XLVI INTRODUCTION
j^^entilliommo sorli de France incrédule y entrera, à l'exemple du roMile d'Arlois. rendu aux devoirs et aux espérances de la vie chrétienne.
La première Restauration qui le ramena à Paris, après ving-t-cinq ans d'absence, lui valut de finir sa vie au milieu de nouveaux honneurs. Il fut nommé lieutenant général et introduit dès le début à la Chambre des pairs. L'ancien Mécène de Gennevilliers devint ensuite gouverneur du Louvre, puis entra par ordonnancée l'Institut, en même temps que Yaublanc, Blacas et Turpin de Crissé. C'était un revenant, mais qui trouvait, du moins en dehors de la politique, des mains tendues pour le recevoir. « Avant hier, écrit la comtesse Potocka le 22 mai 1814, j'ai été à un concert chez M™''Yigée-Lebrun. Tout le monde s'amuse à voir M. de Yaudreuil en faire les honneurs comme il y a vingt-cinq ans. Ils paraissaient fort bien ensemble malgré la lacune: ils se sont retrouvés comme le beau Cléon et la belle Javotte, et auraient bien pu ne pas se reconnaître (1). » ■ — « Chaque jour, écrit un autre comtemporain, on venait lui rappeler les bienfaits qu'il avait oubliés, et ces témoignages d'une longue et rare reconnaissance le touchaient profondément. Il n'avait rapporté aucun souvenir amer. »
Assisté de sa compagne, dont le visage resté jeune semblait répondre à la jeunesse de son propre cœur, il recevait au Louvre en grand seigneur d'autrefois; il y réunissait à sa table ses amis de diverses époques, Anglais ou Français; il y donnait des concerts oii se firent entendre Viotti revenu comme lui de Londres, et Garât rendu aux admirateurs de sa jeunesse. Son insouciance était restée jusqu'au bout égale à sa générosité. Un de ses amis a raconté que le lendemain d'une do ces fêtes, lors de la Saint-Charles de 1816, ses créanciers se présentèrent chez lui, aussi nombreux que ses invités la veille. Il eût
(1) L. Pérev, Ui?tou-p. d'une grande dame. La comtesse Hélène Potocka, p. 452.
été fort embarrassé de les satisfaire, et ce fut le comte d'Artois qui désintéressa les plus pressés.
Son plus vif désir eût été d'obtenir du Roi, parle même intermédiaire, la récompense accordée à la fidèle amitié de d'Avaray. le titre de duc. De Londres, où il était réfugié pendant les Cent-Jours, il rédigea pour son prince une supplique qui resta sans effet, ou qui ne fut pas envoyée à son adresse. Peut-être est-ce à propos d'une démarche de ce genre que le comte d'Artois lui aurait fait la réponse citée parM""" Yigée-Lebrun : «Tais-toi, vieux fou, tu asperdula mémoire, car il y a quarante ans que je suis ton meilleur ami. » Quoi qu'il en soit, Vaudreuil, durant sa dernière maladie, renouvela une requête qui avait pour but, pensait-il. d'assurer à son lils une brillante alliance. « 11 est bien jeune », se borna à répondre du bout des lèvres le prince devenu dévot, et très préoccupé, dit-on, de faire enlever le portrait de M"^ de Polignac suspendu auprès du lit du mourant, afin qu'aucun souvenir profane ne troublât les derniers moments de son ami. Plus tard du moins, en appelant dans ses conseils l'héritier de la belle duchesse, son « cher Jules », comme disait déjà Vaudreuil, il laissa, j'imagine, les souvenirs du cœur influer sm' sa résolution et se plut à voir revivre ainsi à ses côtés le meilleur compagnon de sa jeunesse et le courtisan de son long exil.
Vaudreuil ne figure dansl'histoire officielle de la Restauration que par sa présence aux obsèques de Louis XVI et de Marie-Antoinette à Saint-Denis et par son vote de mort dans le procès du maréchal Ney. S'il fut encore question de lui en 1813, pour le ministère de la maison du Roi, ce ne fut qu'en passant et comme à la dérobée (1). Dès sa première rentrée en France, il avait ressenti les premières atteintes de la maladie qui devait l'emporter, le 17 janvier 1817. Son éloge fut prononcé à la Chambre des pairs par le duc de La Rochefoucauld-Liancourt. Un seul mot
(1) Vitholles, Mémoires, t. 111, p. 183.