RÉFLEXIONS POLITIQUES
Soumises à Sa Majesté (Louis XVIII).
Nous nepouvons plus lutter à force ouverte contre la révolution qu'un usurpateur habile afIermitchaquejour.La paix
(1) Jules de Polignac, second fils de la duchesse, fnlur ministre de 1830.
(2) L'acte d'amnistie pour les prévenus d'émigration, promulgué le 2i avril 180:».
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eslfaile, toiile lionleusc, (ouïe ilangereiiscqii'eJle cslpour rEuropc (1). 1^'épuisoinent des puissances, la lassitude des peuples, le besoin de reprendre iialeine rendront cette paix plus ou moins durable. Le premier Consul ne songe (ju'à profiter de la paix glorieuse (ju'il a procurée à la France pour consolider son pouvoir. Tout est moyen pour lui et {)Our son ambition insatiable. Son liypocrisie s'empare de la religion même pour légitimer, en quelque sorte, le vol des propriétés et sa propre usurpation. Le cbef de l'Église catholique, en sanctionnant la vente des biens du clergé, a rassuré les consciences des acquéreurs. Cette sanction, toute insuffisante qu'elle est pour des âmes pures et pour des hommes éclairés, aura un grand effet sur la multitude, qui ne raisonne pas, et, aux yeux de celte mullitude. les acquéreurs jouissent en repos de conscience. 11 faut voir le mal tel qu'il est. pour pouvoir y porter remède; ce n'est plus le temps des illusions; il ne faut pas s'en rapporter aux nouvelles et aux raisonnements des faiseurs de bulletins ; il faut examiner les faits positifs, les résultats ; il n'y a que cela de vrai.
Pourquoi donc continuer à répandre une tache d'infamie sur les pasteurs qui ont accepté des évèchés, sur tous les évèques démissionnaires, et sur les prêtres qui rentrent en France pour y reprendre leurs fonctions ? Pourquoi exaspérer des hommes qu'il faut au contraire s'attacher par les plus forts liens, ceux qui, à la longue, auront le plus de moyens pour ramener leurs troupeaux aux vrais principes que la religion commande, et conséquemment à la monarchie ? Pourquoi refroidir ou annuler leur zèle, au lieu de l'échauffer ? S'ils ont une bonne intention (il y en a sans aucun doute parmi eux), il est injuste de les mal juger et maladroit de les entacher, puisque c'est diminuer leur inllucnce. Pensent-ils mal ? Alors il est impolitique d'irriter des hommes qui, calculant leur ambition, pourront un jour se retourner en faveur de l'autorité légitime,
(1) Piiix de Luuùville, 'J février 1801. Taix d'Amiens, 2o mars ISÛiî.
si on ne s'en fait pas des ennemis irréconciliables. Il tant considérer que l'état actuel des évèques est précaire, sans honneurs, sans richesses, sans cette considération nécessaire qu'ils avaient pendant la monarchie. Leur intérêt tend donc tout naturellement vers le rétablissement de la monarchie qui, ne pouvant avoir lieu par la force ouverte, ne peut revivre que par le retour de l'opinion. Les évèques conservent leur autorité, leur influence sur les curés et les prêtres qui peuvent avec sagesse diriger l'esprit public. Il est donc bien important d'avoir pour soi cette armée ecclésiastique, qui combat toujours et dont l'usurpateur veut s'emparer. Ne serait-il pas d'une grande prudence que le Roi lui-même autorisât les évèques (jui ont refusé leurs démissions à les donner enhii et même à accepter des places ? Peut-on douter de l'emploi qu'ils feraient de leur pouvoir spirituel ? Pourquoi ne pas approuver la décision des casuistes, qui prononcent que le serment exigé est purement passif, (ju'il n'attaque pas les consciences, et qu'il ne délie pas du pt-emier serment fait au maître légitime ; mais qu'il n'(;st qu'une simple soumission à la puissance do fait, tant qu'elle existe. Je passe à présent à la classe des émigrés la'ùjues. Est-il possible de les empêcher de rentrer ? Il serait donc impolitique d'en témoigner du mécontentement. Le plus grand nombre est même forcé de rentrer, puisque les puissances étrangères qui donnaient asile et secours à un si grand nombre d'émigrés ecclésiasticjues et laïques refusent déjà de contiiuier les secours et peut-être bientôt refuseront l'asile même. Serait-il juste, en ce cas. de les condamner ? Serait-il politifpie e( juste d'exaspérer par le blâme tous ces êtres malheureux, dont le plus grand nombre est fidèle? Ne vaut-il pas mieux leur montrer confiance en leurs sentiments, intérêt à leur bonheur, joie même de les savoir au sein d'une patrie où ils porteront leur amour pour leur Roi? C'est ainsi qu'il faut les exalter, c'est ainsi (jii'on échaufl'era leur zèlcfpi'on leur inspirera le désir de faire naître d'heureuses circonstances, ou du moins
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de les saisir lors([ii'olles s'olfriroiiL. Je voudrais même que le Roi allât plus loin, et qu'ils fussent autorisés à accepter des places. Ne vaut-il pas mieux qu'elles soient remplies par eux que par des ennemis ? Leur existence, leur discours détruiront à la longue l'opinion que la calomnie a répandue avec succès. Ils changeront cette opinion injuste qui n'a été que trop propagée et surtout par ceux qui rentrent avec l'idée qu'ils ont perdu aux yeux du Roi le mérite de leur fidélité. En les exaspérant, au lieu de les exalter, si ce n'est pas une injustice, c'est du moins manifestement une grande maladresse.
La force n'existe plus ; les puissances seront soumises; Bonaparte est vainqueur ; il fait la loi aux gouvernements qu'il a vaincus, et, s'il en est parmi eux de bien intentionnés,il est positif qu'ils ne recommenceront pas la guerre pour notre cause. Dans cette cruelle position, il est de la sagesse de réprimer dos mouvements d'indignation et de colère, justes en eux-mêmes, mais impuissants et nuisibles. C'est en France qu'il faut se conserver en grand nombre des partisans de toutes les classes, ecclésiastiques et laïques, car la France seule peut rétablir son souverain ; il faut la mener à le vouloir, et pour parvenir à ce but, il faut exalter, et non exaspérer ceux qui pourront agir.
Mais, me dira-t-on, le mal est fait, et il n'est plus possible de le réparer. Voilà ce que je nie. Je pense au contraire que ce mal serait réparé de fait, si le Roi, pour l'intérêt de la religion (sans parler aucunement de celui de la monarchie) autorisait les évêques non démissionnaires à se démettre, par sa permission et d'après le vœu du chef de l'Église, des places qu'ils occupaient et qu'ils devaient à ces deux pouvoirs réunis. La déclaration du Roi ne serait pas difficile à faire et pourrait produire un très grand effet, en ne mettant en avant que le motif de la religion et de l'unité de l'Église catholique.
Cette déclaration (n'eùt-elle d'autre but que de rappeler ses droits au souvenir d'une nation qui paraît les oublier) ne serait-elle pas d'une haute importance? En parais-
sant céder à l'intérêt de la religion, le Roi n'obtiendraitil pas l'avantage de réveiller l'amour de ses sujets et de leur faire sentir le remords et la honte d'obéir à un usurpateur étranger, qui se sert de la religion même pour affermir sa puissance? Quel plus beau contraste à montrer au peuple que celui du souverain légitime ne s'occupant que de l'intérêt de la religion, tandis que l'usurpateur hypocrite ne veut que la faire servir à ses vues ambitieuses ? Quoi! lorsqu'il est question du plus grand des intérêts, celui du rétablissement du culte catholique, le Roi ne parlera pas ? Il se laissera accuser ou d'insouciance pour un si grand objet, ou de menées sourdes pour le combattre ? C'est en quelque sorte donner sa démission de Roi. Son silence dans une circonstance aussi grave ne peut être bien interprété, et il semble se condamner lui-même à l'oubli... A l'oubli ! quand il a une si belle occasion de rappeler au souvenir des Français ses droits indestructibles ; quand il peut donner une si grande idée de sa modération, de sa sagesse, de sa piété, et faire revivre le désir d'être gouvernés par elles !
Avec quelle rapidité le tyran marche au titre suprême qu'il ambitionne, pour éterniser l'autorité suprême dont il s'est déjà emparé ! Je me flatte qu'il s'est trop pressé ; qu'il a trop rapproché de son Concordat et de son hypocrisie religieuse le désir orgueilleux de son inamovibilité. J'espère que le Ciel qui, tôt ou tard, punit les superbes, lui a inspiré cette précipitation, ce mouvement d'orgueil, cette audace pour laisser enfin s'écrouler cette puissance d'argile. Mais c'est le moment oii il est important que le Roi ne se laisse pas oublier, et qu'il ranime l'amour de son peuple par un acte de piété qui ne peut pas manquer son elle t.
Mais, me dira-t-on, ce serait prendre une marche opposée à celle qu'on a prise dans cette grande affaire. Qu'importe ? Ne vaut-il pas mieux revenir sur ses pas que de continuer à marcher dans une fausse route "? N'y a-t-il pas un grand mérite à tout faire céder aux seuls motifs de
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l'intérêt de la religion et Je l'unité du culte catholique ?
Je me trompe fort si cette pensée, inspirée par mon pur "zèle dans un moment aussi important, n'est pas faite pour fixer l'attention de Sa Majesté, qui y donnera par sa sagacité et ses lumières tout le développement dont elle me paraît susceptible.
ccxxiy
M. DE VAUDREUIL AU COMTE DE STAHREMBERG (i).
Désir d'aller servir le gouvernement anglais à Saint-Do-ningne.
Ce 3 décembre 1803.
Je vous prie, Monsieur le comte, d'être bien convaincu de ma reconnaissance pour votre obligeant empressement à me transmettre la réponse très flatteuse de lord Auckland. Je suis bien sûr de la devoir à votre recommandation, qui me flatte sous tous les rapports. SiM.Addington attache quelque prix à une idée que vous avez jugée bonne, et si les circonstances permettent d'y donner de la suite, je serai ardent à employer les dernières années de ma vie à servir à la fois l'Angleterre et mon pays natal, ainsi que l'humanité soutirante dans la plus belle colonie des Antilles et la plus importante par sa grandeur et par sa position centrale. Si mes propositions sont acceptées, je ne me dissimulerai pas que je vous en devrai le succès,
(1) Stahremberg. Le comte (plus tard prince) Louis di- Stalu-omborg, né en 1762, mo'rt en 1833. Envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiadre de l'empereur d'Allemagne à Londres. — F^in durch seine Fatalitaten, Sehulden, u. s. w. in seiner Art beriihmt gewordener Herr. «(Vehse, Geschichte des Œsterreich.Ilofes, t. IX, p. lo:2.) Il a eu deux fils qui n'ont pas laissé de descendance.
et il m'en sera plus doux. Si au contraire les ministres ne croient pas pouvoir y donner de la suite, j'aurai du moins l'avantage d'avoir prouvé ma reconnaissance et mon zèle et d'avoir été approuvé et servi par vous.
Daignez agréer, Monsieur le comte, l'hommage de ma sensibilité et celui de mon respectueux attachement.
Comte DK YAinnEuiL.
Madame la comtesse de Stahremberg a bien voulu me permettre d'aller entendre la messe chez elle ledimanche, et j'en profiterai demain, si cela ne vous importune pas. J'espère que vous serez plus content de l'état de l'intéressante malade. Je sais que M. Dundasn'en a aucune inquiétude. M™^ de Vaudreuil me charge de vous dire qu'elle partage bien vivement ma reconnaissance.
LE COMTE D'ARTOIS A M. Di: VAUDREUIL
Bruit d'un changement de ministère en Angleterre, — Souvenir de M""* de Polaslron. — Soumission aux décrets de Li Providence.
Londres, ce 23 avril 180i.
Je te remercie de tout mon CdMir de mavoir donné de tes nouvelles. J'aurais vouhi seulement qu'elles fussent meilleures; mais j'espère, mon ami, que les poudres et un peu de repos te remettront : j'ai besoin de compter sur cela.
Il n'y a rien d(» nouveau depuis ton dt''part. On répand un changement de ministère comme certain. Quels seront les collègues de M. Pitt? Je l'ignore. Que feraM. Pill ? Je l'ignore également.
Quanta moi, je remplirai mes devoirs avec persévérance, peut-être môme avec zèle, parce que Dieu me l'ordoimeet
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que je dois lui obéir. Mais je sons chaque jour de plus eu plus que le monde a complètement disparu pour moi; il est si vrai, siprofondémentvrai que je n'y tenais que pour un seul objet (1) ! Pardon si je te répète ce que tu sais aussi bien que moi. Malgré le cruel état de mon cœur et de mon âme, ma santé est fort bonne. Je ne le conçois pas, et je crains que la Providence ne veuille prolonger mon supplice; mais je me soumets sans murmure à tous ses décrets, et j'espère que rien n'altérera ma résignation.
Dis bien des choses de ma part à ta femme, et embrasse les enfants pour moi.
Adieu, mon ami ; je t'aime et t'embrasse de tout mon cœur.
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