MARIE CAPPELLE KT CHARLES LAFARGE
malités ne peuvent aller vite qu'à force de protection.
Faire ressortir combien il serait désaj^réable que je restasse longtemps à Paris, et que tu tiens essentiellement à ce que j'aie mon brevet en rentrant. Une petite lettre charmante, comme tu les écris, au maréchal Gérard, en lui disant que tu te reposes sur lui...
Surunejeuille détachée ^paraissant faire suite:
Chauffe M™^ de Valence pour la croix que tu veux me voir, en lui disant que j'ai fait une découverte magnifique et des plus plus importantes de la métallurgie ; que, maire de ma Commune, je me conduis avec distinction et ai apporté de grandes améliorations dans l'ancienne administration. Enfin, j'ai encore pour moi d'avoir sauvé six personnes qui se noyaient, et une autre trouvée dans une cheminée, la face contre terre, et que j'ai rappelée à la vie. J'ai grand nombre de témoins. Il faut donc que cette bonne M™^ de Valence, qui t'aime tant, fasse donner le ruban à ton mari. Il en serait glorieux pour toi; car toutes ses actions se rapportent à toi...
Marie Cap pelle à Charles Lafarge.
Le GlaDdier, ce jeudi [1889].
Samedi soirje revenais au Glandier(i). Je dormis
(i) Le Glandier, — qu'il faut appeler simplement Glandier, selon
peu et je pensai beaucoup à toi, mon bon Charles: tu vois que nos cœurs se comprennent et qu'ils défient la distance. Repose-toi toujours sur celui de
l'usage du pays limousin, — est une des quatorze Chartreuses que cet Ordre célèbre possédait en France, avant sa dispersion en date Je igo*?. Dans l'ouvrage, les Parias de France (Bloud, édit. Paris) que j'ai écrit sur les abbayes abandonnées par les Congrégations, après l'application des décrets du ministère Combes, j'ai commis un oubli (pie l'occasion me permet de réparer, aujourd'hui, en résumant ici l'historique d*^ la Chartreuse du Glandier.
Un crime fut la cause de sa naissance, au xiii^ siècle. Vers 1210, une élection abbatiale s'étant faite à Tulle et Bernard de Ventadour l'ayant emporté sur Galhard de Cardalhac, proche parent du vicomte de Comborn, ce dernier s'en vengea par la mort d'un moine de l'abbaye, — de sept même, dit-on. Four réparer son crime, ce seigneur appela des Chartreux dans son domaine, au lieu dit Glandier, où ils fondèrent un couvent sous la forêt de chênes qui donna ainsi à cette chartreuse le nom du fruit que produisaient ces arbres. Des glands aussi depuis, parsemèrent son blason. — En 179.3, cette chartreuse sécularisée fut vendue par son premier détenteur Léonard Chauffeur à Jean-Baptiste Pouch Latarge, juge de paix à Vigeois; et ce fut de ce bien, ainsi acquis, que le fils du dernier acquéreur chercha à tirer parti en y créant une forge et en cherchant à y amener quelques capitaux avec un mariage improvisé en 8 jours, comme on sait, dans les salons du régent de la Banque de France, le baron Garât, oncle de Marie Cappelle.
Quand le drame du Glandier eut amené la liquidation des biens Lafarge, le baron Léon de Jouvenel les acquit sans graud profit, ni matériel ni moral. Vers 1869, le châtelain de Castel-Novel pensait déjà briguer les suffrages de ses concitoyens à la députation de Brive. Il pensait aussi à se défaire du Glandier, mais sans troubler sa candidature par un rappel impoliliqse des Chartreux. Or, un jour, un acquéreur se présenta sous l'aspect d'un vieux notaire. Celui-ci n'était autre qu'un Chartreux déguisé qui paya le Glandier, argent comptant, au baron de Jouvenel, heureux de s'en débarrasser à prix coûtant Ainsi le tour fut joué et, en 1860, les Chartreux rentrèrent dans leur ancien monastère qu'ils restaurèrent somptueusement, tout en y respectant la chambre où Pouch Lafarge était mort et, dans cette chambre, le placard pratiqué dans le mur où la légende voulait que Marie Cappelle eût fait sa mystérieuse cachette.
— L'armoire aux poisons! disait le frère lai en l'ouvrant devant les visiteurs, pour leur faire appréhender le sort des acquéreurs de biens congréganistes. C'est peut-être aujourd'hui la raison pour laquelle le Glandier, refermé depuis i90i,n'a pas encore trouvé de nouveaux maîtres.
MAHIE CAI'PliLLE ET CHARLES L.VFAIlGE 5'/
la Marie; il renferme en lui d'intimes affections, inaltérables, dévouées, qui, pour ne pas être exprimées en caresses ou en paroles, n'en sont que plus concentrées et plus tiennes. Tout ce qui est mystérieux est beau, et la parole a sa modestie pour g-arder les doux mystères de l'âme. Ce que tu me dis me fait plaisir et espoir.
J'aime M. de Sahune, j'aime le chef de bureau, j'aime tous ceux qui abrègent ton absence. Seulement, mon ami, mets de la prudence alors qu'il s'ag-ira du retour; ta présence peut tout hâter, tout obtenir et, si l'on vous oublie présents à Paris, juge si les absents ont tort. La difficulté des affaires d'argent m'effraie horriblement ; mais courage! Avec la volonté ferme, l'homme est tout puissant. Plus que personne, tu sais vaincre.
D'après ma lettre tu auras été chez M™^ Wels; je doute que tu y aies réussi, mais tu n'as pas oublié, sans doute, de tenter M. de Rothschild par l'entremise de mon oncle de Martens. Tu auras pris des renseignements sur la possibilité d'exploiter ton brevet à l'étranger ou chez les maîtres de forges français. Enfin^ tu devrais voir des arrangements possibles avec associé ; il faut tenter de tout, et avoir plusieurs cordes à son arc. Il me semble impossible que tu reviennes ici, sans une décision sur ce point: sans fonds, tu ne peux tirer avantage de ton brevet. A Tulle et à Limoges, ils sont sans le sou. M. Elmore ne connaît personne à qui il puisse s'adresser ; aussi je crois inutile de lui en écrire.
N'oublie pas que, pour mes affaires de Villers- Hellon, tu es le maître. Ce que j*ai est à toi; emprunte, vends, j'approuve tout d'avance. Il me semble que 3o.ooo francs sur-le-champ seraient indispensables pour acheter des bois.
J'ai été, hier, dîner et coucher à Vigeois, et je suis revenue ce matin sans accident et sans fatig^ue. M"® Fleygnat a été excessivement reconnaissante de ma venue : j'avais une jolie toilette, et j'étais assez passable pour flatter leur :amour-propre de petite ville et de parents. Je fus fêtée par tous, et particulièrement par MM. GoudaletDuchaland.M°'®L***est une grande femme qui se pose en saule-pleureur dans le coin de la cheminée, regrette Limoges, s'ennuie à mourir dans sa nouvelle famille, a de beaux yeux, de superbes manières, une vilaine bouche, beaucoup de nullité dans l'esprit, une jolie taille, beaucoup de vanité. J'affichai autant de bonhomie qu'elle mettait de roideur; elle se fit victime, moi heureuse; enfin, je voulus écraser ses airs de princesse, et on dit que j'ai bien réussi. M. Ferdinand lui-même se fit un peu moins que grosse et lourde bête, pour me plaire. Miracle des miracles!
Adieu, mon cher seigneur et maître; je dépose mes petits succès à vos pieds. Aimez-moi, car je vous aime ; regrettez-moi, car je vous regrette ; embrassez-moi, car je vous embrasse de toute mon âme. Bonsoir 1 Je baisse ma tête pour que tu me donnes un tendre baiser sur mes yeux. En voici deux, pour les tiens. marie.
MARIE CAPPELLE ET CHARLES LAFARGE Sq
Voilà encore cet ennuyeux facteur qui manque, et comme je crains un jour de retard pour ma lettre, je te l'envoie par Uzerche.
Charles Lafarg'e à sa femme.
3 décembre iSSg,
Gâteau est venue me voir ce matin; elle m'a amené la sœur d'André pour blanchisseuse. M. et ^me (Je Violaine étaient également ici, arrivés de Villers-Hellon ; ils sont partis pour Dourdan et doivent revenir sous peu, pour aller habiter leur nouveau séjour.
Mon brevet, mon amie, je ne crois pas que je puisse manquer de l'obtenir ; je presse autant que je peux. La plus grande difficulté pour moi, c'est de trouver des fonds absolument indispensables. Cependant il ne s'agirait que d'un peu de bonne volonté pour nous procurer notre bien-être à venir. Une recommandation seule de la part de M. Garât faisant mon éloge sur ma conduite, sur ma moralité, l'amour du travail que j'ai et mon désir d'acquérir de la fortune, suffirait...
...Ainsi, ma chère amie, je crois que tout de suite il faut que tu écrives la plus belle lettre que tu aies écrite de ta vie à ton oncle Paul, lui parler de moi sur tous les points qui peuvent me faire inspirer de la confiance. Je crois que ta faniille me croit
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léger, novateur, aimant à me lancer dans le nouveau sans rien calculer.
Il faut donc, de toute rigueur, mener la barque jusqu'au bout, sonder ses amis et parents; il faut écrire à M. Garât de la manière convenable dans la circonstance, bien lui expliquer qu'on ne demande pas ici son cautionnement ni aucun engagement que celui de dire que M. Lafarge, mari de sa nièce, est un industriel capable d'aller très loin ; qu'avant son mariage il a pris les renseignements les plus circonspects de personnes notables et très honorables, et qu'il n'y a qu'une voix pour garantir sa moralité, ses connaissances dans la partie de maître de forges, et sa prudence dans toute espèce d'affaires; que la valeur donnée alors à sa propriété dépassait 200.000 francs; que depuis, par des documents plus certains, il avait acquis la certitude que les faits annoncés étaient vrais, et que même M. Sabatier, son gendre, en revenant de Toulouse, y avait fait un séjour de dix-sept jours ; qu'il avait visité la propriété, et qu'il l'avait trouvée très belle et bonne, parfaitement située, ainsi que les bâtiments des usines, qui sont neufs et très considérables, bâtis dans un lieu renfermant les principaux éléments pour la fabrication du fer.
Si, après cela, on ne se met pas en quête pour nous aider, je dis qu'il y a des anguilles sous roche, et que la jalousie s'en mêle. Car il n'y a pas d'engagement à prendre ; rien qu'un mot de bonne volonté et de la complaisance.
MAHIE CAPPELLE ET CHARLES LAFARGE Cl
Dis-leur de consulter Edouard sur sa propriété ; écris deux mots à ce dernier, en lui disant que tu comptes sur lui, sur son activité, pour m'aider à expédier mes affaires : recommande-lui de me presser, chaque jour : tu flatteras son amour-propre. Je m'aperçois qu'il n'en manque pas, et toi qui as tant de tact, ça ne l'a pas échappé non plus. Adieu, ma chère petite; écris vite. Je voudrais tant en finir pour aller te serrer dans mes bras. Tu pourras copier beaucoup de choses dans ma lettre pour les transmettre, car impossible que tu comprennes des affaires de ce genre ; je te mets bien à la torture.
Adieu.
Marie Cappelle à Charles Lafarge,
Ce jeudi [1889].
Oh ! la vilaine procuration, qui arrive sans un baiser de mon ami ! Je déteste les affaires qui nous séparent ; le temps me semble un siècle, loin de toi. Je t'aime, mon Charles: je te le dis, parce que je le sens de tout mon cœur, parce que le dépit, en recevant cette grosse lettre, vide de toi et d'amour, me Ta prouvé à moi-même. Pour t'écrira, ce soir, j'ai fait ta toilette; mes cheveuxflottent, mes yeux brillent de souvenirs qui se rapportent tous à toi. Tu m'aimeras ! mon miroir me le dit, et je l'en remercie, car il est doux d'espérer plaire à ce qu'on II 5
aittie. J'ai lu la lettre d'hier à notre mère : elle t'embrasse, et nous nous sommes un peu encourag"ées,en lisant tes expressions plus calmes et plus espérantes.
Emma est repartie ; j'en suis fâchée, car elle est g-entille et nous aime bien. J'ai eu, ce matin, la visite de M. D... ; il passa deux heures à causer assez lourdement, je lui ai trouvé un rhume de cerveau dans l'esprit, et il m'a éternué quelques g-rosses naïvetés. (S'il n'avait fait trois lieues pour me voir, je dirais bêtises.)
M. Denis n'est pas encore de retour. La forge va bien, mais on craint une pénurie prochaine de charbon. MM. Mag-naux et Léon nous tiennent rigueur. Je crois plus en la persuasion truffée qu'en celle épistolaire, et j'espère dans les estomacs bourrés par tes soins. Je t'en prie, ne reviens pas sans avoir retranché d'une manière ou d'une autre la difficulté d'argent .
Quoique je ne sois pas malade, j'ai, ce soir, une petite migraine qui me fait fermer les yeux et qui m'empêche de t'écrire plus longuement, sans faire cependant que je t'aime moins. Je vais me coucher et me soigner pour toi. Il faut que j'aie cette raison pour que je te quitte si vite, quand je t'aime si bien.
Adieu trois fois du fond de l'âme.
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Charles Lafarge à sa femme.
[Sans date.]
L'idée de ces deux petits gâteaux de notre mère m'enchante, et surtout ton génie de vouloir me faire dîner avec toi. Maintenant il faut que je dise tout bas un petit secret: ici, je compte les minute^, les heures, les jours, les quantièmes ; j'ai bien peur que tu n'aies pas assisté au dîner où tu m'avais invité, et voici comment. Tu m'engages donc à manger, à minuit précis, le délicieux gâteau; d'un autre côté,je vois dans ta lettre d'aujourd'hui que, le 17, tu te proposes d'aller manger une dinde aux truffes. Ta lettre est timbrée du 17, et le 17 est précisément mardi, jour indiqué. Il est donc incontestable, ma petite femme, que tu m'auras fait faux bond, à moins qu'il ait fait aussi mauvais temps qu'à Paris, car tu n'aurais pu voyager. Moi, ce jourlà, j'étais invité à un gala; j'ai refusé pour dîner avec toi.
Après cette petite course faite, je t'en supplie, bonne amie, reste chez toi pour suivre un régime bien observé. Si tu ne le fais pour toi, que ce soit pour moi : je le le demande en grâce. De tous côtés, j'ai des notions sur toi; je sais que tu es d'un tempérament très frêle, que tu n'as jamais voulu te soigner; cela fait mon désespoir à venir et me rendra la vie bien cruelle, si maintenant, comme
tu me le dis, lu vis pourmoi. Je sais quetu te trouves à peu près dans le même état où tu étais quand je fus forcé de te quitter; tu vois que tu n'es pas encore bien forte; tu simules cependant de bien aller.Jet'ensupplie donc, Marie, si tu as de Tamour pour moi, soigne-toi comme je vais te le dire, (/ci nomenclature de prescriptions médicales.) Au moment où je t'écris, moi, ma bonne amie, je suis un peu souffrant : j'éprouve une très forle migraine, je ne puis plus écrire, malgré ma bonne volonté.
Adieu.
Charles Lafarge à Marie Cappelle.
Vendredi.
Vite, vite, je t'écris, ma bonne chère petite femme, afin que tu ne portes pas peine de moi. Hier, je te disais que j'étais souff'rant en l'écrivant; en effet, depuis les onze heures du soir d'avant-hier j'avais eu continuellement de forts vomissements et une migraine affreuse... Mon brevet, ma bonne amie, va, je pense, bientôt toucher à sa fin; il n'y a plus que cette malheureuse ouverture de crédit qui me tiendra maintenant. Que Léon se dépêche donc vite de m'envoyer les pièces que je lui ai demandées ; il doit déjà m'avoir envoyé par la diligence mon contrat de partage; qu'il m'expédie le reste par le courrier pour que je les reçoive plus vite. Hélas! qu'il me tarde d'être dans tes bras.