LE COMTE D'ARTOIS A LA C031TESSE DIANE DE POLIGNAC
La famille Poligiiac spûcialemenf recommandoo à rem|)eiour Paul. — Cerlilude de retourner en Franco. — Succès des réiiuijjicains en Italie. — Arrestalions à Paris.
lùliiiibourfj;, ce 7 février 1797.
Je viens de recevoir, ma ciière et bonne mère, vfitre lettre du 30 septembre. Vous connaissez mon creur; vous
savf'z (jue rien no peut altérer la moindre partie des sentiments {}ai l'attachent à ses anciens et fidèles amis; ainsi vous aurez jugé d'avance, et la peine que me causent les embarras où vous vous trouvez, et le désir arden^t que j'ai de pouvoir être utile à mes amis. M. de Rivière était chargé d'une lettre pour la feue impératrice, qui aura sûrement été remise à son successeur; de plus, en écrivant à ce prince pour son avènement, je lui ai spécialement recommandé le duc do Polignac et sa famille. Mais, comme je n'aime pas à rien exagérer, je vous dirai franchement, ma bonne mère, que je ne puis rien faire de plus pour le moment. Si la réponse du nouvel empereur est favorable, j'insisterai de manière à obtenir promptement; si elle est plus fraîche, je trouverai peut-être d'autres moyens. Enfin soyez sûre que les intérêts de mes amis me seront toujours aussi chers que les miens propres. Je ne négligerai pas non plus de me servir de la protection du gouvernement britannique, si cela est nécessaire; mais, avant d'en parler, il faut que je sache comment Londres est avec Pétersbourg, et je l'ignore encore.
Je n'ai pas été fort exact à écrire, parce que j'ai vu que les lettres étaient souvent perdues. D'ailleurs je n'avais que des choses tristes à mander, et mes amis ne peuvent pas douter de mon cœur. Le ciel ,'est toujours bien orageux, mais rien n'est fait pour décourager, et soyez sûre, bien sûre que ce ne sera ni dans les déserts de l'Ukraine, ni dans le voisinage du pôle, que nous retrouverons le bonheur, mais seulement chez nous, dans l'ancienne France. Eh bien ! croyez-moi , nous y retournerons, oL le Ciel nous y réservera de beaux jours.
Soignez votre santé, ma pauvre mère. Dites mille tendresses pour moi à votre frère, à M"^ de Guiche et à tous les enfants ; embrassez-les de ma part, et dites-vous bien tous que la place que vous occupez dans mon cœur vous est acquise jusiju à ma mort.
Je vous embrasse du plus tendre lie mon cœur.
Les cruels désastres d'Italie (1) et les arrestations de Paris (2), que je viens d'apprendre dans l'instant, ne sont pas des nouvelles agréables; mais nous aurons peut-être quelques autres motifs de consolation.
CGXIY