‹ CorrespondenceChapitre 12 sur 35 · MARIE CAPPELLE ET LA FAMILLE COLLARD · texte numérisé non relu

MARIE CAPPELLE ET LA FAMILLE COLLARD

quelques jours de vie, parmi les hommes. Soyez tranquille, cher oncle, je ne faiblirai pas et je rassemblerai les dernières forces de mon âme pour crier mon innocence. Ce dernier fait a empêché qu'on désignât une Maison centrale. Il semble que, sous votre bénédiction journalière, ma douleur sera moins amère. Je désire être envoyée à Montpellier.

C'est à genoux, que je reçois la noble assurance de l'intérêt de notre généreux évoque. Je savais que sa grande voix était plus haute que la voix des flatteurs de ce monde. J'apprends que son cœur aussi a l'indulgente charité des premiers apôtres. On croit plus facilement à la providence de Dieu, quand leurs représentants sont de bons anges pour ceux de ses pauvres enfants qui souffrent sur la terre.

Adieu, mon oncle chéri. Je suis trop faible pour écrire davantage ; mais je suis toujours assez forte pour vous aimer et vous respecter profondément.

P. S. — Votre fille veut elle me permettre de compter une cousine de plus dans mon cœur ? Aux yeux du monde, j'en suis indigne ; aux yeux de Dieu, il m'est permis de l'aimer.

Mon cher oncle, si c'est folie de résister à la force lorsqu'on est renversé, de combattre encore

102 GORRESPONOANCE

quand on est vaincu, de protester contre l'injustice quand nul ne l'entendra, si c'est folie que de vouloir mourir debout quand, pour mesure d'une vie, il ne reste, hélas ! que la longueur d'une chaîne, plaignez-moi, mon oncle, je suis folle 1

J'ai passé toute la soirée d'hier et toute celte nuit à familiariser mon cœur et ma conscience avec le joug nouveau qu'on leur impose. Il est trop lourd; mon cœur et ma conscience se révoltent. J'accepterai, de la Loi, des rigueurs qui peuvent me tuer plus vite, je n'en accepterai pas les humiliations qui n'ont pour but que de me dégrader, de m'avilir. Ecoutez-moi, mon bon oncle^jCt croyez-le. Ce n'est pas devant la douleur que je recule. De mon lit à la cheminée, il y a seize de mes pas ; de la porte à la fenêtre, il y en a neuf; je les ai comptés. Ma cellule est vide; entre ses quatre murs froids et nus, entre son pavé de grès et son plafond de lattes, il reste un lit de fer et un tabouret de bois. Je vivrai là. Du dimanche où vous serez venu, jusqu'au dimanche où vous reviendrez, il y aura six jours de souffrances solitaires, pour une heure de souffrance partagée. Je vivrai ces six jours. Mais porter les insignes du crime, sentir se débattre ma conscience sous cette fatale robe de Nessus qui ne s'attache pas au corps seulement, qui brûle et qui tache l'âme? Jamais î

Je vous entends me dire que c'est l'humilité, qui fait les martyrs et les saints. L'humilité, mon oncle, je la comprends dans les héros, je l'adore dans le Christ ! Mais je ne donne pas ce nom à

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