‹ CorrespondenceChapitre 30 sur 35 · MARIE C APPELLE · texte numérisé non relu

MARIE C APPELLE

P. S . — Puis-je vous rappeler, Monsieur, que vous m'avez promis la communication de quelques cahiers de votre cours. Sans doute, je n'ai pas tout le savoir réel qui me serait nécessaire pour suivre toutes vos lumineuses appréciations sur la nature, l'être et les fins de l'entendement humain. Vous répandez la lumière en face et, moi, je ne pourrai la soutenir qu'à travers les voiles de votre esprit. Quand vous vous élèverez trop haut, je me contenterai d'admirer l'harmonie de votre langage. Exaucez ma prière. Monsieur. Si j'étais libre, j'irais vous entendre. Captive, donnez-moi les moyens de vous méditer.

A M"^^ X,., à Clermont-Ferrand. •

Que je vous rends grâce, chère Madame ! Vous êtes une fée bienfaisante qui prévenez les moindres souhaits de la pauvre prisonnière. Soyez bénie de Dieu, autant que je vous aime. J'avais une lettre à finir pour George Sand. M. Viale vous la portera, demain matin. Seriez-vous peut-être assez bonne pour faire demander à la dilligence {sic) s'il y a un paquet à mon adresse ou à celle de M. Lachaud?

Je pourrais alors envoyer à noire cher malade ce qu'il est assez bon pour désirer. Pardonnez-moi le pronom possessif. Ce pauvre blessé a gagné sablessure en allant à la conquête de mon moineau (?). Ne dois-je pas prendre la moitié de ses souffrances? Adieu : je vous aime, aujourd'hui et toujours.

A M. Boiinel, curé d'Ornolac, près Ussat.

Dimanche, 3o août (i852).

Dieu m'aime, Monsieur, car il semble vouloir me prendre par la main pour me conduire d'étape en étape toujours plus avants dans la voie royale de la croix. Une dent dont le dentiste avait offensé le nerf à Montpellier et qui m'afait souffrir d'intolérables douleurs vient de se casser et recommence à me faire subir le martyr (sic). Dans cet état je ne puis, ni parler, ni dormir, ni manger; la névralgie entraîne après elle la fièvre. Quel bien pourraient me faire les eaux [illisible)^ par un pareil contre-temps et par de semblables douleurs? Je vais, faute d'un dentiste à Foix, me faire torturer par un dentiste de Toulouse et, si l'opération ne m'énerve pas d'une façon trop cruelle, je serai ici dans deux jours, un peu fatiguée peut-être, mais dans les conditions voulues pour y passer avec fruit tout le mois de septembre.

MARIE CAPPELLE A DIVERS SSy

Dans l'espoir que celle lellre ne vous apporlera pas nos adieux, je m'incline respeclueusement, Monsieur, au devanl de votre sainte bénédiction et je vous dis au revoir. Mais si Dieu me conduisait à des épreuves nouvelles, je vous demanderais le droit de vous rester alliée par le souvenir, le respect et la reconnaissance. Je vous demande de venir me rappeler à vos prières, tantôt par une fleurette rare de nos jardins qui s'en viendra fleurir et sourire sous votre soleil, — tantôt par quelques lignes, d'âme à âme, qui nous réuniront en Celui qui n'afflig-e que pour mieux récompenser.

Au même.

Monsieur, .

Je suis revenue, hier, toute confiante et fidèle vers les chères sources où Dieu semble me permettre de repuiser la vie. Malheureusement, des difficultés d'aspect quasi insurmontables nous attendaient au port. En arrivant, voulant d'abord aller au bain, j'ai fait laisser mes bagages au bureau des Messageries. Adèle comptait aller s'expliquer avec M. Pélissier, sur les prix, etc. M.Pélissiers'est fâché du relard, il prétend n'avoir pas de chambre libre. Les autres hôtels sont pleins. Nous voilà donc forcées de repartir pour Montpellier, à moins qu'une fois de plus vous vouliez bien nous servir

de providence visible. Dans cet espoir, Monsieur, nous vous attendons le plus tôt possible, hôtel Rouau, où l'on nous a fait coucher par terre, sur lin seul matelas dans un salon ; ou chez les bonnes sœurs, de vrais anges consolateurs dont je voudrais à jamais bénir les bontés.

Pardon, Monsieur, de m'adressera vous, comme à Tauxiiiaire de la Providence.

Uabbé Boiinel, curé d'Ornblac, à l'abbé X..., à Montpellier.

Ornolac, le 7 septembre i853.

Je suis chargé d'une mission bien pénible auprès de vous. L'intéressante, rexcellenle mademoiselle Adèle Gollard vient, encore une fois, d'être frappée de la manière la plus cruelle dans ses affections les plus intimes; le bon Dieu vient d'exig-er de son cœur le plus grand des sacrifices : sr chère et digne amie, la pauvre Marie Gappelle, lui a été ravie, comme par miracle. Je vous laisse à penser. Monsieur, quel rude coup c'a été pour un cœur si aimant, si parfait, vous qui avez eu tant de fois l'occasion d'apprécier, depuis de longues années, sa sensibilité et son affectueux et incomparable dévouement pour sa bonne cousine! Si les sentiments de religion qui l'animent ne l'eussent soutenue, je crois qu'elle n'aurait pas résisté à la douleur que lui a causé le terrible événement que je suis forcé de vous annoncer.

34o CORRESPONDANCE

Madame Marie Cappelle, que j'ai eu Vhonneur de voir souvent et qui avait, par ses vertus religieuses et ses autres qualités distinguées^ captivé toutes mes sympathies, a rendu son âme à Dieu, ce matin, à neuf heures et demie. Elle a eu le bonheur de recevoir toutes les consolations que notre sainte Relig"ion puisse accorder. En ce moment suprême, elle a été admirable de résignation, de foi, de piété et surtout de charité. Jamais , depuis dixhuit ans que f exerce le saint ministère, je n'avais eu le bonheur d'être si profondément édifié. Jamais on n'a été témoin de plus beaux et de plus pieux sentiments. Le bon Dieu a semblé vouloir la dédommag^er, à sa dernière heure, de tout ce qu'elle avait enduré de tourments et de souffrances, pendant douze ans. Encore une fois, elle a été admirable aux approches de la mort.

Soyez assez bon. Monsieur et vénéré confrère, pour faire part de tout ceci à la bonne famille de cette pauvre mademoiselle Adèle. Je n'ai pas besoin de vous prier de prendre vos précautions pour ménager la sensibilité louable de ses dignes parents. Vous êtes trop sage et trop prudent pour ne pas savoir ce que vous avez à faire, à cet égard.

Veuillez bien rassurer cette excellente famille sur la position de mademoiselle Adèle. Nous tâcherons de contribuer tous, de notre mieux, à la lui rendre aussi facile que possible. Qu'on ne se mette pas surtout en peine sur la manière dont mademoiselle Adèle se rendra à Montpellier. Sans difficulté d'abord, elle se rendra à Toulouse où elle

ira descendre chez la cousine de Marie Cappelle; et, de là, elle continuera sans peine son voyage pour se rendre au sein de sa famille. Sa santé est parfaite, et elle vous prie de faire agréer à sa famille l'expression de ses meilleurs sentiments.

Pardon, Monsieur, de mon importunité, et daignez recevoir l'hommage, etc.

BOUNEL,

Curé aumônier des Bains d'Ussat.

Du même à Mgr VEvêque de Pamiers.

Ornolac, ce 12 septembre i852.

Monseigneur,

J'ai assisté M™^ Lafarge dans ses derniers moments. Quelques heures avant sa mort, et non sous le secret de la confession, M^e Lafarge, qui possédait toutes ses facultés, déclara à haufe voix (\vLelle était parfaitement innocente de ce dont on l'accusait.

Je reçois ce matin une lettre d'un des membres de la famille de M""® Lafarge, qui me prie de consigner dans une lettre les faits qui se sont passés dans les derniers moments de M™e Lafarge.

Avant que de faire droit à cette demande, je veux consulter Votre Grandeur et avoir son avis sur la question desavoir : 1° si je dois accéder à la demande qui vient de m'être adressée; 20 en cas

d'affirmative, si je dois donner mon consentement à ce que ma lettre devienne publique.

Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que, dans l'intérêt de la justice, de la vérité et de la famille Lafarge, il conviendrait que le public fût édifié sur un fait aussi important? On ne peut croire qu'à l'heure de la mort on puisse mentir à Dieu.

Je ne ferai rien, Monseigneur, sans avoir votre opinion, à laquelle j'attache une grande importance et que je vous supplie de me faire connaître le plus tôt qu'il vous sera possible.

J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, Monseigneur, de Votre Grandeur, le très humble et très obéissant serviteur.

BOUNEL, curé.

UEuêché de Pamiers à l'abbé Bounel.

Pamiers, le i3 septembre i852.

Monsieur le Curé,

L'avis de Monseigneur l'Eveque sur la question que vous lui avez soumise est que vous devez vous borner à dire à la famille qu'appelé auprès de la malade vous lui avez apporté les secours et les consolations de la religion et que sa mort a été chrétienne.

Quant à la déclaration que l'on vous demande.

LETTRES FINALhS 343

Monseigneur pense que vous devez vous abstenir de toute attestation, surtout écrite. Le Prélat est persuadé que votre bon sens vous fera pressentir et apprécier Tusage que l'on pourrait faire de la déclaration d'un prêtre en pareille matière.

Recevez, je vous prie, monsieur le Curé, l'assurance de mon dévouement.

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