MAIRIE GAPPELLE ET LA FAMILLE GOLLAHIJ IO
sympathies éveillées par mon malheur ne s'éteignent. J'ai peur que les profondes afléctions qui me font vivre ne diminuent, et il faut me pardonner si je préfère mille fois la pensée de la mort à celle si terrible de l'oubli.
Adieu! Voilà tout ce que je souffre, voilà tout ce que je sens. Ne soyez plus sévère, mais aimezmoi immensément, comme je vous aime.
Ce mercredi.
C'est à peine si je puis vous écrire, cher oncle. Depuis huit jours j'ai repris mes anciennes douleurs nerveuses, et je souffre plus que je ne puis vous l'exprimer.
Hier matin, cependant, il me fut possible de me lever, j'avais demandé à un bon prêtre une messe, dans la prison. J'ai prié pour vous, pour lui, pour moi; j'ai versé bien des larmes. Heureux les exilés qui ont achevé leur pèlerinage, et qui retournent à leur Dieu ! Mais malheureux les pères qui restent avec une tombe, les pauvres mères qui sentent se glacer la main qui devait guider leur vieillesse, fermer leurs yeux, être leur dernière joie, dans cette triste terre de douleurs !
Mon pauvre oncle, chère et bien-aimée tante, laissez-moi vous aimer autant qu'il vous aimait ; laissez-moi être votre enfant. Si j'en suis indigne
I08 COKRESPONDANCE
aux yeux des hommes, j'en suis di^^ne aux yeux de Dieu. Il sait, votre Adolphe, que je suis innocente, il m'adopte pour sa sœur, il me lègue le soin de vous honorer, de vous bénir, de vous aimer jusqu'au jour où vous serez réunis à lui, dans le ciel. Ma tête se brise. Je suis obligée de vous quitter, mais je laisse mes pensées et mon cœur près de vous. Je couvre de baisers vos pieuses et affectueuses mains.
Marie Cappelle à Gustave Collard.
Vous craignez que je ne comprenne pas toute votre affection, cher Gustave ? Mais n'ai-je pas mon cœur pour dire comment on aime ? Vos pensées, vos actions, vos bons regards ou vos bons soins? Mais votre frère n'est-il pas mon frère ? Ma tante ne m*a-t-elle pas permis d'être sa fille ? Ne suis-je pas votre sœur? Faites comme moi; je ne doute jamais de ceux que mon cœur et mon amitié adoptent. En ce moment, où je voudrais vous garder rancune pour vous punir, malgré moi, je vous pardonne et je borne votre pénitence à me donner, soir et matin, tout un quart d'heure de vos pensées pendant huit jours. Sincèrement, Gustave, je crois à votre affection ; je n'hésiterais pas à lui demander un sacrifice et, faible femme.
MARIE GAPPELLE ET LA FAMILLE COLLAIVD I OQ
j'oserais m'appuyer sur vous sans crainte de vous faire partag^er le poids de mon malheur.
En revanche, regardez-moi toujours comme voire amie et votre sœur. La vie est quelquefois lourde à porter, on est souvent blessé dans sa conduite, dans ses convictions, dans son cœur. Avant que vous n'ayez, comme Eugène, de chers liens et de bien-aimés trésors, venez à moi ; je veux la moitié de vos découragements, de vos tristesses, de vosjoies.Avec la triste expérience de mon malheur, je vous donnerai protection, quelques conseils. J'oserai môme me faire sermonneuse dans de bien graves confessions ; mais vous trouverez qu'une sœur est une douce contidente, et que l'amitié est toute puissante pour essuyer les larmes, pour donner de la force, de l'ambition, de la persévérance^ pour aplanir les commencements si durs de toute carrière sociale.
Adieu! Si vous vous croyez vaincu, vous m'écrirez une immense lettre et vous ferez scrupuleusement votre pénitence. Je vous serre affectueusement la' main dans mes deux mains. Rappelez-vous toujours, Gustave, que vous avez deux sœurs.
Marie C appelle à Adèle Collard.
Ma douce, ma bonne petite sœur, je vous adopte de toute mon âme. Hélas ! je n'aurai à partager
IIO CORRESPONDANCE
avec VOUS que des larmes; mais je saurai retrouver un sourire pour prendre la moitié de vos joies. Pour moi, il n'y a plus de bonheur et d'espoir en ce monde; mais je saurai toujours comprendre le bonheur de ceux que j'aime, et mes larmes pourront se sécher à cette participation.
Ma chère petite sœur, vous m'avez envoyé le livre par excellence, le livre que Dieu semble avoir dicté pour la consolation des faibles et des affligés.... Mille fois merci. Vous avez la science du cœur ; Dieu vous préserve, douce et pieuse amie, de celle du malheur!... Si je pouvais acheter le bonheur de ceux que j'aime au prix de mes soufl'rances, je crois que je voudrais souffrir par ma volonté toutes les ang-oisses qui m'ont torturée; mais, hélas ! je mets des larmes dans les yeux que j'aime, et ma douleur a de Técho dans vos cœurs.
Ma bonne sœur, je serre vos mains dans les miennes. Je vous embrasse.
Marie Cappelle à M"^^ Collard.
Ma bonne tante, comment vous portez-vous, ce matin? J'ai besoin de vous savoir délivrée de l'ennuyeuse indisposition qui vous torturait, hier. C'est une de ces souffrances anti-poétiques qu'il faut supporter, le sourire sur les lèvres, qui éveillent mille douleurs et nulle sympathie. Je la souhaite