MARIE CAPPELLE ET CHARLES LAFARGE
Sauvez-moi ! Soyez le bon ang-e de la pauvre orpheline, ou bien tuez-la, ou dites-lui de se tuer. Ecrivez-moi, car sans votre parole d'^onneur, — et je crois en vous, — sans elle écrite, je n'ouvrirai pas ma porte.
MARHC.
Charles Lafarge à sa femme.
Limoges, lundi soir, 20 novembre 1889.
Il est dix heures, bonne petite Marie, et tu sais que c'est l'instant de ne songer à rien plus qu'à Tamour que nous avons l'un pour l'autre. Je suis éloigné de seize lieues de toi, et cette nuit va me laisser bien de la tristesse lorsque, (te) cherchant à mes côtés, ma main ne rencontrera plus l'objet de mes rêves et de mes pensées. Oui, mon ange,je te le répète, c'est un bien grand sacrifice pour moi que celui de ne pas t'avoir; penser à toi, la récréation en est douce et suave; penser que je t'aime, que je t'adore, rend mon cœur content; mais tu me manques... Médire à moi-même qu'à l'heure où je t'écris tu m'aimes, que tu es toute à moi ; ah ! chère Marie, que cette pensée me rend heureux! Dans deux heures d'ici, tu m'appartiendras pendant mon sommeil. Gomme je vais t'embrasser, te serrer dans mes bras ! adieu, etc.