XXVI INTRODUCTION
« C'est un fait que j'atteste » , « j'ai la preuve » , « je sais de première main » , « j'ai la certitude » , « je garantis l'authenticité » , — formules qui reviennent souvent sous sa plume, — on peut l'en croire.
Une autre fois, c'est un « observateur employé par le gouvernement » qui lui envoie sur l'emprunt ou le recensement de la population des documents officiels et inédits; un autre a lu en original et analysé pour lui une lettre du duc d' Alcudia à Tallien ; on lui communique des « faits puisés dans les bureaux des autorités françaises » . — Un « député marquant » lui mande des rapports sur les comités secrets tenus chez Barras; on lui transmet une note envoyée de Milan par l'un des commissaires des guerres de l'armée de Bonaparte à son frère, député des Cinq-Cents , ou bien il reçoit les informations « d'un homme très-alerte faufilé dans les bureaux » . Dans les circonstances particulièrement graves, on lui envoie des « exprès de Paris » . — Un de ses correspondants est instruit du 18 fructidor avant l'événement, etc., etc. On pourrait multiplier ces citations. Elles montrent la sûreté et la précision des renseignements centralisés et mis en œuvre par Mallet du Pan ; et l'on sait que mieux que personne il était apte à choisir ses correspondants et à contrôler leurs informations.
Il disposait dans ce but d'un budget spécial. On trouve quelques renseignements à ce sujet dans une série de lettres privées (inédites) à Hardenberg. Il l'informe , 14 avril 1796, « qu'il a tiré sur la banque royale de « Prusse, à huit jours de vue, valeur en compte, 534 livres « tournois, qui forment le montant des frais de correspon- « dance pendant le trimestre échu le 31 mars ». — Le
INTRODUCTION. xxvii
26 octobre 1796 : «J'ai l'honneur d'informer Votre Excel- « lence que je tire aujourd'hui sur la banque de Furth « 518 livres de France pour le trimestre de correspon- « dance expiré le 30 septembre dernier. « — Le 23 juillet 1797, il est question de 566 livres, et, le 4 janvier 1798, do K 550 livres tournois » . « Les faux frais de toute espèce qu'oc- « casionne le régime actuel de la France, les suppressions « continuelles de journaux , les remplacements qu'elles « exigent, les moyens détournés par lesquels on est forcé « de recevoir des informations épistolaires ne m'ont pas « permis de restreindre les frais de ce trimestre, ainsi que « je l'eusse désiré. »
Il est probable que l'empereur d'Autriche, qui recevait des lettres hebdomadaires, lui servait une pension plus considérable. Quoi qu'il en soit, il ne ménageait rien, on l'a vu, pour s'assurer des agents nombreux et bien situés.
Quand l'invasion de la Suisse l'obligea à fiiir de nouveau devant les armées républicaines, Mallet du Pan se réfugia en Angleterre. « J'ai sur l'Angleterre, écrivait-il au chevalier « de Gallatin (le 29 novembre 1797), un projet d'établis- « sèment qui sera soutenu. Cette contrée est la seule qui « convienne à mes affections , à ma position , à mes « besoins. Il n'est plus permis sur le continent de haïr tout « haut les plus exécrables des hommes ni de contredire « leurs œuvres... Telle est la récompense que reçoivent « ceux qui ont tout sacrifié à la cause des gouvernements. » Et le 22 décembre 1797, au baron de ïlardenberg : « Le « soin de mon existence et de ma nombreuse famille me « force de songer enfin à un établissement fixe quelconque. « Il n'est plus permis à un homme raisonnable de tourner