la jalousie qui s'établissent entre les chefs de parti, sont une des causes très-actives et toujours certaines de crises plus ou moins voisines.
C'est dans ce sens entre autres qu'on peut prévoir que le moment actuel couve des troubles assez prochains. La division intestine dans le gouvernement, l'aigreur, les personnalités et l'ambition de quelques individus opéreront bientôt de nouvelles scènes violentes. Mais qui saura en profiter? Toujours point de chef, point d'homme à millions, point de noyau d'armée, point de centre d'opinion. Aussi les républicains s'effrayent-ils moins de leur discorde et de ses suites qu'ils ne paraîtraient devoir le faire.
L'insolence du Directoire, son incapacité, son mépris des lois, ses ordres tyranniques, l'emprunt, les réquisitions, II. 2
le partage d'autorité accordé aux terroristes ont aliéné au gouvernement les propriétaires et le public. En même temps ses hésitations, le déplacement de quelques jacobins, l'empire qu'il voudrait conserver sur cette secte, lui aliènent les terroristes, de manière qu'ils se trouve également détesté des deux partis et menacé par la jalousie de ceux de ses complices et de ses protecteurs qui aspirent à régner à sa place. Il marche à sa ruine ; il ne peut la retarder que par un redoublement de tyrannie qui, amenant un autre système, déplacerait le gouvernement actuel.
Il veut la guerre, le peuple veut la paix; tout l'odieux de la première retombe sur lui : il devient le point de mire de tous les mécontentements. Les pacifiques entretiennent et fortifient l'opinion publique; le Directoire seul, par orgueil, par ambition, par calcul de pouvoir, prolonge les malheurs de la France et les hostilités. S'il existait quelque courage, quelque habileté dans le Conseil des Anciens, il demanderait la paix, il en discuterait la nécessité, il donnerait ainsi le plus grand éclat à la défaveur où est tombé le Directoire.
Plusieurs gens adroits suppléent par les journaux et par les imprimés au silence de la législature. Tout est employé pour discréditer les gouvernants. Parmi les attaques qui ont fait le plus de sensation se trouve celle d'un calculateur, qui a démontré arithmétiquement que les appointements du Directoire, des ministres et du Corps législatif (appointements évalués en mesures de froment), s'élèvent par an à quatre milliards assignats, le pain valant 48 sols comme il les vaut actuellement. Cette supputation, prise dans les états des payements fixés par la constitution même, est de rigueur et ne souffre aucune controverse.
y L'opposition s'occupe actuellement à rechercher dans le
AVEC LA COUR DE VIEî^NE (1794-1798). 19
passé et à publier les opinions et les démarches des républicains actuels. Ce qu'on a déjà fait à cet égard sur Sieyès et Barras est le commencement de cette guerre meurtrière qui tourmente ceux qui en sont l'objet et qui rend toujours plus incertaine la marche de l'administration parla défiance qu'elle introduit envers les administrateurs eux-mêmes.
Le désordre est au comble dans toutes les parties ; comme le gouvernement ne surveille, ne poursuit, ne punit qu'un objet, le royalisme, le péculat le plus effronté, le pillage, l'infidélité sont en pleine liberté et dévorent toutes les administrations. Les dépenses seules qu'exigent l'entretien du gouvernement et celui de Paris surpassent le produit des revenus publics sous le règne de Louis XVL Les commissaires des vivres militaires et ceux des approvisionnements civils, les sous-commissaires, chacun pille en grand et à tète levée. Aux frontières, les douaniers sont littéralement autant de contrebandiers qui fraudent les droits et laissent tout passer moyennant un accord particulier. Le brigandage a été même gagner les armées où la misère a sur ce point tué toute discipline, en forçant l'officier comme le soldat à voler l'État. Sa Majesté Impériale et Royale en jugera par le trait suivant qui vient presque de se passer sous mes yeux.
Quatre escadrons de cavalerie française, venant de l'armée des Alpes, traversèrent Genève la semaine dernière. Le tiers des cavaliers n'était pas monté, les chevaux des autres, boiteux, estropiés, malades, ressemblaient à des squelettes. Cependant il s'en trouvait dans ce nombre cinquante-six de passables que les cavaliers mêmes vendirent à des maquignons pour quelques écus.
La guerre aux jeunes réquisitionnaires se poursuit avec la même atrocité : ces volontaires que l'on traîne garrottés aux armées y trouvent le mécontentement, le désir de la paix,
le découragement et la lassitude '. Le temps n'est plus où ces recrues forcées trouvaient dans les cantonnements un enthousiasme qu'ils partageaient autrefois au bout de quelques mois. Aussi est-on généralement convaincu que si au début de la campagne les Français essuient quelques revers, il éclatera une désertion dans leurs armées, au dedans et au dehors, équivalente à une dissolution; mais des succès ramèneront leur courage, habitueront les réquisitionnaires à leur état et suspendront les effets inévitables de l'épuisement.
Trois mille hommes de l'armée vendéenne formant la division dite du centre, sous les ordres de Sapinaud, ont été enveloppés, il y a quinze jours, par les républicains et forcés de mettre bas les armes; mais les chouans font des progrès et ont eu une suite d'avantages en Normandie; leur nombre se grossit, ainsi que la Vendée même, malgré ses dernières pertes.
Le crédit public s'anéantit de plus en plus. Le louis d'or, le 22 de ce mois, valait 8,500 livres en assignats; les rescriptions perdent 40 à 42 pour 100.
Berne, le 5 mars 1796.
Tous les effets que j'ai eu l'honneur de faire présager à Sa Majesté l'Empereur et Roi, en lui en développant les
' o Des jeunes gens de la première réquisition disaient liier dans un billard chez le citoyen Leroux, petit pont de l'Hôtel-Dieu, que l'on les couperait
AVEC LA COUR DE VIENNE (1794-1798). il
causes, se manifestent à Paris et s'accélèrent avec rapidité. La République tombe en ruine , le Directoire hâte sa chute; l'administration a perdu sa boussole , les factions , embarrassées dans leurs plans, se subdivisent, et ne tarderont pas à s'entre-choquer; la résistance des choses même supplée à celle des individus, et devient plus invincible chaque jour; c'est un déluge où chaque parti , chaque citoyen cherche une planche de salut. Si la Révolution , si la République restent encore debout, j'ose le dire affirmativement, c'est uniquement par le poids de l'équilibre que lui conservent l'impropriété des mobiles qui tendent à la renverser et la persévérance dans les vues comme dans les plans de conduite des ennemis quelconques de la République.
Ces mobiles et ces plans sont tous en contradiction avec les circonstances intérieures qui ébranlent la Révolution. On cherche en France un chef qui ait force et sagesse, et l'on trouve un roi enseveli à Vérone , passant ses jours dans l'abandon et la nullité, le premier prince du sang confiné au château d'Edimbourg, une division militaire entre les mains d'un autre prince du sang, beaucoup trop faible pour inspirer confiance ou crainte à personne, et dont l'esprit absolu et le dessein d'une contre-révolution par les armes font reculer les trois quarts des partisans de la monarchie. Des agents obscurs et imbéciles employés sans discernement du dehors , pour se mettre sans cesse au travers des conjonctures et exposer sans utilité ceux qui , dans l'intérieur, seraient tentés de les écouter; l'obstination à vouloir, à penser séduire la France par de misérables attaques de détail , par des conspirations de comédie , par des chouans
plutôt par morceaux que de les faire partir. Des citoyens de la Légion se sont permis de tenir le même langage et ont ajouté qu'ils avaient essuyé assez de fatigues, qu'il était bien temps qu'ils se reposassent... »
^(^Rapp. du 4 ventôse an IV.)
. qu'on laisse faire une guerre exterminatrice à tous ceux qui n'ont pas pris le panache de Goblentz ; l'absence de tout point, de tout chef, de tout principe de ralliement; l'idée absurde que la nation se soulèvera contre ses représentants pour rétablir l'ancien régime ; l'ignorance totale de ce qu'on peut espérer ou craindre de la guerre; l'oubli constant où l'on laisse les moyens de persuasion, de politique et de division ; le contraste qui , si souvent , a paru régner entre les opérations extérieures et les mouvements du dedans; enfin le défaut d'aucun point d'appui quelconque, qu'aperçoivent avec douleur l'immense majorité des ennemis intérieurs de la République et de la Révolution, font subsister l'une et l'autre, et les feront peut-être subsister longtemps encore, quoique minées de toutes parts.
On n'est point encore arrivé à Paris cependant au moment d'un nouvel engagement; mais tout le présage et le fomente. On est à la veille de changements, ou tout au moins de tentatives de changements, mais l'été ne se passera point sans révolution ; '^e ne dis pas contre-révolution. Quel que soit le résultat de la secousse qui se prépare, on en aura une : 1° parce que l'état des choses est trop violent, et qu'on en espère l'adoucissement par de nouvelles innovations; 2" parce que les thermidoriens divisés viennent de se séparer en deux sections dont l'une favorise les jacobins, et l'autre en est persécutée; 3° parce que les jacobins voudraient une plénitude d'autorité et de brigandage que leur refuse la Constitution ; 4" enfin , parce que le peuple , agité de sa misère et de sa faim, se livrera facilement aux agitateurs qui le travaillent. Le Directoire sera le bouc émissaire de tous ces mécontentements.
Celui qu'a produit l'emprunt forcé en hâtera l'exécution. Les partis s'observent, s'organisent, se remuent. Ce sont
toujours les mêmes individus, ce sont toujours les anciens révolutionnaires de 1789 et de 1790, esprits plus actifs, plus formés aux affaires et à la tactique du moment que les royalistes purs, qui indiquent et prennent des mesures. Le sentiment de la vengeance s'exalte chez eux de plus en plus; désespérés d'avoir été vaincus au mois d'octobre et voulant sortir de l'état affreux où l'on se trouve, ils conspirent contre le gouvernement et contre la République ; il en périra encore sur la brèche, et il n'est pas sûr qu'ils réussissent.
En supposant cette réussite, ce ne sera pas un petit embarras de savoir ce qu'on fera après avoir culbuté les cinq rois du jour. Les uns , tels que les thermidoriens mitigés, voudraient simplement revenir à la tète du gouvernement ; mais cela n'est qu'un moyen et n'est point un terme, car personne aujourd'hui ne croit à la possibilité d'avoir en France un gouvernement républicain. Ce parti thermidorien lui-même ne serait fort que par son union avec les royalistes.
Les thermidoriens en chef, tels que Tallien , Ghénier, Louvet, Barras, veulent le terrorisme pour rester maîtres, et créer un roi à leur fantaisie, s'ils ne peuvent faire marcher la République. J'ai instruit Sa Majesté Impériale et Royale des démarches de Tallien en Espagne. Si ce projet rencontre des difficultés , le parti , qui est celui de Danton, soutiendra le duc d'Orléans. Ce prince a des partisans, même parmi les jacobins ; il se forme divers clubs et associations dans cet esprit.
D'un autre côté , les révolutionnaires royalistes ont dans Tesprit qu'en rappelant Louis XVIII, ils se donneraient des verges pour se fouetter; les expéditions des chouans, et tout ce que disent ou font de mauvaises têtes au dehors, ne sont pas propres à les détromper.
Quant aux jacobins purs, ils n'invoquent que le retour de
la révolution dans toute sa rigueur : le partage des terres, la guerre, le brigandage et Tautorité absolue. Cependant il ne faut pas douter que nombre de ces scélérats ne se vendent au premier usurpateur qui voudra se faire roi , pourvu qu'il leur promette fortune et impunité.
Les chefs du gouvernement, les dominants se rencontrent avec les jacobins dans le dessein de ramener les mesures révolutionnaires, de poursuivre la guerre, et de se tirer d'embarras par le retour de toute Ja dose de terrorisme qui pourra leur être nécessaire.
Barras, Garnot, Le Tourneur, Sieyès et le club de l'hôtel de Noailles qu'il a formé, Louvet, Ghénier, Merlin de Douai, tendent à ce but et veulent la guerre qui prolonge leur pouvoir et autorise les moyens révolutionnaires.
Les thermidoriens mitigés, tels que Merlin de Thionville, Thibaudeau, André Dumont, Bergoing, qui avaient gardé le silence et une espèce de neutralité depuis l'affaire des sections, séparés aujourd liui de leurs anciens collègues et du parti de Danton, se prononcent en faveur de la paix contre le terrorisme et contre le gouvernement. Depuis quinze jours ce parti intermédiaire prend un peu de force et d'aplomb. Ils sont convaincus, et disent hautement qu'on ne peut soutenir sans terreur une guerre révolutionnaire et le système d'aujourd'hui ; mais que ce terrorisme fera triompher les jacobins et écrasera le Corps législatif.
Ils ajoutent que la République pourra bien faire face aux premières dépenses de la campagne, mais qu'elle est hors d'état de les continuer. Cette opinion est à peu près unanime à Paris dans les différents partis. Aussi les jacobins et les partisans de la guerre ne voient-ils de remède à cet épuisement que dans l'ajournement de la Constitution et dans le régime de Robespierre. -^
On peut donc regarder comme probable, ou que ces deux mesures prévaudront et replongeront la France dans un abîme de calamités, ou que les pacifiques l'emporteront.
Les assignats étant une monnaie révolutionnaire, liée au système de la guerre et du terrorisme , les promoteurs de l'une et de l'autre redoublent d'efforts pour les soutenir. Ils ont pris pour devise : Les assignats ou la mort ! Ils ont fait consacrer déjà quatre séances du Conseil des Cinq -Cents à cet objet. On a proposé extravagances sur extravagances, les jacobins ont dominé dans la délibération ; Dubois de Crancé , l'un d'eux, a demandé une série de mesures violentes; son discours ^. obtenu les applaudissements des galeries et de tous les enragés qui sont parvenus à faire nommer parmi eux une commission chargée de rendre compte du plan de Dubois de Crancé. Ce plan est à peu près la fin du monde ; son adoption , si elle a lieu , accélérera sûrement quelque grande secousse.
Il rentre dans les vues des jacobins de renverser une banque naissante, semblable à l'ancienne caisse d'escompte ' , et dont Sa Majesté Impériale et Royale aura vu le détail dans les papiers publics. Les deux directeurs en chef, Le Coûteux de Canteleu et Laffon de Ladébat, sont opposés entre eux ; le premier favorise les mesures révolutionnaires, le second les repousse : tous deux sont membres du Corps législatif et du nouveau tiers. Cet établissement, étant fondé sur un capital d'assignats au cours, ne peut être de durée, il n'aura aucune confiance réelle; c'est au moins l'opinion de tous ceux qui ont l'habitude des affaires.
L emprunt forcé est maintenant jugé; il n'en est pas rentré le tiers , malgré les mensonges de l'autorité et des jour-
' Voir séance du 3 ventôse, proposition Camus.
naux, qui ne méritent aucune foi. L'absurdité de la répartition, la pauvreté générale et la haine qu'on porte au gouvernement ont arrêté une grande partie des payements. Les deux tiers des contribuables taxés à Paris et environs sont en réclamation , et ne s'acquittent point jusqu'à ce qu'on ait jugé leur taxation ; il en est de même dans le plus grand nombre des départements. Celui du Mont-Blanc , par exemple, imposé à sept millions, n'a pu payer que 340,000 livres assignats.
Le 28 février, le trésor public renfermait sept milliards d'assignats rentrés, outre le numéraire et les rescriptions dont j'ai donné l'état dans len^Si. Chaque jour le Directoire fait des émissions effroyables d'assignats;, le maximum de ces émissions avait été irrévocablement fixé par décret, il y a un mois, à 40 milliards; mais le comité des finances a avoué, le 25 février, dans le Corps législatif, qu'il y en avait 45 milliai^ds déjà émis. Les difficultés se multiplient et s'entre-croisent à mesure que le temps s'avance.
Les cultivateurs ne veulent plus absolument recevoir ni assignats, ni rescriptions, il leur faut des espèces; ils ne délivrent leurs marchandises aux fournisseurs du gouvernement que monnaie tenante.
Les rescriptions perdent de 40 à 50 pour 100, et les assignats flottent entre sept et huit mille cinq cents livres pour le louis d'or; c'est-à-dire qu'ils ne sont à peu près plus d'aucun usage pour le gouvernement, soit par l'exiguïté de leur valeur, soit à cause du refus que les vendeurs font de les recevoir.
Le Directoire a achevé de se dépopulariser, en demandant à la législature et en obtenant la réduction des distributions de pain à quatre sous la livre, et la cessation de la distribution de la viande aux indigents. Ensuite, il a taxé celle-ci a
145 livres en assignats, soit à onze sols en numéraire. Or, le peuple ne connaît pas le numéraire et s'est récrié contre l'énormité de cette taxe à l'instant où l'on cessait la distribution, et cela, le lendemain du brisement de la planche aux assignats qui , disait-on , devait doubler la valeur de ce papier et faire baisser les denrées.
Ces mesures ont excité de la fermentation, le Directoire a conçu des inquiétudes; elles durent encore : il voit que le civisme s'éteint généralement; des patrouilles de gendarmes, de gardes de police et de troupes réglées ont roulé plusieurs jours et plusieurs nuits sur les places publiques, afin de prévenir des séditions.
Telle a été l'alarme du Directoire que , nonobstant les décrets rendus et l'énormité de ses embarras, il n'a pas hésité à continuer la distribution gratuite de pain; or, voici le compte net de cette dépense. 4<
La fourniture de pain à quatre sous la livre en papier se fait à cinq cent soixante mille individus dans Paris , sans compter les fonctionnaires publics et les troupes, qui reçoivent aussi une ration. Cette consommation entraîne celle de 1,900 sacs de farine de 325 livres pesant chacun par jour; le prix actuel du sac est de 72 livres en écus ' ; c'est donc par jour une dépense en numéraire de 136,800 livres, pour Paris seul. Il est impossible au Directoire de soutenir longtemps une pareille dépense, et, d'un autre côté, il ne peut se dispenser, sans le plus grand danger, de donner du
iti 1 Rapp. du 14- ventôse an IV. — « ...Haricots, de 11,000 à 14,000 livres le septier; orf-e, 6,000 à 7,000 livres; blé, 10,000 à 11,000 livres. La farine est augmentée de 1,000 livres... »
15 ventôse. — « ...La viande, taxée à 97 francs la livre, se vend jusqu'à 130 livres et même plus... La classe ouvrière, qui souffre de l'intempérie de la saison et du défaut d'ouvrage, se permet les propos les plus insultants contre le Directoire, le Conseil des Cinq-Cents et en général contre tous les députés... )i
pain à la capitale, tant que le numéraire n'aura point repris son cours et qu'il faudra payer le pain 40 ou 50 livres en papier dans les marchés, comme il arrive aujourd'hui, y
Le magasin actuel pour la consommation de Paris renfermait, le 28 février, des grains pour vingt à vingt-cinq jours. A l'épuisement de cette provision, et les cultivateurs ne vendant plus qu'en espèces, le Directoire sera de nouveau réduit, ou à suspendre la distribution, ou à forcer les fermiers à main armée, et la capitale ne subsistera plus qu'au jour le jour.
Sa Majesté l'Empereur et Roi me pardonnera ces détails, plus instructifs que les observations générales, et que je puise dans des informations dont je garantis l'authenticité et qui font connaître d'une manière exacte et précise la réalité et la profondeur de la détresse où se trouve le gouvernement français.
On s'attend à quelque nouvelle taxe de guerre, à la réquisition de la vaisselle ; moyens misérables et usés dont le sort de l'emprunt forcé présage l'inefficacité.
La plus grossière ignorance en administration et en politique caractérise le Directoire, les ministres et les principaux meneurs. Leur armée de commis et de coquins les tue, embrouille toutes les affaires et multiplie les bévues ; d'un autre côté, la misère publique les épouvante : ils portent le châtiment et subissent la destinée de toute autorité illégale et mal organisée qui prétend à agir régulièrement.
Le refroidissement fait des progrès journaliers dans les armées; elles manifestent très -positivement la volonté de refuser le service, si elles ne sont pas fournies des objets nécessaires \ Pichegru est fortement soupçonné parle Direc-
' Rapji, du 17 ventôse. — » ...Parmi les classes les plus aigries, on remarque principalement celles des rentiers et des ouvriers. Michaud a entendu, à
toire, dont il sait bien avoir perdu la confiance; mais on n'ose pas le destituer : on profitera pour cela des premiers revers, il s'y attend. Ce général, qui a mille fois plus de mérite moral que Dumouriez et beaucoup) plus considéré, n'est pas à négliger.
Au reste, le but et l'espérance des meneurs, et sur quoi ils comptent, c'est d'amener les puissances à leurs conditions de paix par V immensité de leurs préparatifs. L'assurance est toujours entière à Paris à cet égard.
Il est hors de doute que la paix en ce moment écraserait les départements insurgés ou près de s'insurger à l'Ouest. Les royalistes de ces contrées , surtout de la Normandie et de la Bretagne, ont des forces, du courage, et ne sont nullement à mépriser; mais ils manquent de chefs, d'argent, de plan politique, d organisation militaire. Plusieurs sectionnaires de Paris sont allés les joindre; ils achètent de la poudre , des fusils , des sabres , dans la capitale même , et jusqu'à des canons de fer mis au rebut.
La faute dans laquelle des informations erronées ont induit le gouvernement britannique et les émigrés français consiste à avoir voulu , à toute force , faire combattre les chouans avant qu'ils pussent former une armée de campagne, et reprendre les armes à la Vendée avant qu'elle eût réparé ses forces et reçu des secours suffisants. Aussi cette dernière perd-elle chaque jour du terrain : son général, Stofflet, passait à Paris, le 28 février, pour avoir été surpris, enlevé et fusillé.
la tabagie de Nicolet, un particulier qui disait qu'il était instruit que les soldats de l'armée du Rhin étaient bien las de se battre, que la plupart étaient malades et manquaient de tout, que cela les ennuyait beaucoup et les portait à dire qu'un nouvel ordre de choses pourrait bien ne pas tarder à bouleverser la République pour voir paraître un dictateur... »
(ScuMiDT, m, 119.)
Quant aux chouans, l'armistice a facilité d'envoyer contre eux de nouvelles troupes qui filent en Normandie , dans le Maine et dans le pays chartrain.
Berne, le 17 mars 1796.
De tous les phénomènes qu'a enfantés la Révolution, le plus extraordinaire et le moins éloigné peut-être serait de voir les puissances européennes reconnaître la République française, au moment où l'universalité des Français, gouvernants et gouvernés, avoue l'impossibilité de soutenir un tel régime ; ce serait encore de voir les ennemis de la France reculer devant des volontaires, conduits pieds et poings liés aux armées, s'intimider par des emprunts forcés et transiger avec un gouvernement sans nom, abhorré et méprisé de la France entière, manquant de tout et tâchant d'effrayer par les dernières convulsions d'un enragé prêt à rendre l'âme et faisant chanter d'office sur tous les théâtres de Paris : Périssent tous les rois ' !
Quels que puissent être par la suite les succès des paci-
' Voyez Rapports de nivôse, pluviôse, ventôse et germinal an IV. Dans celui du 30 pluviôse, on lit : •< Spectacles. Le public y a joui de la plus grande tranquillité, à quelques nuances près... II faut excepter le théâtre de la rue Favart, où l'on a remarqué un grand tumulte occasionné par le chantdel'f/ymne du serment, qui a été couvert de sifflets, liuées et hurlements affreux; alors on a Laissé la toile... ; l'instant d'après, un artiste s'est présenté et a demandé de chanter une chanson patriotique par ordre du Directoire; le public ayant accédé à cette demande, on a recommencé V Hymne du serment... L'observateur rapporte que les uns ont applaudi, les autres ri malicieusement. »
fiques (ce qui n'arrivera pas probablement avant une nouvelle révolution), le Directoire, les dominants persistent dans la double résolution de poursuivre la campagne et de continuer à jouer les puissances par des négociations et par des armistices.
Les réquisitions d'hommes s'exercent avec la plus grande sévérité. D'un bout de la P'rance à l'autre, et du Rhin jusqu'à rOcéan, on enlève tous les jeunes gens. La gendarmerie les arrache des villages, et au moindre murmure, ils sont liés deux à deux, quatre à quatre, et volent ainsi à la défense de la liberté.
Pour avoir de l'argent et des chevaux, on pressera, à l'extinction, les pays conquis. Il n'y restera, comme en France, ni métaux, ni animaux, ni jeunesse. La République a tiré un parti si prodigieux de ses conquêtes en les mettant au régime de la Révolution, qu'il est peu surprenant de la voir aspirer à de nouvelles invasions et à les espérer.
Tous ces moyens cependant sont insuffisants : le déficit aux armées dans tous les genres est tellement excessif, que les généraux ne cessent de se plaindre et de demander de nouveaux approvisionnements. Les fournisseurs déjà en avance ne veulent plus rien fournir qu'au comptant; les rescriptions, tombées à 65 pour 100 de perte, ne valent guère mieux que les assignats; on les refuse partout. Tantôt le gouvernement menace les fournisseurs, tantôt il leur délivre des écus; ces variations entraînent des débats, des longueurs, des interceptions de service. Personne ne doute, à Paris, que si les ennemis, au lieu de proroger les hostilités, attaquaient de bonne heure avant que les volontaires forcés eussent été disciplinés au physique comme au moral, et que les armées aient repris leur aplomb, on n'essuyât des revers sérieux.
32 CORl^ESPONDANCE DE MALLET DU PAN
Quoique les patriotes affectent de répéter que la nécessité de se défendre, la valeur naturelle, le désir de finir la guerre et l'émulation française mettront bientôt les nouveaux venus au niveau des anciennes troupes, les personnes instruites conviennent unanimement d'un mécontentement soutenu dans l'armée, et que la perte d'une seule bataille décisive mettrait en danger cet échafaudage républicain, qui ne se soutient plus qu'à laide d'un robespierrisme mitigé.
Il paraît que le plan général est de faire reprendre aux armées leurs anciennes positions dans le Palatinat et devant Mayence, et de pousser ensuite en avant. L'offensive est également déterminée pour l'Italie; le commandant en chef de cette partie n'est pas encore connu : on a parlé de Beurnonville, puis d'un Corse terroriste, nommé Buonaparte, le bras droit de Barras et commandant de la force armée dans Paris et environs.
Pichegru est toujours l'objet de la défiance; on avait annoncé son arrivée à Paris ; il n'y était pas encore le 3 de ce mois.
Les finances n" ont fait aucun pas depuis trois semaines : du babil dans les Conseils, des projets de comités, inexécutables ou défigurés dans la discussion : c'est toujours le même cercle vicieux. Cependant, il est facile de prévoir l'alternative suivante, ou que la nécessité forcera d'abandonner la guerre, ou que, pour la soutenir, on se jettera dans les mesures révolutionnaires les plus outrées; les milieux ne sont presque plus admissibles, et telle est l'énormité des profusions et l'étendue des désordres que chaque jour de délai dans l'exécution d'un plan quelconque de finances coûte des sommes incalculables.
L'administration suprême a trente mille employés dans
Paris seul ; cette multitude de vampires dévore toutes les ressources ; mais il y aurait un grand danger à en diminuer le nombre, puisqu'ils forment à peu près la seule clientèle du gouvernement.
Sa Majesté l'Empereur et Roi aura vu dans les papiers publics la fermeture du club du Panthéon', de quelques rendez-vous royalistes ou supposés tels, du synode des évêques constitutionnels, etc. Le Panthéon était le chef-lieu des cordeliers, qu'il faut distinguer des jacobins; anarchistes ingouvernables, buveurs de sang, hommes de sac et de corde, et par conséquent très-inquiétants pour tout gouvernement avec lequel [ils rivalisent. Ces misérables se rassemblent aujourd'hui dans les faubourgs, répandent des affiches incendiaires et tâchent d'agiter le peuple. Le vrai club des jacobins en chef est celui de l'hôtel de Noailles, présidé par Sieyès : le Directoire n'a eu garde d'y toucher; c'est de là qu'il reçoit ses instructions.
Quant au théâtre de la rue Feydeau, dont on a ordonné la clôture, le délit des spectateurs consistait à saisir dans la tragédie toutes les allusions^, toutes les imprécations à la
f.'. ' Ordonnée le 8 ventôse.
2 Rapport du 4 ventôse an IV. — « ...Une allusion nouvelle a été saisie au théâtre de Louvois dans la pièce intitulée Flora; un pêcheur se plaint à sa femme de n'avoir pas fait une bonne pêche et dit : Le gros s'en est allé , il n'est resté que le fretin. On a fait répéter le passage... »
8 ventôse. — « ...Dans Epicharis et Néron, jouée hier au ihéâti-e de la République, un applaudissement ironique a été donné à ces mots : Renverse le tyran et non la tyrannie.., »
12 Tentôse. — o ...Au théâtre de Louvois, dans la pièce Sabinus, lorsque l'acteur eut prononcé ces mots : Les Gaulois étaient la çjloire des nations, ils en sont devenus l'opprobre, plusieurs royalistes ont beaucoup applaudi... »
13 ventôse. — « ...Au théâtre des Arts, pendant qu'on chantait des hymnes patriotiques, plusieurs individus... ont applaudi d'une manière affectée aux mots : Tremblez, tyrans, vous allez expier vos forfaits, etc., etc. »