L. GiDEL (?), chanoine
Adèle Collard à Emile de Girard in.
f3 septembre i852.
Monsieur,
J'aurais voulu être la première à vous apprendre la mort de ma pauvre cousine. Quelle douleur, Monsieur, de l'avoir laissée loin de moi, loin de ma famille ! Il ne me reste pas même la consolation, après tant de larmes et de chagrins, d'aller prier et pleurer auprès d'elle. Quel vide s'est fait autour de moi ? Quelle séparation cruelle ! La pauvre !... dimanche au soir, elle me parlait de vous. Elle voulait vous écrire, dès notre retour. Vous étiez un des premiers dans son esprit et dans son cœur. Elle ne pouvait oublier l'homme puissant qui l'avait aidée à porter la vie.
Morte, elle avait une telle sérénité dans tous ses traits qu'on retarda de quatre heures l'inhumation, au moment même où elle allait se faire. Il
fallut la retirer de son cercueil. Deux médecins furent appelés. Je la frictionnai moi-même, et ce ne fut qu'après un long" examen qu'on la déclara réellement morte. Ses derniers moments ont été sublimes. Dans une crise terrible qui a précédé sa courte agonie, elle a croisé ses mains et, fixant ses regards au ciel, elle s'est écriée :
— Oh ! mes amis, où êtes-vous ? Que je souffre, ô mon Dieu 1 Vous le savez, cependant, je n'ai rien fait I
Les personnes qui l'entouraient voulant demander à Dieu qu'il lui rendît la santé;
— Oh ! non, s'écria-t-elle, laissez-moi mourir. Mes ennemis m'ont tuée, mais je leur pardonne de grand cœur. Que Dieu leur rende en bien tout ce qu'ils m'ont fait souffrir 1
Le vénérable prêtre qui l'a assistée nous disait à tous que, depuis dix-huit ans qu'il exerçait son ministère,' il n'avait jamais été si profondément édifié.
Adieu, Monsieur. Je suis brisée de douleur. J'avais besoin de venir à vous. Il ne m'appartient pas de vous dire ce que je souffre: je sens que vous le comprenez.
Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de ma profonde considération.