XII PRÉFACE
assez échauffés pour croire que leur formule spéculative contient la vérité pratique, assez brutaux ou assez furieux pour tuer à tort et à travers, pour prendre le pouvoir par l'insurrection et les massacres, pour maintenir leur règne par la dictature et la terreur: voilà les jacobins ; telle est leur conquête et telle est leur dictature.— On peut considérer les principes de Rousseau comme une sorte de virus antisocial; médiocrement dangereux dans un esprit sensé, instruit par la pratique et capable de prévoyance, ce virus produit des ravages monstrueux dans les cerveaux vides ou détraqués, dans les imaginations naïves, chimériques ou affolées, dans les amours-propres déréglés et souffrants, dans les consciences véreuses et ouvertes à la tentation ; car il y développe les plus pernicieux instincts, et il y justifie les pires actes, l'usurpation, l'arbitraire effréné, le vol, le meurtre et le brigandage en grand, pratiqués sous le prétexte du salut public. — Après Thermidor, il semble que la France ait vomi le poison ; mais il en reste une forte dose; on retrouve les principes et les procédés de la Terreur dans les décrets de Vendémiaire, dans le coup d'État et les proscriptions de Fructidor, dans les lois de 1799 sur l'emprunt forcé et sur les otages, dans la prolongation de la persécution religieuse ; plus précisément encore, si l'on veut voir l'extrait concentré, la dernière goutte épurée du jacobinisme, on n'a qu'à lire les papiers, le plan d'exécution et le programme social de Babeuf.
A présent, nous comprenons pourquoi les jugements de Mallet sont si durs. Non-seulement il était perspi-