‹ CorrespondenceChapitre 25 sur 35 · MARIE CAPPELLE A THÉOPHILE MERCIER · texte numérisé non relu

MARIE CAPPELLE A THÉOPHILE MERCIER

Ce n'est pas dans nos confidences de jeunes filles que j'ai été puiser des accusations. Excepté les faits qui touchent à l'accusation immédiatement et à la disparition des diamants, je garderai comme sacrés, inviolables, les secrets qui se sont posés autrefois sur mon cœur. C'est aux voix mystérieuses de la Société, au hasard, à la Providence, que mes avocats demandent des preuves de mon innocence. Déjà les lettres d'Alger sont venues; on les a déclarées fausses, puis enfin reconnues véridiques. Il en sera ainsi de tous nos moyens, terribles peut-être, honorables toujours.

Adieu, mon bon et noble croyant. J'admire votre harmonieuse parole, j'aime et je respecte le grand cœur qui vous la dicte, et je vous bénis chaque jour pour le bienfait de votre sympathie.

8 juillet i84i.

Mon bon, mon noble ami, depuis trois jours j'apprends à vous connaître, à vous aimer, s'il se peut, davantage encore. M. Lachaud m'a rapporté chacune de vos paroles ; j'ai pleuré de reconnaissance à ces tendres et loyales expressions de votre amitié, et j'ai remercié Dieu qui vous a fait si bon. J'ai lu avec un intérêt et un orgueil d'ami votre drame, puis cette Harpes des Peuples, sonore, grave, inspirée, comme les chants des prophètes

hébreux. Le bel ouvrage de Lamennais a toujours eu un culte, près de moi ; il m'est devenu doublement précieux ; vous en avez fait une harmonie sainte, recueillie, une harmonie d'âmes en peine et' captives, qui endort tristement les pensées de votre pauvre Marie ! J'ai lu avec un plaisir particulier rExilé, le Jeune soldat et cette naïve ballade de la Mère et la Fille. Laissez-moi vous dire combien vous avez délicieusement poétisé le chant XXXL Je suis bien fière de vous : il me semble que votre affection m'en donne le droit.

M***me dit qu'il faut terminerbien promplement les premiers volumes de mes Mémoires. J'écris toute la nuit, toutle jour.. . Cette viede travail serait au-dessus de mes forces si mon œuvre n'était pas destinée, dédiée à mes amis, écrite bien plus avec mon cœur qu'avec mon esprit. Cette raison me donne seule assez de courage pour faire violence, en dépit de mon bon Ësculape, à une douleur nerveuse continuelle qui paralyse les facultés de ma pauvre tête.

Adieu, etc.

25 juillet.

Mon ami, que je vous trouve indulgent ! Que je suis orgueilleuse de vous avoir compris au-dessus de certaines petites susceptibilités de ce monde et

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de ne pas m'être trompée! Je vous remercie, ou plutôt je remercie Dieu, qui voulut vous raetde dans les rudes sentiers de ma triste vie, comme ma consolation, comme un guide.

Vous avez raison, mon ami, je suis une pauvre femme bien malheureuse toujours, souvent bien tourmentée. J'étais faite pour aimer, pour devoir toute mon existence à d'autres existences chéries ; et il me faut combattre, il me faut écrire ! Quelquefois il me vient de la haine dans le cœur. Plaigriezmoi, surtout aimez-moi toujours, ywa/it/ même. Go que je vous avais dit dans toutes mes lettres, mon Dieul je vous le dis encore : je croyais que la calomnie n'y trouverait pas des armes. Hélas ! tout sert pour frapper la pauvre Marie !

Voici ce qui est arrivé

Mon noble et cher croyant, je vous le demande en grâce, pardonnez-moi la peine involontaire que je vous ai causée ; par-dessus tout, aimez-moi encore; votre amitié est un trésor. Ils ont pris avec leurs calomnies tous mes amis, flétri toutes mes joies, toutes mes croyances, ces cruels ennemis. Je vous le demande en ^ràce, restez-moi.

J'ai bien soufïert de l'article du Courrier français. Il me faut boire la coupe jusqu'à la lie! J'aime la pensée de la mort, autant que les heureux de ce monde aiment la pensée de la vie. S'il n'était pas possible de mourir tous les jours, à toute heure ; si Dieu n'avait pas son éternité pour les malheureux, je deviendrais folle ! — Adieu, mon cher

croyant ; adieu, noble et cher trio ; je vous rêve bien souvent ; vous avez acquis l'amilie, la recon '■^^sance et ia profonde estime de -tre pau- Marie, pour aujourd'hui, pour demain, pour ton jours.

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