PREFACE. XI
famille, de régler les mœurs domestiques, d'imposer les croyances, les rites, les manières et les sentiments requis par l'institution nouvelle; bref, d'établir une sorte de couvent agricole et militaire, un couvent de Spartiates patriotes, enthousiastes, rudes, sobres, ramenés à la nature par la contrainte et selon la formule de Jean-Jacques Rousseau. — Effectivement tout cela est dans les écrits de Rousseau. Depuis 1789 jusqu'au Consulat, ses maximes ont composé le catéchisme en vogue; plusieurs d'entre elles ont survécu et influé sur l'organisation de l'an VIII; on retrouve leurs traces dans certains traits essentiels de la législation impériale, notamment dans les plébiscites du Consulat et de l'Empire. Dès le commencement de la Révolution, elles sont érigées en axiomes; sauf Malouet et le petit groupe qui siège autour de lui, tous les constituants en sont imbus; politique déductive, contrat social, droits de l'homme, souveraineté du peuple, ce sont là leurs idées maîtresses; on les admet au sens de Rousseau, on les professe, on les proclame; seulement, faute d'imagination et de logique, on n'en démêle pas les conséquences extrêmes, ou, par bon sens, prudence, honnêteté, on en limite les applications. Mais à mesure que la société se dissout, les conséquences anarchiques et despotiques sortent du principe, comme une plante vénéneuse sort de son germe; l'utopie destructive prend pied dans les esprits précipités, roides et faux, sans conscience ni scrupules, avides de pouvoir, de licence ou d'argent, assez aveugles ou assez sophistes pour confondre l'intérêt public avec leur intérêt privé, assez bornés ou