‹ Correspondence inédite avec la cour de VienneChapitre 16 sur 49 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

combinée, soutenue à l'intérieur de moyens politiques ; défaire ressortir la persistance de l'esprit et de la propagande révolutionnaire et ses dangers grandissants pour l'Europe. Selon qu'il sentira diminuer ou grandir l'esprit de résistance, il insistera tour à tour sur les ressources que le fanatisme révolutionnaire peut encore arracher à un pays épuisé ou sur les chances de succès qu'une offensive habile et résolue assurerait aux armées impériales.

A. Sayous avait signalé l'importance des lettres à l'Empereur d'Autriche, dans l'œuvre politique de Mallet du Pan; mais il n'en avait trouvé qu'un petit nombre de copies dans les archives privées de la famille. « La correspondance «devienne, écrivait-il, se- soutint avec régularité... L'en- « semble de ses lettres eût formé comme une histoire épi- « stolaire qui aurait eu autant d'intérêt que de prix. Mal- « heureusement Mallet n'avait gardé copie que d'une petite « partie des premières. Nous sommes réduits à choisir dans « ces fragments quelques pages propres à donner une idée « de l'intérêt historique de celte correspondance?. » Et il publiait (II, 114-131 et 215-219) deux extraits importants .

Ces indications rendaient facile la restitution de cette correspondance. Il v avait lieu d'espérer que les archives» de Vienne en auraient conservé la collection complète. Elle s'y trouve, en effet, à l'exception de six numéros disparus. S. Exe.; M. le chevalier d*Arneth, directeur des Archives Impériales et Royales, a bien voulu en autoriser la copie; d'un autre coté, la famille de Mallet du Pan nous a gracieusement communiqué les papiers de son illustre aïeul, où nous avons trouvé une trentaine des lettres à l'Empereur,

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copiées par le tils de Mallet , avec quelques corrections de Ja main même de l'auteur ^

Nous avons pu réunir ainsi cent vingt-huit lettres, qui, àe décembre 1794 à mars 1798 — du lendemain du 9 thermidor au lendemain du 18 fructidor — présentent une Jiistoire au jour le jour delà Révolution française. On sait dans quel esprit elle a été écrite. M. Taine a dit par quel témoin.

C'est une description, reprise après chaque crise importante, de l'état respectif des partis dans la Convention, les <;omités ou les conseils, de leurs desseins, de leurs menées, ■de leur composition; un tableau des mouvements de l'opinion publique ; une « anatomie morale de Paris et de la France » faite par un observateur passionné et hostile, mais d'une honnêteté incontestable; par un écrivain inégal, quelquefois diffus et prolixe, calviniste et Genevois, mais s'élevant à une entraînante éloquence, par la force de ses convictions réfléchies et profondes, sous la poussée' 4e ses indignations.

La lecture de ces lettres sera parfois amère pour le public français, nous l'avons éprouvé d'abord, mais sans nous laisser arrêter à cette impression. Nous y aurions trouvé plutôt une raison de plus d'appeler l'attention des historiens sur ce témoignage d'un grand adversaire delà France révô-

* Les lettres conservées aux Archives de Vienne sont écrites de la main de Mallet du Pan, à l'exception des numéros 1, 2, 3,57, 74, 75,76, 87,89,90, 92, 95, 98, 99, 100, 101, 105, 106, 110, 111, 112, 114, 115, 116, 117, 118, 119, 120. — Les post-scriptum de ces lettres sont seuls autographes. — Nous publions les vingt premières lettres d'après les copies conservées par la famille. — On trouvera plus loin les variantes relevées sur les originaux devienne. — Nous les devons aux soins obligeants de M. Lbscbniyz, secrétaire de légation. — Nous avons reçu trop tard pour l'imprimer une rédaction — différente dans la forme seulement — du début <|u n° XIII.

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lutionnaire. « Il faut écrire avec un fer rouge pour exciter « maintenant quelque sensation » , disait Mallet du Pan en 1793. Il a bien, en effet, les emportements et les exagérations inévitables dans l'ardente mêlée ; mais il abonde en vues profondes, et il est temps de le citer dans l'enquête scientifique enfin ouverte sur une époque trop longtemps cachée sous la légende. — C'est donc aux historiens, et à eux seuls, qu'est soumise cette déposition. Ils sauront la contrôler et s'en servir. Quelque réserve dont on puisse l'entourer d'ailleurs, il faut avouer que, pour la période comprise dans la durée de cette correspondance, l'indulgence serait difficile. Sur la politique extérieure de la fin de la Convention et du Directoire, l'histoire impartiale et bien informée n'est pas loin d'admettre, avec des nuances dans l'appréciation des personnes et des choses et par des « considérants » un peu différents, l'arrêt de notre publiciste ' .

Par toutes les tendances de son esprit, par toutes ses allures, pourrait-on dire, Mallet est antirévolutionnaire. Impitoyable pour l'esprit de chimère, il hait, de toutes les forces de sa raison et de son cœur, la tvrannie des métaphysiciens politiques ; l'imagination en matière de gouvernement n'a aucune prise sur lui, et les enthousiasmes populaires, les acclamations, les grands mouvements de la rue lui inspirent une insurmontable aversion. Dans une lettre encore inédite à M. de Ilardenberg {V février 1795) il définissait ainsi son attitude et ses griefs :

« ...Nulles vues personnelles, nul engagement politique,

' Voir Albert Sorel. — Conclusions d'une belle étude sur les Frontières constitutionnelles. (Revue historique, t. XIX, p. 55 à 59.)

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« nulle passion n'influent sur mes récits. Je ne suis point « Français; je suis né républicain ; j'ai mérité les injures « de tous les partis extrêmes ; mais trente ans d'expérience « sous un gouvernement populaire ne me permirent point, « dès les premiers jours de la Révolution, d'en apercevoir « l'utilité. Je ne doutai point qu'introduite par des hommes « corrompus dans une nation présomptueuse et frivole, « ardente et pervertie, elle ne fît le malheur de l'Europe « après avoir fait celui de la France. — Votre Excellence « voudra donc bien n'attribuer à aucun esprit de parti, ni « à aucun sentiment trop exalté de royalisme, les opinions « sur les choses et sur les personnes qui feront l'objet de « cette correspondance... » Il n'est guère plus tendre en effet pour le système émigré que pour le régime jacobin, et il ne ménage à personne, pas même à ses correspondants, les vérités désagréables. Ses allures ont une rudesse républicaine, et le «citoyen de Genève » parle, quand il le faut, avec une hautaine indépendance aux ministres et aux rois.

Violemment attaqué par le parti émigré, il pouvait écrire à Wickham : « Quoique je ne sois comptable de ma con- « duite qu'à l'honneur et aux lois, et qu'elle soit de nature « à me dispenser de tout autre suffrage que de celui de ma « conscience, je ne puis me dispenser de vous témoigner « ma surprise. . . Quelles que soient mes correspondances en « Europe, il n'en est aucune que j'aie recherchée, il n'en « est aucune que je ne publie demain, tête levée et avec « ma signature ; il n'en est aucune où je fasse en secret « une autre profession que celle que je fais depuis cinq ans « en face du public. »

x\iv INTRODUCTION.

Il n'était pas Français, il était antirévolutionnaire et hostile aux idées jacobines. Etait-il du moins bien informé ? Si Ton peut contester ses appréciations, mérite-t-il crédit pour tout ce qui touche aux faits rapportés, aux mouvements des partis et agitations intérieures? On peut répondre affirmativement en toute sécurité.

Il connaissait à fond la scène et les acteurs. Il avait vécu huit ans à Paris et au cœur des événements ; il avait pratiqué les chefs des différents partis, et par sa position de rédacteur politique du Mercure, avait été à même de bien voir et d'observer de près les hommes et les choses.

Quand il eut quitté Paris, il entretint des relations suivies avec les hommes politiques restés engagés dans l'action ; il vivait à Berne, un des centres d'information les plus actifs qu'il y eût alors en Europe; enfin, il avait organisé pour son propre compte une agence de renseignements supérieurement outillée. Il entretenait des correspondants placés pour bien savoir et capables de bien voir. Il en avait dans les assemblées politiques, dans les comités de la Convention, plus tard dans les conseils du Directoire et des Cinq- Cents y dans les bureaux des ministères, les états-majors des armées vendéenne et républicaine. Sayous parle ^ de ces correspondants directs placés sur le théâtre des événements, le plus près possible des acteurs, et ajoute, sans le nommer toutefois, « que son principal informateur fut pen- « dant quelque temps un de ces hommes intelligents et « précieux en administration, à qui les partis les plus ja- « loux pardonnent beaucoup, parce qu'ils leur sont néces-

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