MARIE CAPPELLE ET LA FAMILLE COLLARD 1 1 I
bien loin de vous, et si ma lettre ne peut être qu'une lettre de condoléance, je vous plains de toute la force d'une expérience que je vous avoue, et d'une affection dont vous ne doutez pas, je Tespère...
Chère et noble famille, que ne vous dois-je pas? Lorsque tout m'abandonne, vous êtes venue près de moi ; vous avez lu dans ma conscience, et vous avez bravé la contag'ion du malheur... Hautement, vous m'avez adoptée, au moment de l'opprobre et de l'humiliation... Puis-je assez vous bénir? Puisje assez vous aimer? Il me semble que Dieu ait permis aux âmes des bien-aimés qu'il m'a pris de se mêlera vos âmes. Il me semble que j'ai retrouvé un père, une mère, que je dois ressusciter à toutes les joies du cœur, alors que je suis morte à toutes celles de la vie.
Je voudrais vous dire que je vais bien ; mais cette journée a été envahie par mes maux d'estomac habituels et des douleurs accablantes... L'excellent docteur, qui joint à la science du cœur celle de Tintelliçence, me soig-ne avec une bonté infinie. Il me guérira, s'il est possible de guérir ce que la calomnie et les hommes ont brisé depuis deux ans. L'orage est sur ma tête, et l'horizon est si sombre qu'il serait plus facile de voir ma tombe sur la terre qu'un rayon d'espoir au ciel.
Ma toute chère tante, pardonnez-moi cette triste lettre. Je ne sais pas dissimuler avec ceux que. j'aime, et mes paroles sont l'écho de mes pensées.
Adieu, je vous embrasse, je vous aime, je vous vénère de toute mon âme.
Marie C appelle à Adèle Collard.
« Ma chère petite sœur, je vous embrasse deux, trois, quatre fois, et puis je me fais muette ; car j'ai, ce soir, de si violentes douleurs de tête,aug-mentées d'un rhume de cerveau, que je veux vous épargner les quelques grosses bêtises que j'aurais à peine la force de vous envoyer.
Mille respectueuses tendresses à votre bonne mère. Mon oncle est à son poste d'ang-e gardien, au-dessus de mon chevet(i).Ges trois bien-aimés ont mes premières et mes dernières pensées. Lorsque je vois mon grand-père me sourire, il me semble que c'est sa conscience qui m'encourage sous ses traits. Alors le mépris des hommes ne saurait m'atteindre. Je me sens forte... Vous l'avouerai-je? je me sens grande et digne d'affection... Tous ceux que j'ai le plus aimés sont au ciel; ils me servent, ils me bénissent. L'immensité de mes douleurs a bien effacé les inconséquences et les fautes de ma mauvaise tête,et, si je suis l'humiliation de ceux qui m'aiment sur la terre, je suis l'orgueil et la joie de ceux qui m'attendent au ciel. Vous me grondez quelquefois, de désirer la mort! Mais comprenez-vous que je les reverrai, que pour vous je serai sans tache, qu'une vérité réparatrice m'attend? Oh! que ne puis-je prendre des ailes
(i) Où étaient placés le portrait de son grand-père et de son père.